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Reportage

Centrafrique : concours ‘Miss Centrafrique’, encore un cadeau des russes [Galerie photos]

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Offensives russes tous azimuts en RCA. Voici le temps de l’arme de la séduction

Un temps pour la beauté : le concours ‘Miss Centrafrique’ était une pause bienvenue pour de nombreux citoyens fatigués par les conflits et la pauvreté.

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Sur un podium éphémère monté dans le “Stade 20.000 places” de Bangui, douze jeunes Centrafricaines aux jambes interminables se disputent la couronne de Miss Centrafrique 2018, cérémonie ressuscitée par la Russie dans ce pays en conflit depuis 2012.

A Bangui, le 16 novembre. En attendant l'élection de Miss Centrafrique, Charlene Sambo, 23 ans (Miss Bangui) pose dans les locaux de l'organisation située dans le musée national de Bangui.

A Bangui, le 16 novembre. En attendant l’élection de Miss Centrafrique, Charlene Sambo, 23 ans (Miss Bangui) pose dans les locaux de l’organisation située dans le musée national de Bangui. Photo Michael Zumstein.Vu pour Libération

Vêtus de robes rouges épurées et de sourires, les mannequins se sont alignés au stade de Bangui pour le premier concours de beauté de Miss Centrafrique dans la capitale depuis trois ans, le tout grâce à la Russie.
Dans un pays en proie au conflit et à la pauvreté, l’éclairage des caméras capturant le moment où une jeune femme a été sacrée reine glamour du pays était un moment à savourer.

Mais pour les observateurs occidentaux, le concours a également marqué le dernier changement subtil dans la dynamique du pouvoir régional.

À leurs yeux, le financement par la Russie de cet événement constituait une tentative de renforcement de son influence dans l’ancienne colonie française, en déployant une sorte de “soft power” qui ferait plaisir à tout le monde, ainsi qu’une aide militaire.

Dans le complexe sportif Barthélémy Boganda, 20 000 places assises, ce week-end, une centaine de personnes – principalement des représentants de l’État et des familles de candidats – ont regardé les femmes défiler en talons hauts, aux côtés de drapeaux russes ornant les murs du lieu.
Lobaye Invest, une entreprise d’extraction de diamants réputée proche du Kremlin, figurait en bonne place sur les panneaux d’affichage des sponsors de l’événement.
“Nos chers amis russes, nous tenons à vous remercier du fond du cœur pour le soutien que vous apportez à tous les niveaux à notre société”, a déclaré Lea Floride Mokodopo, première productrice de l’émission, qui a ensuite souhaité la bienvenue à Elmira Abdrazakova, Miss Russie 2013.

– Armes et entraînement –

L’influence de la Russie en RCA n’a cessé de croître depuis que l’année dernière, le gouvernement soutenu par l’ONU, l’a appelée à l’aide pour lutter contre les milices armées, qui se déchaînent dans le pays.
Depuis lors, Moscou a fourni des armes, des officiers militaires, 170 “entraîneurs” militaires, et un conseiller en sécurité pour collaborer avec le président Faustin-Archange Touadera – un déploiement important dans un pays historiquement lié à la France et bénéficiant déjà de l’aide de l’UE et de l’ONU.

Les entraîneurs militaires envoyés par la Russie sont des mercenaires ayant des liens étroits avec les sociétés minières russes et les effectifs déployés pourraient être considérablement plus élevés, selon des sources occidentales.

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Elmira Abdrazakova, Miss Russie 2013, venue spécialement à Bangui. Cheveux noir de jais et robe beige échancrée de dentelle, elle monte sur scène pour remettre un chèque de 5 millions de francs CFA (7.621 euros) à un centre de santé, avant de prononcer un discours prônant la paix.

“La déclaration de Khartoum récemment signée est un engagement de paix”, a déclaré Abdrazakova.
Initiée par la Russie en août, cette “déclaration” a eu lieu après que la Russie et le Soudan eurent tenu des pourparlers dans la capitale soudanaise, Khartoum, avec certaines milices rivales de la RCA.
Les discussions se sont déroulées séparément de l’initiative de l’Union africaine. Les deux parties ont tenté de convaincre les groupes rivaux de la RCA de mettre fin aux violences qui ont suivi le renversement du président de longue date, François Bozizé, en 2013.
La majeure partie du pays est contrôlée par des groupes armés, dont beaucoup prétendent protéger les communautés chrétiennes ou musulmanes, et qui se disputent souvent des ressources telles que l’or, le cuivre, le minerai de fer et l’uranium.

– ‘Respectez les règles internationales’ –

Dans un signe de méfiance occidentale vis-à-vis des actions de la Russie, la ministre française des Forces armées, Florence Parly, a souligné mardi l’importance des pays qui travaillent avec l’Union africaine en RCA.

“La contribution positive d’un certain nombre de pays, y compris la Russie, devrait être conforme à l’initiative africaine pour la paix soutenue par l’UA”, a-t-elle déclaré.
Parly était à Bangui pour des cérémonies au cours desquelles la France a remis 1 400 fusils d’assaut Kalachnikov et trois véhicules amphibies à l’armée mal équipée de la République centrafricaine.
Les armes fournies par la France suivent 1 700 Kalachnikov fournies par la Russie en janvier.
Les deux envois ont été approuvés par un comité de l’ONU qui prévoit des dérogations à un embargo mondial sur les armes imposé à la RCA.

La Russie a écarté les préoccupations concernant son rôle en RCA.

Le 15 novembre, le vice-ambassadeur de Russie, Dimitry Polyanski, a demandé à la France de mettre de côté “les intérêts nationaux paroissiaux” et de reconnaître que Moscou “aidait la RCA”.
Alors que Charlene Sombo, une étudiante de 23 ans, a été couronnée “Miss Centrafrique” après minuit dimanche, les discours remerciant l’aide de la Russie ont été entendus sur les radios de la capitale.
Par simple bonne volonté ou dans le cadre d’une initiative plus vaste de prestige et d’influence, la Russie a également organisé cette année un tournoi de football “La Coupe de l’espoir” et organisé un concours de dessin et de poésie pour les enfants de la région.
Le prix: un voyage en Russie et la possibilité de séjourner dans un ancien camp de vacances pour jeunes communistes.

“Bangui la coquette”

«Il n’y a aucune alternative, ni souhaitable, ni susceptible de réussir» en dehors de celle de l’UA, a déclaré en septembre Jean Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, en visite à Bangui.

Partenaire de l’événement Miss Centrafrique, la nouvelle radio Lengo Songö, retransmet la cérémonie en direct. Elle a été financée par la Russie, comme en témoigne le commanditaire qui s’affiche sur les panneaux publicitaires déployés à Bangui: Lobaye Invest.

Outre cette radio, plusieurs journaux gratuits ont récemment vu le jour à Bangui, à l’instar de «La Feuille volante du président» qui, dans son numéro de septembre, saluait la fin de la formation par la Russie d’une promotion de militaires centrafricains.

Début 2018, Moscou a envoyé des armes et des formateurs pour redresser l’armée nationale, mise en déroute en 2013.

«La Feuille volante du président» louait aussi le «succès» du sommet de Khartoum et de «la coupe de l’espoir», tournoi de football organisé en août, en coopération avec la Russie.

Moscou avait également lancé un concours de dessins et de poèmes pour enfants, dont les vainqueurs avaient gagné un séjour dans un ancien camp des jeunesses communistes en Russie.

Il est minuit passé lorsque Charlène Sombo, ravissante étudiante en gestion de 23 ans déjà couronnée Miss Bangui, devient Miss Centrafrique, sous les applaudissements polis des familles des candidates, et des officiels centrafricains et russes.

“C’est important le concours des miss, il y a de très belles filles dans le pays, et avant on ne les mettait pas en valeur”, se réjouit Vénus Claudie Perrière, venue encourager sa soeur candidate, sans se soucier de politique ou de diplomatie.

Emile Raymond Nakombo, maire de Bangui, présent à la cérémonie ne tient pas non plus à commenter la bataille d’influence franco-russe, préférant dire: “Nous renouons petit à petit avec cette ville jadis appelée Bangui la coquette”.

LNC avec l’AFP

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