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Interview

INTERVIEW EXCLUSIVE/Aimard Bienvenu GUINON, une mise au point à cœur ouvert

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PERSONNAGE ATYPIQUE, CLIVANTE, Aimard Bienvenu GUINON NE LAISSE PAS INDIFFÉRENT. IL A SES THURIFÉRAIRES, MAIS ÉGALEMENT SES DÉTRACTEURS. RÉCEMMENT ATTAQUÉ LORS DE LA MISE EN PLACE D’UNE ASSOCIATION POUR LA DIASPORA CENTRAFRICAINE DE FRANCE, IL S’EST TROUVÉ PRIS DANS LE TOURBILLON D’UNE POLÉMIQUE, ÉBRANLANT LES SOUS BASSEMENTS DE L’ASSOCIATION CCFR, LA COMMUNAUTÉ DES CENTRAFRICAINS DE FRANCE.

DANS UN FRANC PARLER SANS LIMITE, IL A ACCEPTÉ DE RÉPONDRE LONGUEMENT À LNC, DANS UNE INTERVIEW ALLANT BIEN AU DELÀ DE L’ACTUELLE POLÉMIQUE SUR SON COMPTE. CAR L’HOMME S’Y EST RÉVÉLÉ ÊTRE AUSSI UN FIN ANALYSTE DE LA SITUATION CENTRAFRICAINE. BIEN LOIN DE LA CARICATURE FAITE DE LUI.

LNC : M. GUINON, qu’est-ce que la CCFR ?

Aimard Bienvenu GUINON :  La CCFR c’est la Communauté Centrafricaine de France. Ayant pour objectif numéro un, la promotion de la République Centrafricaine partout dans le monde, par l’union des centrafricains de l’extérieur vivant en France. Cela, par le biais du vivre ensemble, afin de valoriser mutuellement, le côté socio-culturel, dont la langue de la RCA. Mais c’est aussi de l’entraide. Par exemple, lorsqu’un centrafricain vivant en France est en difficulté., elle peut le soutenir.

LNC : Mais encore ?

ABG : Faciliter le travail des porteurs de projets. Par exemple, nous savons que quand des compatriotes vont au pays avec des projets individuels, ils éprouvent des difficultés lors du retour au pays pour s’exprimer. Donc, la CCFR souhaite que de tels projets soient mis dans une approche collective. Car plus on travaille en collectif,  et plus on est fort, pour aller faire passer ces propositions là auprès de nos autorités. La CCFR se veut être l’interlocuteur direct avec le pouvoir administratif et politique au pays. Et aussi, avec les partenaires comme les états ici en France et les ONGs internationales.

LNC : La CCFR était-elle nécessaire à ce point ? Rien de la sorte n’existait avant ?

ABG : Alors, il faut se souvenir que la communauté centrafricaine en France n’a jamais été organisée. Le mot diaspora oui, mais pas en des termes de communauté unie. Notre communauté n’a jamais été structurée en terme d’association.

Cela a toujours été voué à l’échec depuis des années. Plusieurs tentatives ont eu lieu, 1046 réunions d’organisation de la diaspora, 46 tentatives de mise en place, et 23 tentatives d’organisation de la diaspora à l’heure actuelle, et qui, en fin de compte, n’ont rien finalisé de concret. Donc la CCFR est venue révolutionner les choses, venue pour changer les mentalités; pour que nos compatriotes puissent adhérer dans un projet. Et par cette adhésion pour être membre avec une carte, et s’associer à des projets.

Parce que l’on ne peut pas organiser des structures sans projets.  Pour concrétiser un projet, cela se fait avec les adhérents, et les adhérents, ce sont les centrafricains de la communauté vivant en France.

LNC : D’où vous est venue l’idée ?

ABG : L’idée me travaillait depuis 2008, quand j’assistais, je participais, j’investissais aussi dans plusieurs de ces tentatives de mise en place d’une organisation de la diaspora. Mais il n’y a eu que des échecs. Donc l’idée est venue naturellement, en partant de ces échecs répétitifs, et je me suis dit qu’il était temps maintenant de prendre les choses en mains et de procéder autrement.  De là, on a organisé des élections publiques, libres et démocratiques, où tout le monde s’est exprimé, et voilà le résultat.

LNC : Mais très vite vous avez été violemment attaqué par des adhérents sur votre légitimité en tant que président, votre réaction ?

ABG : Une, il faut savoir de quels adhérents ou individus l’on parle. La majorité de ces gens ont échoué dans plusieurs tentatives de mise en place d’une telle structure. Deuxièmement, dans tout cela, il ne faut pas perdre de vue l’identification ethnique de ces contestataires. Et troisièmement, il y a aussi  une connotation politique.

Alors, côté ethnique, lors de la campagne de mise en place de la CCFR, j’avais dénoncé la mainmise de l’ethnie Yakoma, via les deux frères qui vivant ici en France, à savoir Bertrand Kemba et son grand frère Olivier Gabirault. Mais aussi, des complicités du pouvoir de Bozizé à l’époque, voire même de celui de Patassé. Ils ont privilégié ce côté là, pour organiser des forums à Bangui, que j’avais dénoncé à plusieurs reprises. Et cela m’a valu à maintes reprises, toutes ces insultes jusqu’à aujourd’hui.

Et c’est visible, si vous faites une statistiques des commentateurs sur Facebook, vous comprendrez que la majorité des gens qui font ces commentaires sont de l’ethnie yakoma.

LNC : Martial PABANDJI, votre contradicteur le plus virulent, vous dénie le droit d’être président de la CCFR, au motif d’un casier judiciaire lourd. Mais la loi de 1901 en France n’exige pas des dirigeants des associations des casiers judiciaires vierges. Comment expliquez-vous cette diatribe ?

ABG : Nous nous voulons révolutionner les choses. Et à l’exemple de ministres qui sont des repris de justice chez nous, de députés tout aussi des repris de justice, qui ont même combattu  au sein des groupes armés en Centrafrique et qui sont devenus des députés et des ministres; j’ai voulu donner l’exemple. Car à de multiples reprises, il y a eu des accusations sur la sincérité des mes engagements politiques.

Depuis 2010, dans la Presse, dans des blogs plutôt, des personnes m’y accusent de ceci ou de cela. C’est pour cela que j’ai parlé de casier judiciaire, et présenté le mien, lors de cette élection. Je me suis présenté avec la copie de l’extrait de mon casier judiciaire qui m’avait été délivré, et ceci, pour montrer l’exemple. Même si, dans les statuts de notre association, ceci n’est pas exigé. Donc, l’attaque sur ce sujet pour tenter de me délégitimer ne tient pas debout.

LNC : Martial PABANDJI, publiant sur Facebook un document prétendu être votre extrait de casier judiciaire, et arguant que le vôtre montré lors du vote du CCFR serait un faux. D’un point de vue purement légal, c’est une ingérence dans votre vie privée. Comment avez-vous réagi à cela ?

ABG : Ca déjà, c’est de sa responsabilité, puisque j’ai déjà saisi la justice de ce pays (France). Je suis allé au tribunal de Nantes, et j’ai déposé une plainte contre Mr Pabandji, et également contre X, pour falsification et affichage de faux documents en mon nom. Donc il y a deux plaintes. La première concernant la personne qui l’édite, et la seconde, à l’encontre des personnes qui se sont rendues complices de près ou de loin de cette affaire. Mais il n’y a pas que cela, il y a aussi des résultats biologiques des tests VIH où dedans ils disent que je serai séropositif.

LNC : Vous êtes bien conscient que tout ceci constitue des manœuvres diffamatoires ?

ABG : Exactement, tout à fait. Cela fait partie de cette campagne de dénigrement contre laquelle j’ai porté plainte auprès du procureur de la république à Nantes, ville où l’intéressé est domicilié.

Mais aussi d’autres plaintes contre d’autres individus, exhibant des bandes audios, m’ayant enregistré à mon insu. Concernant le casier judiciaire,  nous sommes dans un pays de Droit. Et la justice a pris le relais, donc elle fera son travail.

Je suis victime des ces calomnies, de ces humiliations, que j’ai du recevoir en pleine face. Mais j’ai confiance en la justice française, pour que la vérité soit établie. Pas pour prouver que je n’ai pas un casier judiciaire vierge, mais pour dénoncer l’acte de diffusion de faux documents me concernant.

LNC : La CCFR à peine née, voit son image de marque salement détériorée par ces multiples allégations vous concernant, est-ce bon pour son avenir ?

ABG : Mais il n’y a pas de détérioration de l’image, puisque dès le départ, la mise en place du CCFR, posait problème à ces détracteurs de la démocratie.

Parce qu’il faut savoir que là, on est en train de parler de démocratie. Et les gens qui n’apprécient pas ou qui n’aiment pas l’expression démocratique en Afrique, ce sont ceux-là.

Moi, je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. Mais une tentative de détérioration, quelque part oui,  car ils ne voulaient pas de la mise en place de cette structure. De quel droit peut-on interdire à une personne sa liberté d’exercice d’une activité associative ? Cela n’existe nulle part.

Il y a même des requêtes en référé restées sans suite,  posées par ces gens se prétendant juristes, ou se disant disposer de licences ou de doctorats, alors que ce ne sont que des capacités en Droit que l’on peut obtenir sans Baccalauréat.

Ceux là qui se permettent de faire des requêtes en justice pour dire que la mise en place du CCFR a été illégale. Donc, vous voyez, on marche sur la tête. La CCFR est intacte.
Maintenant, nous on invite juste les centrafricains à y adhérer, pour que nous puissions mener des projets ensemble. La CCFR n’est pas que le Bureau, n’est pas que le président Guinon. La CCFR c’est l’ensemble des adhérents qui vont porter un projet commun.

LNC : Que dites-vous des reproches faites sur vos liens avec le très clivant SANI YALO, et personnage très sulfureux pour beaucoup ?

ABG : Vous savez, je suis quelqu’un de très engagé. Depuis 2014, dans la politique, et après, j’ai pu investir les hommes politiques et les partis politiques pour tenter d’en  comprendre les mécanismes et les fonctionnements.

Dans la  vie, on a des amis. Je n’ai jamais caché mon amitié sincère, fidèle et loyale à Sani YALO. Et c’est quelqu’un aussi qui n’a jamais caché son amitié pour moi.

Cela faisait 7 ans que je n’étais pas retourné en Centrafrique, depuis 2010. Mais à mon retour,  il est venu, il m’a invité chez lui. C’est mon ami, donc je ne vois pas pourquoi les gens iront faire des associations malhabiles avec lui.

Et comme je vous l’ai dit plus haut, je participe aux réunions de la diaspora depuis 2008, pourquoi cela n’a-t’il pas été remis en cause ? Et soudainement maintenant, on va exhiber des liens entre SANI YALO et moi. Les gens qui affichent ce lien là, ce sont ceux-là même que j’avais dénoncé, lors de la mise en place du CCFR. Leur appartenance au parti du KNK de François Bozizé à l’époque.

Tous les yakomas qui sont en France, tous ceux qui sont dans des partis politiques, ont  adhéré directement ou indirectement avec l’aide de Djento du KNK, pour manipuler la diaspora. Voilà la différence.

LNC : Le terme Diaspora est assez vaste et flou, comment allez-vous donner corps à cela en France ?

ABG : Je n’emploie pas le terme diaspora. Car cve mot évoque la présence de réseaux d’influence actifs. Ce qui n’est pas notre cas.

Un exemple, celui de la diaspora libanaise dont on ne parle pas. Eux ils ont de puissants réseaux. Les centrafricains n’ont pas réseaux.

Pourquoi va-t’on parler de la diaspora ? On ne peut pas parler de la diaspora centrafricaine alors que nous ne communiquons pas en réseaux d’influence, alors que nous ne mettons pas nos intérêts économiques en réseaux et en commun.

Donc je parlerai plutôt d’une communauté locale, ici en France. Au lieu de parler de diaspora, qui est mondialement connue pour ses influences et ses réseaux. Les centrafricains ne sont pas influents sur le plan extérieur. Donc il faut dire les choses clairement.

Vous qui êtes journaliste, donnez-moi un exemple de centrafricains influents à l’étranger ? Ou encore à l’intérieur comme à l’extérieur ? Il n’y a pas de centrafricains influents dans le monde.

Donc, ne parlons pas de diaspora, un terme qui renvoie à des capacités d’influence, de mise en place de réseaux économiques. Alors que nous, nous en sommes encore à une simple tentative de mise en place d’une association.

Cela pose problème, parce que nous ne sommes pas unis, et donc nous ne pouvons pas parler de Diaspora. La Diaspora fait référence à des gens unies.

LNC : Démarches égoïstes, absence de solidarité, et pire, on enfonce la tête d”un frère ou d’une sœur encore plus dans le sable, le sachant en difficulté, c’est un vrai défi non ?

ABG : Déjà, les démarches égoïstes, ça se démonte. Au sein de notre communauté, vous avez évoquez les casiers judiciaires, mais dans l’exemple de la diaspora libanaise, citez-moi quelqu’un qui a jeté en pâture certains de leurs compatriotes ? Jamais, bien au contraire ils le protègent.

Encore, donnez-moi un exemple dans lequel Guinon aurait tué un centrafricain ? Guinon ferait partie des bandes armées, Guinon serait Séléka, Guinon serait Anti-balaka ? Cela n’existe pas.

Il faut faire bouger les lignes, il faut choquer les gens par des actions, il faut choquer les gens par des prises d’initiatives et de risque. Les centrafricains n’aiment pas prendre des risques pour émerger sur le plan économique, pour le développement, ou pour la mise en place d’entreprises.

LNC : Mais vous n’êtes pas sans savoir que la culture centrafricaine est celle de la surface des choses et de l’instant présent non ? Comment juguler une telle pesanteur ?

ABG : Comme disent les chinois, le développement est dans la tête, l’intelligence est dans la tête,  l’action est dans la tête, toute initiative est dans la tête d’abord. Si dans la tête et dans le cœur des centrafricains il y’avait cela, les choses seraient différentes. Vous savez, il faut voir l’histoire des centrafricains depuis l’exil de Bokassa.

Pourquoi, lorsque Bokassa est parti, il y a eu tant d’ethnies lobayennes qui se sont exilées ? Et quand Kolingba a fait une tentative de coup d’état en 2001, beaucoup de yakomas se sont dispersés aussi, pourquoi ?

Tout passe par là pour comprendre. Cela pour dire que nous les centrafricains, nous sommes toujours restées des gens sectaires.

D’un point de vue tribal, nous ne pouvons pas nous dissocier de nos identités ethniques. C’est pour cela que nous ne pouvons pas être ensemble, vivre ensemble.

Nous sommes trop primaires dans nos têtes.

LNC : Un pays pas uni n’existe pas, qu’en pensez-vous ?

ABG : Mais nous ne sommes pas unis. Les centrafricains n’ont jamais été unis. Jamais ! C’est démontré. Un exemple, quand les Séléka sont arrivés, et que les centrafricains organisaient des manifestations en France, jamais un centrafricain ne s’est levé pour dire non aux Séléka. La majorité ne voulait pas prononcer le nom de Séléka. Ils disaient tout simplement : “Nous voulons la paix”. Mais la paix avec qui ?

LNC : Oser montrer aux centrafricains leurs dérives sectaires et mentales, c’est risquer des représailles, vous partagez ?

ABG : Les représailles pour moi commencent par déjà faire sortir de faux casiers judiciaires. Ce sont de représailles indirectes, de gens que j’avais dénoncé. C’est ça la peur des centrafricains, de se retrouver salis. Parce que si tu as peur, c’est parce que tu as des choses à te reprocher. Moi je n’ai pas peur, je ne me reproche rien. Quand on a rien à se reprocher, on dénonce, on mène un combat. Et dans ce combat là , le risque est qu’un jour, quelqu’un vienne vous salir injustement.

LNC : La CCFR peut-elle faire la différence et aider à faire évoluer les mentalités ?

ABG : Premier moyen, ça doit être les moyens humains, les adhésions. C’est la base de tout. Nous nous mettons tous autour de la table pour mettre en place des actions. Deuxièmement,  une fois des projets d’action mis en place, nous chercherons des subventions, pour les financer, et une fois de plus, la base, ce sont les cotisations de membres. Dans notre règlement intérieur, nous avons les membres d’honneur, les membres bienfaiteurs, et les membres tout court. Pour les membres d’honneur, il y a pas de limite au montant de leurs cotisations. Et cela peut être n’importe qui. Que cela soit le président de la république ou le directeur de publication de LNC par exemple. Ils peuvent nous faire des dons de 10 ou 15.000 euros.

LNC : Que pèse la CCFR en termes d’adhérents ?

ABG : Aujourd’hui, là, nous avons 78 membres adhérents qui attendent leurs cartes, puisque nous venons d’acquérir la machine d’impression. Et c’est grâce à leurs adhésions que nous avons pu acheter ce matériel. Matériel, logiciels et cartes nous reviennent à 2.300 euros.

LNC : Au delà, la CCFR devrait être incontournable, quand on évoque les centrafricains de France ?

ABG : La CCFR n’a pas l’exclusivité de l’organisation des centrafricains en France ou de sa diaspora. Nous avons un objectif initial de 1000 membres.  Si l’on atteint ce cap de 1.000, alors on passera à l’objectif de 2.000. Et ainsi de suite. Vous vous doutez très bien que l’adhésion au CCFR se fera au moment ou les gens verront la réalisation des premières actions par notre communauté via son appui. Pour parvenir à ce résultat, il faut des adhérents.

LNC : Que répondre à ceux qui veulent bien de la CCFR, mais sans vous à sa tête ?

ABG : Il n’y a pas à se justifier. Je ne m’appelle pas Séléka,  je ne m’appelle pas Anti-Balaka. Je n’ai pas de sang de centrafricains sur les mains.

LNC : Néanmoins les critiques à votre égard persistent !

ABG : Les centrafricains, s’ils veulent faire développer leur pays, ils ne doivent pas se focaliser sur un homme. Beaucoup de chrétiens disent souvent : Ne faites pas ce que je fais, mais faites ce que je vous dis.

Mais pourquoi me viser ? Je suis un leader, et je le reconnais. Je suis un porteur de projets, et je le reconnais. Et je suis assez offensif contre des agissements médiocres. Et c’est toujours les médiocres qui s’attaquent aux meilleurs. Donc, au moment ou je suis le meilleur, les médiocres ont peur de moi.

En conséquence, toutes les personnes médiocres, c’est normal qu’elles n’adhèrent pas à mes projets, ou à la CCFR. Je ne cherche pas à être aimé. Je veux tout simplement qu’on aime notre pays, puisque que c’est pour notre pays que nous luttons, pour valoriser nos cultures et notre langue.

Là, je vous donne cet exemple. Quand des gens parlent de la RCA, elles ne citent que la référence Bokassa. Et moi je veux faire enlever cette référence négative de Bokassa.

Moi, je veux tout simplement distribuer des tracts dans la ville de Paris, dans différentes villes de France pour leur faire connaître la RCA. Par la promotion du pays, comme édicté dans nos statuts. Promouvoir la RCA, est-ce un crime ? Une simple question.

Je suis la vitrine de la RCA,  je vais promouvoir la RCA. Maintenant, ceux qui sont contre, qu’ils restent contre. S’ils ne veulent pas promouvoir la RCA, en faisant allégeance au terrorisme Séléka, ça c’est leur problème. Moi je ne fais pas allégeance à la Séléka.

LNC : Crise centrafricaine, pour résumer, Séléka Vs Anti-Balaka, cela n’est-il pas sans fin ?

ABG : Mais vous avez oublié la France. Quelle est la position de la France ? Il faut spécifier ma réponse sur ce point là. Maintenant je réponds à votre question. Qui sont les Anti-Balaka ? Qui sont les Séléka ? Quand vous reprenez la définition du DDRR, vous verrez qu’il y a dedans le mot “rapatriement”. Ce qui signifie que, dans la SÉLÉKA, il y a des combattants étrangers qui se sont introduits dans l’affaire en tant que mercenaires. Le problème est donc hors frontières. Ils viennent du Tchad, du Soudan, etc, etc… Aujourd’hui, je n’ai pas à vous démontrer comment la Séléka est entrée, je n’ai pas à vous démontrer comment les Anti-Balaka ont vu le jour.

Mais la venue des Anti-Balaka aura été un soulagement pour les commanditaires de la Séléka. Ce sont ces gens là qui ont amené la Séléka. Mais comme elles ont été débordées, elles ont fabriqué les Anti-Balaka. Il suffit d’aller sur Youtube et taper “Anti-balaka”, et vous verrez. Voilà ma réponse.

LNC : Mais vous ne pouvez pas non plus nier les nuisances des Anti-balaka instrumentalisés par Bozizé ?

ABG : Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Si Bozizé était resté, il y’aurait-il eu cela ? N’existe-t’il pas d’autres moyens pacifiques pour stabiliser le pays ? Lorsque les chose n’allaient pas dans le pays,  on avait dit : “enlevez Bozizé”. S’il massacrait son peuple, je serai d’accord.

On vient, on enlève le président, etc etc… Mais lui voulait se maintenir au pouvoir. C’est ce que la France avait dit. C’est ce que Hollande avait dit. Hollande avait déclaré que la France ne soutiendrait pas un président qui voulait se maintenir au pouvoir. Et au moment ou Bozizé voulait se maintenir au pouvoir, et non pour tuer son peuple,  pourquoi alors laisser venir ces mercenaires pour tuer le peuple ?

Et toutes les conséquences s’en sont suivi. Et je condamne en passant les actes de cannibalisme des Anti-Balaka. Et je ne leur trouve pas d’excuse. Mais, il faut se poser d’abord les bonnes questions, dans le sens ou vous ne me demandez pas : “Pourquoi la Séléka ?”. C’est simple. “Pourquoi la Séléka ?”, c’était pour empêcher Bozizé de modifier la Constitution pour rester au pouvoir. Sauf que, pour l’en empêcher, il fallait tuer des gens.

LNC : Il n’est nulle part écrit dans la Constitution centrafricaine que le coup d’état était légitime ! Comment Bozizé est-il arrivé au pouvoir ? D’où tenait-il sa légitimité politique à la tête de la RCA ?

ABG : Mais,  pourquoi vous commencez seulement par là ? Pourquoi vous ne commencez pas depuis le coup d’état de Bokassa ? Bozizé, c’est un cas récent. Bozizé a été formé par qui ? Par Bokassa non ? C’était son garde du corps. Comment Kolingba est arrivé au pouvoir ? Par un coup d’état. Patassé a pris le pouvoir, il a vécu quoi ? Des mutineries.

Tout ça, ce sont les conséquences de l’immaturité politique des centrafricains, qui nous a conduit à l’émergence de la Séléka, et au cannibalisme des centrafricains.

Le cannibalisme, ce n’est pas un Anti-Balaka qui a dévoré la jambe d’un centrafricain. Mais un centrafricain qui a été identifié comme tel. Pourquoi les media occidentaux persistent-ils à dire que ce qui se passe en Centrafrique, c’est une guerre religieuse ? Lorsque que Frnançois Hollande avait fait une déclaration sur le maintien de Bozizé au pouvoir par la modification de la constitution en sa faveur, personne n’avait parlé de chrétiens et de musulmans !

LNC : La presse occidentale par méconnaissance et plus clairement par mauvaise foi, résume la crise par une caricature se résumant à une guerre religieuse imaginaire, oui ou non ?

ABG :  Oui, tout à fait, ce sont des excuses qu’ils avaient trouvé. Nous centrafricains, moi centrafricain, je sais que ce qui se passe dans mon pays n’a rien à voir avec la religion. C’est une instrumentalisation des consciences des individus, afin de créer des amalgames, purement et simplement.

LNC : Mais vous un leader auto-déclaré, comment réagissez-vous contre ces propagandes ?

ABG :  S’il existait une diaspora forte des communautés centrafricaines de l’extérieur, nous aurions été bien plus puissants que ces types de presse. Mais, les centrafricains ne sont pas puissants.

Nous ne sommes puissants que pour chercher à nuire à nos propres frères. Et impuissants face aux étrangers.

Donc, moi, je rends responsables, nous-mêmes les centrafricains, qui sommes incapables de nous unir sous forme de communautés, et de faire bloc pour défendre notre pays.

LNC : Parlant plus spécifiquement de vous, d’où vient votre fortune ? Pour beaucoup d’observateurs, vous ne travailleriez pas. Quelles sont donc vos sources de revenus ?

ABG :  Mais pourquoi vous parlez de fortune ? Vous savez, ne pas travailler, c’est un droit. Travailler n’est pas une obligation. Mais déjà je travaille. Si je suis engagé 24h sur 24 pour la défense de mon pays. A être constamment sur internet pour cela, c’est du travail.

LNC : Mais Pabandji et d’autres encore avaient pointé ce détail… Que vous seriez sans emploi.

ABG :  C’est lui qui le dit. Il n’a pas apporté de preuves pour étayer cela. Vous savez, en France, ils sont tous prêts à dire que Guinon travaille pas. Mais ceci relève de ma vie privée.

Je parle moi de la vie de nous les centrafricains. Venir pour vouloir parler d’organisation d’une communauté. Donnez-moi un exemple dans la loi de 1901 qui oblige que pour créer une association, il faut travailler d’abord ? C’est du bénévolat. Quand on parle de bénévolat, la question de travail n’a pas à être soulevée.

LNC : Cela ne répond pas à la question. Vous biaisez. C’est quoi votre boulot dans la vie ?

ABG :  Alors sur le plan professionnel, déjà, je suis un expert en matière de transports et de logistique. Je suis le co-dirigeant d’une entreprise dans laquelle je dispose d’une licence d’exploitation de transports et de logistique, supérieure à un chargement de 3.5 tonnes. Déjà ça.

LNC : Mais tout un tas de gens en doutent

ABG :  Vous savez, mon avis d’imposition fait foi. Je l’avais diffusée. Et pourtant, je n’étais pas obligé de le faire, ni encore moins de produire mes fiches de paie. Mais il faut tout de même que je me protège.  j’ai déclaré 6.000 euros d’impôts au fisc français. A vous les journalistes de faire le travail d’enquête pour vérifier la véracité de cela, et de trouver mes sources de revenus. Je vais vous envoyer mes fiches de paye, et vous verrez que je paye bien 6.000 euros d’impôts en France. Celui qui ne travaille pas ne paye pas d’impôts. Aussi simple que ça.

LNC : Comment expliquez-vous le si grand succès des “lives” sur Facebook ?

ABG :  Déjà un, les centrafricains n’aiment pas lire, c’est ce que j’ai compris. Du coup, quand vous avez des problèmes avec des gens qui ne veulent juste regarder  les commentaires ou commenter des images, dès lors, on s’adapte. Facebook a bien compris que les vidéos (live), permettent aux gens d’avoir un accès plus facile aux informations. C’est pour cela que je profite de cet outil.

Maintenant, pourquoi nous les centrafricains n’aimons pas lire à part des bêtises ? On diffuse le casier judiciaire d’un individu, là on est prêt à lire. Mais si on parle du pays, constatez vous-mêmes,. Vous, vous disposez des outils statistiques pour vérifier les nombres de vues, les nombres de  lecteurs qui se connectent pour lire votre journal, et vous vous rendrez compte que cela n’excédera pas 1.000 lecteurs. Mais, si vous faites un “live” vidéo, vous vous rendrez compte que le nombre de vue progresse RAtrès très vite, du fait de l’image. Et donc, c’est un outil complémentaire pour aider et soulager la presse écrite.

Si par exemple, je fais une vidéo disant que voilà sur LNC j’ai réalisé une interview, je demande aux gens d’aller lire cette interview. Vous verrez tout de suite que, le nombre de vues de vos lecteurs augmentera immédiatement de l’ordre de 100 à 200. Donc, comme dit, c’est un outil complémentaire à ne pas négliger.

LNC : Ce qui responsabilise grandement les “liveurs” comme vous !

ABG :  Vous savez très bien que moi je vous ai parlé d’outil. Cela veut dire que, je donne de l’importance à ce que je fais. Je ne vais pas dire n’importe quoi. Je peux faire un droit de réponse à une personne. Mais chez nous, il faut savoir que quand vous prononcez le nom d’un homme politique dans des vidéos, c’est considéré comme une insulte. Donc il faut tenir compte de cela aussi. Si je parle de Magloire LAMINE, Magloire LAMINE lui comprendra très bien que je ne l’insulte pas. Mais si je parle d’un tout autre homme politique, qui en plus a des choses à se reprocher; eh bien tout de suite cela sera pris comme une attaque personnelle.

LNC : Un dernier mot de conclusion ?

ABG :  Je remercie LNC qui a fait un travail très professionnel, pour venir vers moi, de me tendre le micro.

Et surtout, qui n’est pas rentrée dans cette campagne de dénigrement en mon encontre en diffusant des publications fallacieuses. Je reconnais le professionnalisme de LNC. Parce que c’est très important.

Et je demanderai aussi d’avantage à d’autres media ou à d’autres blogueurs de faire très attention à toutes les informations reçues. Et aussi, de dire aux centrafricains, de lire, de beaucoup lire, parce que,  je vois actuellement que beaucoup de blogs et des blogueurs racontent n’importe quoi.

Et quand vous savez lire entre les lignes, vous vous rendez très vite compte que ce ne sont que des histoires fabriquées pour nuire. Et cela dénature le travail des vrais professionnels des media. En exemple encore, de celui de LNC.

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Coordination PARIS : Mathias LAMBERT
Mise en texte de l’interview : Sofia VAN DEN BROECK
Interview par : Magloire LAMINE

Correction sémantique : Gilles DELEUZE

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© Mars 2018 – LAMINE MEDIA
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