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Politique

Centrafrique : Karim Meckassoua, à la contre attaque, chargez !

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Eve MALONGA

BANGUI [LNC] – Le Président de l’Assemblée Nationale, de retour à Bangui, après un long séjour en France. Vendredi dernier, il convoquait la presse pour une conférence de presse d’une heure et demie, afin de s’expliquer sur sa longue absence. Mais, c’est le parlement qu’il prenait en otage pour y régler ses comptes personnels. Ce n’est ni le lieu, ni la place. Le Parlement, un espace à usage public, au service du citoyen,  n’est pas l’endroit qu’un individu puisse instrumentaliser pour ses épanchements personnels, et y faire une conférence de presse. C’est de l’abus de pouvoir.

Tout le long de son discours liminaire, planait l’ombre de Faustin TOUADERA et de ses séides, que sans les nommer, il ciblait à maintes reprises comme étant la source de tous ses maux. Faux dossier contre lui, fausses accusations, colportage de ragots, incompétence politique, etc…

Le tonnerre gronde, c’est Meckassoua qui est derrière

Il a scindé son monologue en cinq parties : Un panorama sombre de la situation du pays, “…je sais que le pays va mal. Et je considère que la place des filles et fils de ce pays est dans les villages et les villes et non dans la brousse ou en exil, mais sur notre terre meurtrie, pour éviter qu’elle ne sombre tout à fait.
Une stratégie de défense par la raillerie : “En mon absence qu’est-ce que vous n’avez pas entendu ? On vous a dit que j’avais fui le pays par peur d’être arrêté ou par peur d’être destitué ; que j’étais allé préparer un coup d’Etat ; que j’étais parti en détournant l’argent de l’Assemblée Nationale; que de loin je finançais des opérations de déstabilisation du régime; et j’en passe. On a même été jusqu’à annoncer que j’étais mort !“.

Vous savez bien que cela est devenu une habitude dans notre République depuis quelques temps: quand le tonnerre gronde, c’est Meckassoua ; un chien aboie, on crie « Meckassoua » ; n’importe qui commet un crime, on se dépêche de dire « Meckassoua est derrière » ; le voleur vole et va crier lui-même « c’est Meckassoua »“.

Se définir au dessus du lot de la médiocrité ambiante : “je crois dans les vertus du dialogue, parce que j’estime que c’est mon devoir d’homme d’Etat d’apaiser les tensions entre les institutions et les hauts responsables du pays”.

“Aujourd’hui, j’ai décidé de rompre ce silence et de me libérer de la retenue que j’ai observée jusqu’à présent. Non pas pour attaquer quiconque ! Non pas pour répondre à mes détracteurs ou à ceux qui ont choisi de voir en moi leur ennemi. Non ! Je romps le silence pour m’adresser aux Centrafricains.”  Il estime que, « l’affaire Meckassoua » est un dossier monté de toutes pièces par ses ennemis pour lui nuire : “tissu de mensonges”.

La contre attaque en règle : “Oui, je suis musulman, et je suis centrafricain. Qu’est ce qui pose problème là dedans ?“, et de dénoncer la piètre gestion de crise de TOUADERA : “Et posez-vous la question : avez-vous vu Meckassoua recevoir des chefs Séléka, que ce soit chez lui ou dans son bureau à l’Assemblée nationale ? L’avez-vous vu les transporter, garantir leur sécurité, et même leur verser de l’argent, privé ou public ?”.

L’a-t’on fétiché ?

Dans sa tête, pas de doute, des individus mal intentionnés lui aurait jeté un sort : “ce qui m’a frappé n’était pas une maladie ordinaire. Les médecins eux-mêmes disent que cette infection du pied était tout sauf normal. Tout est possible disent-ils : tout sauf normal. Les analyses se poursuivent et les médecins n’écartent aucune hypothèse, même celle d’un acte malveillant.”

Serait-il devenu paranoïaque en pensant qu’il y’aurait eu atteinte à son intégrité physique via des méthodes occultes ? Il doit le penser, puisque dans ce pays aux mœurs figées au moyen âge, c’est comme à Salem, on y condamne légalement de pauvres gens pour des actes objectivement improuvables de sorcellerie. Un soupçon suffit à vous envoyer au bagne.

Le système TOUADERA, cœur de cible

“Qu’a-t-on dit encore ? Oh tant de choses, pour lesquelles d’ailleurs on veut me destituer. Une véritable armée, qui a ses généraux au sein même de l’Assemblée Nationale a été mobilisée pour faire la preuve que j’ai manqué aux devoirs de ma charge. […] on prétend encore que j’ai détourné de l’argent, dont 120 millions de FCFA en une opération. Il s’agit de mensonges éhontés.”

De saquer sans pitié les essais de sortie de la grave crise dans laquelle le pays est englué de manière sanglante : “J’écoute nos populations et j’entends deux préoccupations majeures. La première, le DDRR. Nous savons tous que pour réussir le DDRR, il faut trois éléments : de l’argent, une logistique bien pensée, et une ferme volonté politique. Or que constatons nous ? Que les financements sont disponibles (ou en voie d’être rendus disponibles,) grâce à nos partenaires techniques et financiers et à des pays amis, mais que le dispositif est aujourd’hui en panne à cause des deux autres éléments. Or l’Assemblée n’a eu de cesse depuis le début de la législature de demander qu’on clarifie les choses, qu’on y introduise de la rigueur et du contrôle et, surtout un ministre qui rend compte, devant la représentation nationale. Elle n’a pas été suivie. Si elle l’avait été, je suis convaincu que nous n’en serions pas là.”

Et d’enfoncer le clou : “La deuxième préoccupation est le dialogue de sortie de crise. J’entends bien ce qui se dit ici et là sur l’Initiative de paix de l’Union africaine. Je voudrais seulement rappeler ici qu’avant l’initiative africaine, exactement trois (3) mois avant la feuille de route de Libreville, il y a eu une initiative de notre Assemblée Nationale; une initiative qui recommandait à l’Exécutif une approche équilibrée et centrafricaine articulant dialogue et lutte contre l’impunité, le tout en plaçant les victimes au centre. Cette initiative a été rejetée soi-disant pour ne pas faire concurrence à l’Initiative africaine.

Remonté comme un coucou suisse

Meckassoua prêt pour la paix des braves et cesser les joutes et chicaneries avec le pouvoir ? Pas vraiment. S’estimant victime de complotisme, il reste droit dans ses babouches. “je continuerai à me battre. Me battre, oui ! mais certainement pas avec les armes de la violence et de la calomnie. Je continuerai à me battre avec les armes républicaines de la légalité, de la justice et de la confiance que j’ai en les centrafricains.”

© Juillet 2018 – LAMINE MEDIA

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