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Dossier

Centrafrique : DOSSIER/Ouham-Pendé, une région toujours dans la déliquescence sécuritaire

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Le temps d’une valse, et ils sont de retour

Michal MAMADOU

PAOUA [LNC] – Les sanglants combats fratricides fin décembre 2017 et janvier 2018 (essentiellement dans le village de Bemal, pris en étau) entre les groupes armés Révolution et Justice (RJ) d’Armel Sayo et celui du Mouvement national pour la libération de la Centrafrique (MNLC) d’Ahamat Bahar auront causé l’un des plus grands mouvements de population dans le pays. Dépassant aujourd’hui le chiffre effarant de plus de 80.000 déplacés internes. Et dont la plupart avait fui pour trouver salut au Tchad et à Paoua, depuis, totalement débordés.

DES CHIFFRES INQUIÉTANTS

Élisabeth habite un abri collectif de Paoua avec ses quatre enfants, depuis qu'elle a fui son village. République centrafricaine. 2018. © MSF/Anaïs Deprade

Élisabeth habite un abri collectif de Paoua avec ses quatre enfants, depuis qu’elle a fui son village. République centrafricaine. 2018. © MSF/Anaïs Deprade

Selon  MSF Centrafrique : “En quelques semaines, près de 100 000 personnes avaient fui les exactions indiscriminées et les violences de masses contre la population : plus de 60 000 (NDLR : 80.000) s’étaient déplacées vers la ville de Paoua, dont la population avait quadruplé, et près de 30 000 s’étaient réfugiées au Tchad voisin.

Les équipes MSF sont retournées en juin et juillet 2018 sur les différents axes de la région de Paoua pour évaluer la situation humanitaire et sanitaire. Le village de Béboura a été relativement épargné, contrairement à d’autres, situés plus au Nord, qui ont été entièrement détruits. Il donne néanmoins une bonne idée des difficultés qui compliquent le retour des habitants.

À une centaine de kilomètres de Paoua, les quelque 29 000 Centrafricains (HCR) réfugiés au Tchad n’envisagent tout simplement pas de retour. Ils ont fui des villages situés au nord de Paoua, une zone dans laquelle la sécurité est encore volatile.”

De janvier 2018 à mars, Paoua suscitait soudainement l’attention des autorités du pays. Malheureusement, comme souvent, pour des déplacements de très courtes durées, d’à peine quelques heures, le temps d’un discours.”

PAOUA ATTRACTION DE PASSAGE

La ville eut même le luxe de la visite l’experte indépendante de l’ONU sur la situation des Droits, Marie-Thérèse Keita Bocoum, le 8 février.

Néanmoins, la situation de toute l’Ouham Pendé fut si préoccupante que la MINUSCA y dépêcha des troupes, conjointement avec un détachement des FACA, les forces armées centrafricaines, pour la mise en place d’une opération mutuelle de protection dite opération « Mbaranga », dont le succès à ce jour reste très mitigé, d’après les observateurs locaux.

De fait, nous sommes loin des prédictions joyeuses d’Addih Alamine Simon, le Chef du bureau régional de la Minusca à Paoua, qui en mars déclarait : « Très bientôt, la situation sécuritaire redeviendra normale à Paoua et dans la préfecture de l’Ouham-Pendé ».

Si un calme relatif était revenu grâce aux opérations de la Minusca : patrouilles, mises en place de bases temporaires sur les axes principaux entre autres, les rebelles comme le soulignait Hervé, un cultivateur et déplacé :  « ces hommes armés qui sont toujours là. Ce sont des gens qui se déguisent. Parfois, la Minusca patrouille mais après, ces hommes reviennent. La population ne peut pas aller au-delà de 5 kilomètres du village pour cultiver. C’est notre souci. On est obligés de cultiver proche du village. » Et précise un autre : « Leurs patrouilles ne dépassaient pas les 20km autour de Paoua. »

Les miliciens attendaient juste la fin de la valse de la MINUSCA pour de nouveau réinvestir le terrain, et reprendre de plus belle leurs exactions.

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DES VILLAGES FANTÔMES

Avec l’insécurité toujours très volatile dans l’Ouham-Pendé, la quasi totalité des villages sont vidés de leurs populations. Soit en fuite vers Paoua, soit pour les frontaliers, passés la frontière vers le Tchad.

Actuellement, Ahmat BAHAR a la main mise sur au moins six communes de Paoua (Bah-bessar, Mia-Péndé, Nana Barya, Banh, Môm et Malé), et y fait régner sa loi de prédation en toute impunité. Mais lorsque des villageois osent lui résister, il sévit.

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Derniers incidents en date, il y a deux jours, quand le village de Bémaïdé – localisé à quelques 47km de Paoua – fut pris d’assaut en fin de matinée. Des villageois encore aux champs se sont fait tirer dessus; Quatre personnes blessées par balles, mais pas de mort.

A Bédaka, à 52 km de Paoua, ce sont deux paysans qui ont été kidnappés en signe de représailles.

Et pourtant, des sections FACA sont stationnées à Bedaïa 2, Bédaka, et Bébenguéré.  Mais explication du commandement : « Il y a de grandes difficultés pour se déplacer sur des pistes défoncées, et des ponts souvent effondrés».

Toutefois, même si, selon les populations, les soldats centrafricains ne sont pas en nombre suffisant pour protéger la région, ces derniers parviennent tout de même à tenter de sécuriser la frontière très poreuse d’avec le Tchad. En exemple un violent affrontement qui le 26 août dernier, les avait opposé à des mercenaires tchadiens bien armés, tentant de passer en RCA en chevauchant des motocyclettes. Trois des leurs resteront sur le carreau.

LE FEU A MARKOUNDA

Moins d’une semaine plus tôt, c’est à Markounda qu’a eut lieu de violents combats fratricides entre des ex-Séléka, ceux du MPC, mais fractionné en deux, avec d’un côté Al khatim et Bahar de l’autre. Le sanglant désaccord est né d’une simple histoire de contrôle de barrière, au niveau du village frontalier de Wéroui. Bilan, 17 morts, 12 blessés.

© Septembre 2018 – LAMINE MEDIA

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