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Centrafrique/BLOG : soutenue comme la corde soutient le pendu

Des déplacés qui reviennent sur un site en Centrafrique. © Benoit Lallau

 Par GBANDI Anatole

Commençons par emprunter au poète français Claude Roy, son vers et “Supposons une supposition” : que les États-Unis retirent dans huit mois, dans un an ou avant la fin du mandat de Donald Trump le fantasque, leur financement à la MINUSCA, que deviendra la République centrafricaine ? Que feront les dirigeants centrafricains ? Gageons qu’aucun d’eux ne prétendra que cette décision l’aura pris au dépourvu !

Voilà bien deux ans que le président américain et ses diplomates répètent jusqu’à plus soif que les missions des Nations unies ne servent à rien.

Ils ont quitté l’UNESCO qui servait à beaucoup de choses : la culture, l’éducation et la science.

Ils n’hésiteront pas à quitter la MINUSCA dont la passivité dans les massacres des civils leur donne raison.

Ils ont laissé tomber Joseph Kony qu’ils recherchaient dans le Haut-Mbomou, après avoir annoncé urbi et orbi qu’ils le trouveraient. Cette promesse, il est vrai, remontait à Obama et atteste un altruisme que l’on chercherait en vain à l’heure actuelle.

Alors quand Trump et ses diplomates menacent de retirer leur financement aux missions de maintien de la paix, il faut les prendre au sérieux et commencer dès à présent à préparer l’après- MINUSCA. De toute façon, cette mission ne durera pas éternellement. Elle aura bien une fin. Ensuite que se passera-t-il ? Personne n’ose l’imaginer à l’heure actuelle.

Car la Séléka qui a le vent en poupe personnifie dans l’imaginaire collectif les forces du mal. Et donc la question qui taraude tous les patriotes centrafricains est la seule qui mérite d’être posée à l’heure actuelle. Si faute de financement la MINUSCA se retirait aujourd’hui ou demain, quelle force s’opposerait à la Séléka ?

1. LE SOUTIEN DES ANTIBALAKA

Cette force, la première à s’être opposée par les armes aux exactions des hommes de Djotodia, est aujourd’hui décapitée.

Elle était à l’origine constituée d’anciens soldats centrafricains et des ressortissants de la région de Bozizé, contre lesquels s’étaient déchaînées les foudres vengeresses de leurs tombeurs. Elle n’a engendré ni un leader charismatique, ni un stratège, ni un général de renommée nationale, capable de transcender les pesanteurs ethniques.

Ses chefs ont profité de l’accalmie qui a permis les élections présidentielle et législatives pour embrasser des carrières politiques. Mal leur en a pris. Un à un, ils prennent aujourd’hui le chemin de la Cour pénale internationale. Je précise que le fait qu’ils aient commis des exactions ne justifie nullement leur transfèrement prioritaire à la CPI. D’autres ont péché avant eux : les Séléka ! Mais en Centrafrique et à la CPI un bon procès doit nécessairement commencer par les derniers qui ont péché. Au grand dam de certains de mes amis qui soutiennent mordicus que les exactions des Antibalaka étaient des exactions anti-exactions. Cela veut-il dire qu’on ne devrait pas les juger ? Non : tous les crimes doivent être jugés ainsi que tous les criminels.

2. DEUX POIDS DEUX MESURES

Ce qui choque dans l’arrestation des anciens chefs Antibalaka, ce n’est pas tant leur transfèrement à La Haye que le timing de celui-ci : des massacres venaient d’être commis à Alindao, à Bambari et à Kaga-Bandoro par des rebelles appartenant à diverses rebellions dont les chefs sont nommément connus. Au lieu de les poursuivre, on choisit de déférer à la CPI des gens qui s’étaient en partie amendés en déposant les armes, en se présentant à des élections législatives ou en embrassant diverses carrières dans le civil.

Leur transfèrement rend beaucoup plus difficile désormais une politique de réconciliation qui battait de l’aile.

Tous ceux qui, comme les durs à cuire de la Séléka, refusaient de déposer les armes, vont certainement s’écrier : “Vous avez vu ! Celui qui dépose les armes devient une proie facile pour la CPI.”

Qu’on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de m’ériger en je ne sais quel avocat du diable. J’essaie tout simplement de pointer les incohérences d’une décision que l’opinion publique ne comprend pas. Face au rouleau compresseur de la Séléka, le gouvernement a jusqu’ici prôné la réconciliation. Je précise que dans mon esprit cette politique de réconciliation n’excluait pas des sanctions ciblées, des procès mais uniquement quand elle aura ramené la paix, c’est-à-dire quand elle aura démontré son efficacité en triomphant de la guerre. Or voici qu’avant même que ne décolle la colombe gouvernementale, le gouvernement lui tire une balle dans l’aile en envoyant et en laissant envoyer d’anciens rebelles à la CPI. Ce faisant, il éveille des soupçons sur sa politique de la main tendue, qui passe maintenant, aux yeux des assassins massacreurs qui triomphent en Centrafrique, pour un stratagème grossier visant à les capturer pour le tribunal de Fatou Bensouda.

3. LE SOUTIEN DES GROUPES D’AUTODÉFENSE

Ces groupes ne peuvent pas défendre efficacement le pays. Mais en défendant leurs villages, ils défendent une partie de la Centrafrique. En libérant leurs bourgs, ils libèrent une partie de Bêafrica. Malheureusement, ils manquent de tout et n’opposent souvent à l’ennemi surarmé que leur courage et que leur témérité. Leur résistance est la résistance d’un homme en état de légitime défense, un homme dont la maison est en train d’être cambriolée et qui sait que ni la MINUSCA, ni la maréchaussée, ni l’armée, ni personne d’autre ne viendra à son secours.

GBANDI Anatole

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