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Norvège : INTERVIEW/ Jan EGELAND : Le Centrafrique, tout droit vers les abysses

La République Centrafricaine est devant “les abysses”, déclare Jan Egeland, le chef du Conseil Norvégien aux Réfugiés à Paul Lorgerie pour la Deutsche Welle, au moment ou l’ONU renouvelle le mandat de sa force de la paix dans le pays.

Jan EGELAND est le Secrétaire général du Conseil norvégien des réfugiés.

Pour Egeland, les casques bleus de la MINUSCA n’ont toujours pas fait le nécessaire pour atteindre leurs objectifs en Centrafrique.

Interview par Paul Lorgerie pour DW | Traduction pour LNC par Karen SULLIVAN

DW : Vous estimiez que la situation en République centrafricaine était une “crise négligée”, comme c’est votre première visite dans le pays, quelles en sont vos impressions ?

Jan Egeland : Ma forte impression, après avoir été ici depuis quelques jours, est qu’il existe un puissant entretien de cette crise, dans laquelle des civils sont sous la coupe de bandes armées. Il y a des massacres, des meurtres, des enlèvements, pratiquement tous les jours.
Trois jours avant mon arrivée, un groupe armé avait brûlé un camp de déplacés de plus de 27.000 personnes dans l’Ouest de la RCA. Et ceci se passe près de chez vous.

Cela démontre combien le gouvernement, les acteurs internationaux, les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, n’ont rien fait pour la mise en place des objectifs de la conférence de Bruxelles d’il y a deux ans et demie.
Là actuellement, nous sommes tout simplement en train de descendre dans les abysses ici. Il peut y avoir une nouvelle guerre, il peut y avoir une complète implosion du pays.

UN soldiers on a pickup truck on patrol in the Central African Republic (picture-alliance/AP Photo/C. Vinograd)

Pour Egeland, les casques bleus de la MINUSCA n’ont toujours pas fait le nécessaire pour atteindre leurs objectifs en Centrafrique.

DW : Dans vos responsabilités de Secrétaire général du Conseil Norvégien des réfugiés, et suivant ce que vous avez constaté, quels sont les besoins les plus urgents pour la RCA aujourd’hui ?

Jan Egeland : No. 1 : Il faut la paix et la sécurité pour le peuple. Il faut également la sécurité pour les acteurs humanitaires. Nos équipes mettent leurs vies en danger à chaque fois elles vont à la rencontre des communautés en grande détresse. Trop de gens souffrent seules, loin de nous, sans que nous puissions les joindre.
Deuxièmement, j’ai la certitude que nous n’avons pas achevé le travail dans les zones relativement calmes. Là où nous avons vu quelques progrès, soudainement, il n’y a plus de financement, parce qu’il faut trouver vite une autre ambulance pour un autre endroit où il y a la crise et la guerre.

Nous devons nous focaliser sur les intérêts du Centrafrique, aussi bien au Conseil de sécurité” de l’ONU, à l’Union européenne, à l’Union africaine, et avec les pays voisins; pour alors ensemble, travailler dans la même direction. Actuellement, les pays voisins mettent de l’huile sur le feu, et personne n’en parle – c’est comme un “éléphant dans une pièce” que personne ne remarque.

DW : Pouvez-vous nous parler d’avantage de cet “éléphant dans la pièce” et du comment la situation sécuritaire est en train d’évoluer dans le pays ?

Jan Egeland :

La RCA est actuellement l’endroit où les gens les plus pauvres de la terre, vivent sur un tas de diamants, de métaux précieux, et d’énormes ressources naturelles.

C’est ainsi que les groupes armés peuvent avoir plus de fusils, plus de grenades, plus de jeunes gens désœuvrées pour se battre pour eux, parce qu’il y a des intérêts économiques. Et d’une certaine manière, ces intérêts économiques sont liés aux pays voisins. Il est ici plus facile de monter une nouvelle armée, que de s’impliquer dans un processus effectif de paix. Je crois que nous devons prendre conscience de cela.
L’année prochaine, il faudra mettre en place une vraie rencontre où l’UA, l’UE, le Conseil de sécurité de l’ONU, les pays voisins et le gouvernement ici, se mettent autour de la table, en se regardant droit dans les yeux, pour se dire : “Nous avons échoué, pour le peuple centrafricain, les choses vont nulle part actuellement.” Nous sommes en train de foncer vers une autre catastrophe. Et nous les humanitaires devons appeler un chat un chat, et cesser de nous convaincre que nous sommes en train d’aider des tas de gens. Actuellement, nous n’aidons qu’une minorité des gens dans le besoin.

Anti-Balaka fighters on the move near Gambo in Central African Republic (Getty Images/AFP/A. Huguet)

Options limitées pour la jeunesse. Des jeunes gens sans emploi, cibles faciles pour le recrutement des milices locales.

DW : En tant que diplomate, quelle sortes d’outils sont nécessaires pour résoudre quelques uns de ces problèmes ?

Jan Egeland : Il existe ce groupe sous-régional de l’Union africaine qui aurait un plan pour rassembler les pays voisins. Mais il faut leur mettre le maximum de pression. Il leur faut également que les capitales de la région tirent tous dans le même sens. Ce n’est pas sorcier d’arriver à une réconciliation, locale, régionale, et nationale. Mais cela demande beaucoup d’attention et beaucoup de force. Il y a aussi nécessité d’avoir des forces de la paix réactives.

Les casques bleus ne peuvent pas faire que d’attendre passivement, en regardant brûler les tentes des réfugiés.

DW : Quel sorte de futur envisagez-vous pour ce pays, quel futur prévoyez-vous ?

Jan Egeland : Cela peut prendre deux voies. Je veux dire que, la République Centrafricaine est plus riche en ressources naturelles, en terres cultivables que mon pays la Norvège. Ainsi donc, le potentiel de ce pays est fantastique. C’est en outre une place stratégique au cœur de l’Afrique. Mais cela peut aussi aller dans l’autre sens, et nous verrons encore d’autres nouveaux conflits arriver. Beaucoup de jeunes désœuvrés apprennent à survivre par les armes, plutôt que de devenir fermiers, charpentiers pour reconstruire le pays. A moins qu’il y ait plus d’honnêteté et de sincérité dans la voie que prend le pays actuellement, le chemin suivi ne va pas dans le bon sens. Il ne peut pas y avoir de progrès de la sorte. Mais, j’ai de l’espoir, et je pense que la réalité, le bon sens est encore cachée.

© Novembre 2018 – Deutsche Welle

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