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Dossier

DOSSIER/Centrafrique, la déroute des Nations unies

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Le Monde diplomatique

Par Juan Branco 

Un massacre qui discrédite les missions internationales
Sous-équipée, mal pensée, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique multiplie échecs et scandales. Les casques bleus, qui ont perdu soixante-treize hommes depuis 2016, sont accusés d’avoir tiré sur une foule désarmée à Bangui mi-avril. Entre misère et guerre civile larvée, la Centrafrique est le théâtre d’une lutte d’influences internationale.

Au cœur de Bangui, en ce 10 avril 2018, la rumeur enfle : un groupe armé aurait enlevé une mère et sa fille. Nous sommes à la lisière du quartier PK5, enclave musulmane de quelques milliers d’habitants et poumon commercial de la capitale centrafricaine. Depuis le renversement, en mars 2013, du président François Bozizé, les affrontements entre anti-balaka, chrétiens et animistes, partisans pour la plupart du chef de l’État destitué, et la Seleka, coalition hétéroclite à majorité musulmane, ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Lancée par la France avec l’aval de l’Organisation des Nations unies (ONU) en décembre 2013, l’opération « Sangaris » a été rejointe en avril 2014 par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca). En janvier 2015, alors que les affrontements avaient déjà fait six mille morts, l’ONU a accusé les deux camps de « nettoyage ethnique ». Malgré la signature d’un accord de paix en juin 2017, le conflit se poursuit. Le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra, élu en 2016, ne contrôle que 20 % du territoire.

Depuis le 8 avril 2018, une opération militaire de la Minusca, nommée « Sukula », sème le trouble dans la capitale. Les raids des casques bleus, qui visent à reprendre le contrôle d’un quartier tombé aux mains de milices, sont quotidiens. La mémoire des camions de réfugiés fuyant vers le Tchad en 2013, harcelés par les anti-balaka sous le regard indifférent des forces internationales, se ravive. La Minusca cherche à débusquer M. Nimery Matar Djamous, alias « Force », un milicien d’autodéfense qui règne sur ce quartier. Déserteur de l’armée centrafricaine, à la tête d’une centaine de jeunes désœuvrés, il est en lien direct avec les chefs rebelles du nord et de l’est du pays, des ex-Seleka qui prirent temporairement la capitale en 2013 et qui menacent de redescendre à Bangui. Ici, nul n’entre sans son autorisation, et les organisations humanitaires ont plié bagage. (…)

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Juan Branco Journaliste et docteur en droit, ancien expert auprès de la Cour pénale spéciale, auteur de D’après une image de Daech, Nouvelles Éditions Lignes, Paris, 2017.

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