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Analyses

L’initiative africaine de l’UA Vs la médiation Russe/Soudan en Centrafrique

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Le 19 Septembre 2018, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) débattra de la situation de la République centrafricaine, où l’Union africaine (UA) y a lancé sa propre initiative de médiation pour la paix au début de 2017. Un projet soutenu (mollement) par le gouvernement centrafricain. Mais une initiative parallèle de la Russie et du Soudan crée la confusion. Les rôles de ces différentes initiatives devrait être clarifiée.

La situation en RCA reste extrêmement instable, en dépit des nombreux efforts déployés par la communauté internationale pour instaurer une paix durable.

L’élection de Faustin Touadéra à la présidence en Mars 2016, suite à une période de transition dirigée par Catherine Samba-Panza (2014-2016), avait suscité un nouvel espoir pour un Centrafrique pacifique et prospère.

L’un des principaux défis de TOUADERA, outre la réparation du tissu social brisé, est de traiter rapidement le problème récurrent des groupes armés.

Face à la poursuite des violences, après plusieurs accords de paix initiés par différents acteurs, mais tous faillis, l’Union africaine avai approuvé officiellement sa propre initiative de pays pour ce pays en Janvier 2017.

L’UA a approuvé officiellement sa propre initiative pour la paix en RCA en Janvier 2017

L’UA et ses partenaires (la Communauté économique des États d’ Afrique centrale, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, l’Angola, la République du Congo, le Gabon et le Tchad) ont adopté une nouvelle feuille de route pour la paix et la réconciliation nationale en RCA en Juillet 2017, dans le but de promouvoir le dialogue visant à assurer la désarmement des groupes armés et un retour à la paix.

FEUILLE-DE-ROUTE-POUR-LA-PAIX-ET-LA-RECONCILIATION-EN-RCA

Cependant, depuis lors, la mise en œuvre de cette feuille de route s’est trouvée confrontée à la difficile réalité du terrain. En outre, il existe d’autres initiatives parallèles, la dernière en cours étant celle de la Russie, un nouveau joueur sur l’échiquier centrafricain; qui a accueilli des pourparlers de paix au Soudan le mois dernier. La Russie a signé un accord de coopération militaire avec la RCA au début de cette année, et le Soudan et la Russie ont renforcé leurs relations bilatérales depuis la fin de 2017.

Groupes armés hors contrôle

Les groupes armés en RCA ont changé au cours des 20 dernières années, et leur nombre n’a cessé  d’augmenter depuis la crise commencé en 2012.

D’environ une demi-douzaine de factions armées en 2008, aujourd’hui, elles sont officiellement 14 dans le pays. Les accords de paix signés entre 2008 et 2017 illustrent bien ce paysage changeant en Centrafrique.

D’environ une demi-douzaine de factions armées en 2008, aujourd’hui, elles sont officiellement 14

Cette multiplicité de groupes politico-militaires peut être expliqué par le chaos général qui a suivi le coup d’État de mars 2013, et vu l’émergence d’opportunistes « des entrepreneurs de violence » qui cherchent à combler le grand vide résultant de l’absence de l’Etat ou l’autorité gouvernementale, sorti de la capitale Bangui.

L’ex coalition Séléka désintégrée en Août 2013 (n’était pas assez homogène pour réussir quoique ce soit). Quant aux Anti-Balaka, ils se sont constitués de manière disparate et décentralisée.

Le programme de désarmement, démobilisation et de réinsertion (DDR) en RCA est confronté au dilemme de la fragmentation et de la prolifération des groupes armés, sans compter le problème de l’identification de leurs chefs actuels.

Autre grande difficulté empêchant le désarmement, c’est le désaccord entre le gouvernement et ces groupes armés, sur le point de l’amnistie. Le gouvernement Touadera restant fermement opposé à une « amnistie pour tous ».

Le défaut de traduction des criminels des crises précédentes devant la justice, a également contribué à l’instabilité du pays.

La chienlit des initiatives concurrentes

L’initiative africaine de l’UA, depuis novembre 2016,  avait consulté les diverses parties prenantes, aussi bien nationales qu’internationales. Une approche visant à prendre en compte tous les acteurs susceptibles de contribuer au retour de la paix, et à fusionner toutes les autres initiatives de paix, dont la duplication a trop souvent nui aux efforts de paix.

Même si les autres initiatives, y compris celle de la Communauté de Sant’Egidio, ont été combinées avec succès sous sa bannière, l’arrivée de la Russie dans le jeu a compliqué les choses.

L’arrivée de la Russie dans le jeu a compliqué les choses

Parce que les initiatives de paix peuvent inclure ou exclure certains acteurs, elles ont tendance à légitimer les acteurs initialement marginaux, ou en exclure de plus importants. Encore plus problématique, les initiatives de paix simultanées offrent ces acteurs deux domaines dans lesquels ils peuvent soumettre leurs doléances, au détriment de progrès à faire dans un processus unique.

Ainsi, cette initiative russo-soudanaise parallèle représente un défi. Et est sans aucun doute une épine dans le pied de celle de l’UA.

L’implication russe

La Russie est officiellement devenue partie prenante de la crise centrafricaine, dès Décembre 2017, lorsqu’elle a obtenu le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, pour réarmer les forces de sécurité et de défense nouvellement formées en RCA.

Touadera avait demandé l’aide de la Russie lors d’un voyage à Sotchi en Octobre 2017, où il a rencontré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. En mai 2018 il rencontrait le président Vladimir Poutine à St Petersbourg.

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Depuis Décembre 2017 Russes se sont engagés dans toute une série d’opérations en Centrafrique. Officiellement, pour fournir des armes, et former les forces de sécurité centrafricaines. Mais, ils font partie aussi de l’appareil de la proche sécurité de Touadera.

Ils ont également été aperçus à prendre part dans le processus de paix dès Avril 2018, commençant des négociations avec des groupes armés dans la ville de Kaga-Bandoro.

En Juillet 2018, un rapport de mi – mandat du Groupe d’experts sur la RCA notait que l’une des personnes menant des négociations avec les groupes armés,  et nouveau conseiller à la sécurité nationale de Touadera, n’était autre qu’un ressortissant russe.

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DUPLICITÉ

Il apparaît ainsi que les autorités centrafricaines étaient au courant de l’initiative de la Russie et du Soudan à Khartoum, tout en continuant, en apparence du moins, à soutenir encore le processus de l’UA.
Du 28 au 30 Août, l’Union Africaine avait invité 14 groupes armés à la table des négociations à Bouar. Pourtant, au cours de la même période, la Russie et le Soudan, eux, invitaient cinq chefs des 14 groupes armés à Khartoum.

Le fait que le gouvernement centrafricain, soutien manifeste de l’initiative de l’UA, et tacitement d’accord avec la participation de la Russie, soulève des inquiétudes, quant à la viabilité de ces processus de paix simultanées.

Il apparaît ainsi que les autorités centrafricaines étaient au courant de l’initiative de la Russie et du Soudan à Khartoum

La réunion Bouar a produit un rapport de synthèse des demandes des groupes armés, dont le représentant spécial de l’UA en RCA présenté au président le 31 Août.

Fait intéressant, “l’entente” dite de “Khartoum”,  résultant de la rencontre éponyme, recèle les mêmes requêtes des chefs des groupes armés, présents dans la capitale soudanaise. A savoir, le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique, ou FPRC (Noureddine Adam), les Anti-Balaka (Maxime Mokom), le Conseil National de Défense et Sécurité – l’aile armée du  FPRC (Abdoulaye Issène), le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (Mahamat Al-Khatim), et l’Union pour la Paix en Centrafrique (Ali Darras).

À la suite de ces difdférentes réunions, nul ne sait laquelle des deux initiatives serait le plus viable; même si, le conclave de Khartoum était composé des dirigeants des groupes armés les plus importants, qui en ont profité pour créer une plate-forme commune dénommé très originalement avec beaucoup de créativité : le Rassemblement Centrafricain (RCA). Ce RCA, devenant encore un autre front uni avec lequel le gouvernement devra négocier.

Il semblerait donc que l’initiative russe a pris le dessus sur son concurrent africain

Il semblerait donc que l’initiative russe a pris le dessus sur son concurrent africain. Le 6 Septembre dernier, Valery Zakharov, le conseiller russe Touadera, a expliqué le bien – fondé de l’approche russe à une vingtaine de députés à l’hôtel Ledger Plazza à Bangui, afin de faire la lumière sur les zones d’ombre qui planaient sur la rencontre à Khartoum au Soudan. En signalant en passant que le président avait approuvé cette initiative russe. Le contenu des cocktails avait fait passer la pilule.

Il convient donc de noter que l’Entente de Khartoum fait la pige à l’initiative africaine, et que le gouvernement centrafricain avait répondu par un « prendre acte » du processus de Khartoum tout en réaffirmant son engagement auprès de l’initiative africaine.

À tout le moins, cela remet en question le modus vivendi de l’initiative africaine, qui aurait dû rester la seule initiative pour la réconciliation nationale et la paix en RCA, ce, afin de faire disparaître la multitude d’initiatives contre-productives.

Pour le processus de paix avance vraiment, le gouvernement centrafricain devra préciser clairement sa position vis-à-vis de l’initiative de son partenaire russe et vis-à-vis de la médiation dirigée par l’UA. L’un devra être inclus dans l’autre.

© Septembre 2018 – Peace and Security Council Report – Contribution Karen-Ann Sullivan (LNC)

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