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Reportage

Centrafrique : Bambari, autopsie de la “casse” d’un dangereux amateurisme gouvernemental [Vidéo]

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Bambari, ville sans armes, fallait le dire très vite !

Firmine YABADA & Eve MALONGA

BANGUI [LNC] – La fête à Bambari, comme symbole du retour de l’autorité de l’Etat en province, et qui devait illuminer la marche triomphale en avant du président, devant honorer de sa présence l’événement a tourné court. En un honteux monumental fiasco, teinté indistinctement de pusillanimité, d’amateurisme et d’incompétence. L’on continuerait d’en rire s’il n’y a pas eu tant de morts.

Un gouvernement si sûr de lui que bien avant “la fête”, un de ses ministres anticipait un succès planétaire sur les ondes de Radio Ndeke Luka (voir capture photo ci-dessous) : “UN PARI GAGNÉ”, pérorait très imprudemment Honoré FEIZOURÉ. Le déroulé du scénario lui opposera un cinglant démenti, en le ridiculisant à posteriori, avec une débâcle pourtant annoncée par de forts signes avant coureurs.

LES GÂCHEURS D’AMBIANCE

En théorie, tout avait été prévu pour la sécurité à Bambari. TOUADERA devait être là, pas de risque à prendre. Et le gouvernement de mettre en quelque sorte la “MINUSCA” locale en veille, en lui annonçant que c’était une affaire de Police nationale et de sécurité intérieure. Manière de leur faire savoir qu’ils avaient enfin des muscles. Les rumeurs d’attaque des UPC étaient bien enregistrées, mais rien de bien grave.

Quelques haut fonctionnaires, dont des ministres d’arriver pour débroussailler le terrain.

Ils finiront terrorisés, et cachés dans l’église catholique de la ville.
Et depuis, hystériques, de ne plus décolérer contre des collègues restés bien prudemment à Bangui: “Pas possible, c’est un coup monté contre nous ! ils le savaient, c’est certain !”

Quand les UPC de DARASSA se sont mis à user d’armement lourd pendant plus de 24h, pour tenter de contrôler Bambari, en face d’eux, des policiers, en tête, des Forces de sécurité intérieure (FSI) et des militaires FACA. Mais au bout de quelques heures, ils seront débordés, la moitié de la ville était déjà  tombée dans les mains de l’ennemi – Ce qui ensuite demandera une journée aux FACA pour “nettoyer”.

Et des morts à déplorer. Deux policiers tués au combat, deux autres blessés, et un FACA annoncé tué, mais non confirmé. La résistance aura tout de même pu éliminer une dizaine de terroristes. Mais ce n’était pas suffisant. Il y avait le feu au sens propre du terme. La population est menacée, et les officiels déjà sur place ne sont plus en sécurité.

ARRIVEE DES “RONALDOS” PORTUGAIS

Le Jeudi en début d’après midi, il est très vite apparu que la situation sur le terrain deviendrait de plus en plus hors contrôle. En outre, la population de lutter aussi de son côté contre les envahisseurs. Des dizaines des “peuhls” comme elle appelle les miliciens de l’UPC seront massacrés dès qu’elle pouvait en  attraper.

Les Forces spéciales portugaises à Bambari

Au Palais à Bangui, c’est la panique. TOUADERA ne mettra pas les pieds là bas, trop dangereux. Mauvaise appréciation de la situation, comme le démontre ce communiqué gouvernemental : “Dans la matinée du jeudi 10 janvier 2019, des éléments de l’UPC et leurs alliés ont lancé diverses attaques dans la ville de Bambari”. En fait non, les attaques avaient démarré dans la nuit, des heures bien avant.

Le gouvernement, fort de sa confiance en la prochaine rencontre avec les bandes armées le 24 prochain à Khartoum au Soudan pour discuter une fois de plus d’un processus de paix, les pensait apaisés, du moins “n’oserait pas là tout de même ?”. Ben si !

Complètement à l’Ouest : “La gravité de ces attaques est d’autant plus inacceptable qu’elles interviennent au lendemain d’un engagement définitif du gouvernement à dialoguer avec les groupes armés dans les plus brefs délais”, déclare encore le communiqué gouvernemental, exprimant tout son désarroi.

Et pour éviter ce qui pourrait finir par se solder par un  massacre, le QG de la MINUSCA à Bangui, pour une fois avait anticipé la catastrophe, en dépêchant dès le Jeudi, des renforts à Bambari, afin de renverser la destinée du combat, tant son issue en l’état semblait perdue.

Et à ce jeu là, les meilleures, ce sont les forces spéciales portugaises,  surnommées “RONALDO” – du nom du footballeur portugais, plusieurs fois Ballon d’Or – des “guerriers” rompus à ce type de bataille rangée. En appui, il leur est associé un petit contingent népalais.

De fait, de nouveaux combats auront lieu dès le Vendredi aux premières heures du jour.

Une spectaculaire vidéo de l’intervention des parachutistes à Bambari, intervention qui a duré cinq heures, a été tournée par un des soldats équipé d’une caméra Go-Pro fixée sur son casque. Les paras portugais étaient soutenus par des blindés Pandur et des hélicoptères de combat mais ils ont dû progresser de maison en maison pour repousser les assaillants. Au cours de leur action offensive, ils ont évacué des habitants qui étaient restés chez eux.

Corollairement, en manque d’outil militaire de surveillance aérienne rapide, la MINUSCA, suivant des accords avec la France, de solliciter un appui aérien de la force française “Bharkane” basée au Tchad à N’Djamena.

Questionné à ce propos à Paris, le colonel Patrik Steiger, porte-parole de l’état-major des armées françaises d’expliquer : “Oui, je vous le confirme, nous avons été alerté de l’incident. Il y a eu une opération au sol de la Minusca sur Bambari pour en reprendre le contrôle, et nous avons apporté un appui aérien. Pour cela que dès Vendredi matin, deux mirages 2000 ont été dépêché sur le théâtre des opérations, pour un vol à très basse altitude, pour faire peur à l’ennemi.”

Ces avions feront au moins quatre passages sur les champs de bataille.

En fin d’après midi du Vendredi, les forces portugaises avaient réussi à démanteler une par une les barrières installées par les UPC, et à repousser les assaillants. Plus de 25 miliciens rebelles seront tués.

Ce qui amènera ensuite dans la foulée, le communiqué triomphal de la MINUSCA : “[..] la destruction de moyens létaux et le démantèlement de barricades contrôlées par l’UPC”.

Mais, côté civil, prise entre deux feux, la population déplore un mort et une trentaine de blessés, essentiellement par balles.

© Janvier 2019 – LAMINE MEDIA – Tous droits de reproduction réservés.

 

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