FAITES UN DON A OCHA RCA
Economie

Centrafrique : Les injections d’argent en RCA ne sont pas des cadeaux

Français | English

Fanta BIDERMANN-KENGUEMAT

BANGUI [LNC] – Difficile pour le néophyte centrafricain de démêler le vrai du faux, lorsque le gouvernement, pompeusement annonce un apport d’argent au pays, d’institutions comme le FMI ou la Banque Mondiale; et pire encore, en local, de fonds venant de la Banque Africaine de Développement (BAD).

 

Ces afflux financiers sont pas des dons, mais des prêts, qu’il faudra tôt ou tard rembourser, et avec intérêts. Ce que les pouvoirs successifs en RCA se sont bien gardés de dévoiler à une population peu au fait de ces types d’affaires.

Or, sur une période de 30 ans, la dette centrafricaine à cette sorte de jeu a dépassé le milliard de dollars. Déduction faite des annulations de dettes.

Et au vu de l’état actuel d’extrême pauvreté du pays, une telle somme est Himalayaesque.

Aussi à considérer avec prudence, le soutien récent de la BAD annonçant un nouvel appui au gouvernement centrafricain.

Le nouveau responsable de la BAD à Bangui s’est entretenu avec le ministre du commerce sur les actions à entreprendre collectivement dans le domaine de l’économie.

Dans son entretien avec Côme HASSAN, le ministre du commerce et de l’industrie, Joël TOKINDANG indique que la BAD injectera 75 millions de dollars pour financer les entreprises privées en RCA.

« L’opportunité m’a été donnée d’expliquer en gros ce que la banque compte faire pour appuyer le secteur privé.

Nous ne sommes pas très présents à par nos opérations sur le secteur privé, et on souhaite dans les mois et les années à venir, que la BAD puisse faire quelque chose pour appuyer le secteur privé, qui est aussi le moteur de développement de la Centrafrique.

Et on a évoqué la banque agricole de développement, on a évoqué l’abattoir frigorifique moderne, qui est une question de santé publique.

On a évoqué aussi les grandes entreprises comme les brasseries, s’il y aurait une idée d’extension.

Je suis venu avec la ferme volonté d’aider, même s’il faut que je vienne m’asseoir avec le ministre tous les jours, on va essayer de le faire.

Mais on se dit que l’enveloppe qui existe au niveau de la BAD, on fera tout pour que une ou deux entreprises centrafricaines puissent aller prendre cet argent et essayer de développer un secteur.

L’enveloppe, c’est un plafond qui est là, mais pour arriver au plafond, il va falloir escalader. Il faut prendre les escaliers, l’ascenseur.

Mais l’ascenseur, cela suppose qu’il faut avoir les moyens de créer cet ascenseur. Donc le plafond il est là, cela fait 75 millions de dollars, qu’on peut prendre en deux ou trois ou cinq tranches, peu importe. »

DECRYPTAGE

Qu’en de mots très diplomatiques Joel TOKINDANG parle du désert industriel centrafricain, et plus encore, du manque de projets et d’imagination du gouvernement en place.

Que veut-il dire par « Je suis venu avec la ferme volonté d’aider, même s’il faut que je vienne m’asseoir avec le ministre tous les jours, on va essayer de le faire » ?

Tout simplement de suggérer au gouvernement d’avoir des idées, d’être créatif, et de ne pas rester là en position de consommateur passif.

Il y a une autorisation de prêt à hauteur de 75 millions de dollars, mais, « pour arriver au plafond, il va falloir escalader. Il faut prendre les escaliers, l’ascenseur. Mais l’ascenseur, cela suppose qu’il faut avoir les moyens de créer cet ascenseur. »

En termes moins alambiqués, il va falloir mériter cet argent en venant avec des projets banquables et crédibles. Et non juste ouvrir la bouche pour gober, tel un petit oisillon.

En final, la BAD veut bien aider, mais à condition qu’en face il existe de sérieux projets à financer. Ce qui apparemment n’est pas le cas, au constat du discours métaphorique de TOKINDANG.

Observatoire Centrafricain, Économique et Social

Imagine your best photo ever
To Top