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Analyses

Centrafrique/ANALYSE : Faustin TOUADERA, au jeu de desserrer l’étau

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Gilles DELEUZE

Aux dernières nouvelles, le président ne nous couverait pas une petite grippe, ce qui serait de saison, mais une déprime intense dont ses maîtresses, habituellement fort distrayantes, ne parviennent même pas à l’en sortir.

Les dernières infos du front sont mauvaises.

Passait encore qu’il se fasse taper dessus par une opposition « complotiste », un terme bien trouvé pour faire détourner l’attention de ses échecs à répétition, et ses bricolages politiques à courte vue. Ou encore de subir sans broncher les agressions d’une certaine presse nécessairement mal intentionnée, ne le jugeant que par le petit bout de la lorgnette.

Mais là, le coup est rude à encaisser. C’est l’ONU qui le traite de NULLARD, et devant la face du monde au Conseil de Sécurité.

Impossible de riposter là. Ses habituels griots à court d’arguments sont aphones, pour l’épauler par les habituels discours démagogiques de victimisation.

FAT YEN A MALIN

Il lit les confidences sous le sceau de l’anonymat d’ambassadeurs à l’ONU, que LNC distillait à son sujet. Et il les savait vrai, et pas de simples colportages de ragots.

En conséquence, il avait pris ses précautions, sachant que tôt ou tard, ce qui se disait sous le manteau, finirait par sortir au grand jour.

Et c’est bien ce qui s’est passé dernièrement au Conseil de Sécurité de l’ONU, lors de la session consacrée au Centrafrique.

Son gouvernement y a été habillé en avance pour la saison des pluies.

Aussi….

Des appuis ne viendront pas de la MINUSCA, où le chef le déteste, le qualifiant sans se cacher « d’imbécile ». Petite amabilité qu’il le lui rend bien.

Des appuis ne viendront pas non plus de la France, l’habituel soutien en cas de coups durs pour autocrates africains en déshérence.

Sa dernière rencontre à Paris avec Macron lui laisse encore un goût amer dans la bouche. Le petit l’avait traité bien moins qu’un sous préfet.

Lui qui redoute tant de se faire éjecter du pouvoir, en voit maintenant le spectre devant lui.

Obligation de se réinventer.

KAGAME MON AMOUR

L’occident et sa soit disant communauté internationale, ce fourre tout dans lequel on y met ce qui nous plaît ne le pleurera pas s’il chutait.

Sur le continent, Idriss DEBY à N’Djamena se rit de ses déboires, au point de cafter à l’ONU sur ses petites pratiques en douce d’entretien de certains criminels, pourtant sous sanctions onusiennes.

Inutile de lorgner au Cameroun. Son dictateur à mi-temps n’a que faire de lui, et le méprise cordialement de toutes les façons. Et de toutes les manières, rien ne saurait le faire sortir de sa Suisse bien aimée pour tendre l’oreille à ses déboires.

Et dans le lot, l’affaire du coup d’état raté en Guinée-Equatoriale lui ferme la porte du très sympathique dictateur de Malabo. Contrairement à Samba-Panza, il n’a pas sous le coude une fille à lui pendre sous le nez.

Mais à force de chercher, il a fini par trouver Paul KAGAME du Rwanda. Personnage aussi cordial qu’un serpent python qui lui ouvre les bras, et l’assure de sa protection.

Avec un tel pivot fort, au moins, l’étau est desserré. Mais jusqu’à quand ?

JOUER LA MONTRE

Si les africains ont la mémoire courte, les centrafricains l’ont encore plus courte que les autres. Sauf dans l’entretien de la haine ordinaire de l’autre.

Et lui faut un coup d’éclat, et vite, pour redorer son blason fort terni, pour faire oublier les avatars.

C’est sous son court règne que le pays a basculé dans le pire de son histoire. Un constat non de journalistes, mais de l’ONU.

Lui qui pensait avoir fait la différence avec la Table ronde de Bruxelles, qu’il avait survendu à son peuple comme déjà acquis. Et plus que tout, comme étant le socle de sa mandature, se retrouve Gros Jean comme devant.

De Bruxelles, il ne lui reste que les promesses jamais tenues. Et dont on l’accuse d’amateurisme politique pour cet échec. Les bailleurs de fonds n’ont pas ouvert les cordons de leurs bourses, parce qu’ils ne le trouvaient pas crédible comme président.

Aussi, pour survivre politiquement, il doit temporiser. Ce qu’il fait dans la complexe affaire Bokassa. Son propre ministre qui le nargue ouvertement, et qu’il n’ose mettre dehors, par crainte d’ouvrir une nouvelle boîte de Pandore, dans un dossier déjà fort mal ficelé.

« Les grands hommes sont toujours seuls ». Il peut se consoler avec cet adage.

© Mars 2018 – LAMINE MEDIA

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