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Analyses

Centrafrique : L’UA et l’ONU à Bangui pour la relance d’un processus de paix inexistant

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Comment réveille-t’on le cadavre d’un fantôme ?

Gilles DELEUZE

BANGUI [LNC] – L’invisible plan de paix de l’Union Africaine, un simple effet d’annonce. En vérité, plus personne n’y comprend rien. Même pas les députés centrafricains à qui il a fallu faire la leçon dessus, mais en vain. Mathieu SARANDJI le premier ministre lui-même de ne pas se cacher pour le crier : “Y a rien dedans !”.

De fait, il fallait bien cela, faire “descendre” à Bangui deux poids lourds des instances internationales, l’un de l’ONU et l’autre de l’UNION AFRICAINE, en mission conjointe de deux jours pour secouer un moribond même pas né.

Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de maintien de la paix, et Smail Chergui, commissaire de l’Union Africaine chargé de la paix et de la sécurité, se joignant aux représentants de la Communauté économique de l’Afrique centrale (CEEAC) et de l’Union africaine; et également, à des ministres de la région, “pour relancer les efforts internationaux pour une paix durable dans le pays”, a déclaré un communiqué de l’ ONU en prime annonce.

Plus flou et vague, tu meurs !

Lors d’un point de presse hier Mardi, les deux têtes de gondole faisaient le point :

– Smail Chergui (UA) : « Nous sommes venus, une fois de plus dans la capitale de la République centrafricaine pour continuer à conjuguer nos efforts pour promouvoir la paix et la stabilité dans ce pays frère.(…) à ce stade, nous avons décidé que notre première action, pour cette année 2019, est de nous retrouver ensemble dans cette capitale (…) pour essayer de donner une impulsion décisive á la mise en œuvre de l’initiative africaine pour la paix et la réconciliation ».

-Jean-Pierre Lacroix (ONU) : « L’année 2019 doit être l’année du dialogue, l’année de l’apaisement, l’année de la réconciliation. Et nous sommes collectivement déterminés à travailler et à ne ménager aucun effort dans ce sens »

Pour avoir du concret, sorti de ces blablas et phrases creuses, il faudra repasser.

RÉSUMÉ DES FAITS POUR TOUT COMPRENDRE

L’idée, partant d’une bonne intention, c’est de tenter de promouvoir “le dialogue entre le gouvernement et les groupes armés sous les auspices de l’initiative de l’Union africaine”. Citons le communiqué de l’ONU.

L’U.A  tente désespérément depuis juillet 2017, de négocier avec les milices armées qui n’arrêtent pas de mettre la RCA à feu et à sang, et également avec le gouvernement – qui lui semble avoir l’esprit un peu ailleurs, avec sous le coude un Joker nommé Russie.

Pour des diplomates et des observateurs, ce processus de l’UA est inefficace. Certains même de penser qu’il est même torpillé à la base par Faustin TOUADERA, intimement hostile à l’Union Africaine pour moult raisons.

En août dernier, le panel de Facilitation de l’Initiative Africaine pour la Paix de l’Union africaine avait rencontré des groupes armés, qui avaient convenu que 104 de leurs demandes seraient  ensuite présentées au gouvernement.

Cinq sujets cependant  avaient été «mises de côté» par l’UA, notamment la demande d’amnistie générale pour les groupes armés.

En août toujours, la Russie et le Soudan lançaient eux-mêmes des négociations de paix en parallèle à Khartoum.  Et il en est issu que des groupes armés rivaux, ex-Séléka et Anti-Balaka signèrent une déclaration d’accord,  stipulant qu’ils avaient décidé de “créer un cadre commun de dialogue et d’action pour une paix réelle et durable”, ainsi qu’une “plateforme nationale”, même si un peu plus tard, certains des signataires se sont depuis retirés du processus.

Dans la foulée, observant tout cela d’un très mauvais œil, la France, l’ancien pays colon, de ne pas apprécier du tout, que les russes viennent poser leurs pattes sales dans son pré-carré.

Et de trouver tous les prétextes plus ou moins oiseux, pour vertement  critiquer les efforts russo-soudanais, jugés bien évidemment inutiles.

Poussant même l’hostilité jusqu’à menacer en mots à peine voilés, le régime de TOUADERA de déstabilisation, s’il ne changeait pas rapidement d’optique. Ceci est dorénavant de notoriété publique.

Le Tchad en petit télégraphiste pour la France.

La France et le Tchad veulent “remobiliser autour de l’initiative africaine” de paix en Centrafrique, déclarait en novembre à N’Djamena la ministre française des Armées, Florence Parly, à l’issue d’un entretien avec le président tchadien Idriss Déby Itno.

“Nous avons (…) évoqué la situation en Centrafrique, qui est l’objet d’une particulière vigilance de notre part et de la part du président Déby. Nous avons partagé l’analyse de la situation et nous convergeons sur cette analyse”. On ne saurait être plus clair.

En décembre, deux groupes des milices Anti-balaka annonçaient qu’ils se retiraient du programme de désarmement (DDR), parrainé par l’ONU, à la suite de l’arrestation d’un des leurs pour crimes de guerre.

Enfin, il faut savoir qu’au cours de ces six dernières années, sept accords de paix ont été signés en RCA, mais aucun n’a eu d’effet durable.

TOUS DES ÉCHECS, CELUI-CI TRÈS JOYEUSEMENT EN PREND DÉJÀ LE CHEMIN.

© Janvier 2019 – LAMINE MEDIA – Tous droits de reproduction réservés

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