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Politique

TEMPERATURE/L’initiative de paix de l’Union Africaine, ou la chasse au dahu

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Le dahu est un animal imaginaire dont les parents font croire l’existence à leurs enfants pour aller le chasser

Aline M’PANGBA-YAMARA

BANGUI [LNC] – 3 jours de brainstorming au Parlement sur l’invisible plan de paix de l’U.A. Une royale perte de temps, qui aura au moins eu l’intérêt de faire croire aux députés godillots qu’ils servaient encore à quelque chose.

L‘initiative de paix de l’Union Africaine qui fait pourtant les gorges chaudes des français actuellement, trouvant là un prétexte tout simplement fallacieux pour chicaner les russes, osant le crime de lèse majesté de venir faire pipi sur leur pré-carré centrafricain, n’existe pas.

Ce n’est qu’un slogan, une coquille vide

Pourtant le Mardi 11 décembre, sur l’initiative du Parlement, et en collaboration avec la Communauté catholique italienne de Sant’ Egidio, de l’USAID et de l’Union Européenne, une cinquantaine de députés étaient en Assises durant trois jour sur un thème au titre flou de “ATELIER DE SENSIBILISATION DES HONORABLES DÉPUTÉS SUR L’INITIATIVE DE PAIX DE L’UNION AFRICAINE“.
Avec un programme qui se voulait être le plus exhaustif possible pour la compréhension des « Honorables » :
– Le conflit centrafricain, bref aperçu historique et différents accords de paix ; – Gestion pacifique des conflits ; – L’Initiative Africaine ; – Présentation de résultats-Analyse des conflits au PK5 ; – Le Rôle de Député dans la consolidation de la paix.
Etc, etc.…..
Prosper NDOUBA qui s’est trouvé une nouvelle occupation en devenant le représentant de la Communauté de Sant’ Egidio en Centrafrique, de ratiociner sur le sujet, en en faisant des tonnes devant la presse :

« Sant’ Egidio a pour vocation de faire une médiation. […] La Communauté Sant’ Egidio a réuni également en juin 2017 tous les Groupes armés qui écument le territoire centrafricain et elle les a mise en face des Représentants du Gouvernement centrafricain pour des négociations visant à recueillir les revendications de ces Groupes armés. C’est ainsi que le 19 juin 2017, un texte d’accord dit Entente de Rome a été signé et qui a permis que justement par la suite, l’Initiative Africaine ait vu le jour à la demande des autorités centrafricaines. […] La Communauté Sant’ Egidio prête main forte à l’Initiative Africaine […] Il s’agit de permettre à l’Initiative Africaine de servir de tribune à la Communauté pour qu’elle puisse l’expliquer aux Elus de la Nation pour que par la suite les Honorables Députés puissent repartir dans leurs circonscriptions et prôner la paix. »

Tout ce baratin de phrases convenues et éculées, n’eut pas l’heur de satisfaire la curiosité des députés, se demandant toujours de quoi était faite cette fameuse initiative africaine.

Pour cela que dès le lendemain, c’était le Premier ministre, Mathieu Sarandji, qu’ils posèrent sur le gril, en le soumettant trois heures durant à un feu roulant de questions sur le sujet.
Car déjà 16 mois que l’on fait la chasse à ce dahu sans jamais l’attraper.

UN JOLI FLOU TRÈS ARTISTIQUE

Sarandji pas fou ne s’est pas trop mouillé, ni pris sur lui ce qui ne le concernait pas :
“Le problème se trouve dans le camp de l’Union Africaine qui n’a pas encore réuni toutes les conditions favorables pour que ce dialogue se tienne.
Il s’agit de désigner quelqu’un qui devrait superviser ce dialogue. La liste devait être soumise au Chef de l’Etat qui fera le choix d’une personne parmi celles et ceux qui lui seront proposées. Nous attendons cette liste. Il faudrait aussi trouver le lieu où devra se tenir ce dialogue”.
Manière polie de botter en touche, même si sans y croire, il déclarait tout de même être confiant sur la réussite de la chose.
Allant même jusqu’à spécifier que le gouvernement avait déjà provisionné 50 millions de F CFA pour préparer ces pourparlers sous l’égide de l’Union africaine. Et que trois pays, le Soudan, le Gabon et la Guinée équatoriale seraient disposés à accueillir ces pourparlers.

Un optimisme de façade qui n’a pas trompé Martin Ziguélé, le député de Bocaranga 3 : « Je serais optimiste le jour où le dialogue se fera, que les groupes armés seront désarmés, et que l’Etat centrafricain aura recouvré sa souveraineté sur l’ensemble du territoire et que les compatriotes pourraient circuler librement. Je ne peux pas me satisfaire de parole ».
Ajoutant très cynique : « Est-ce que pour des questions de lieu, de date, de nomination d’envoyé spécial, les Centrafricains méritent de continuer à mourir par centaines ? »

Et pan ! Fermez le ban.

Le troisième et dernier jour de cette réunionite, les députés n’avaient toujours pas réussi à identifier le dahu.

Pas plus avancés sur le sujet qu’au début.

© Décembre 2018 – LAMINE MEDIA

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