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Justice

Centrafrique : Les Anti-Balakas, plus faciles à juger que les puissants Sélékas

Sandra Martin-White

LOS ANGELES  [LNC] – Drôle de mode de fonctionnement de la justice centrafricaine. Les gros poissons passent à travers les mailles de ses filets. Place à la chasse à la petite friture.

C‘est à l’aune des peurs paniques de TOUADERA que la justice du pays s’enhardit ou pas. A peine arrivé au pouvoir, dans sa vision, comme ses prédécesseurs – en passant – de réduire le pays à la seule “République de Bangui”, ce fut des Anti-Balakas que provenaient ses pires craintes, car très présents à Bangui. Au point de dictatorialement ordonner aux juges, la libération d’un certain nombre en cours de jugement. La proximité de certains de ses ministres avec cette milice le terrorisait.

De là ses frayeurs irraisonnées devoir partout des coups d’état en préparation.

Mais les choses ont évolué depuis. FAT, bien que très mal conseillé, a appris tout de même à mieux estimer la situation, pour finir par se rendre compte que les Anti-balakas n’étaient qu’une nébuleuse  désorganisée, non structurée et sans chaîne réelle de commandement. Un des ministres soupçonné d’être trop pro Anti-balaka, verrouillé depuis par réduction de ses pouvoirs ministériels. Contrairement aux Sélékas, “là bas”, loin de lui, eux structurés comme des milices militaires. Et surtout surarmés. Mais menace finalement  jugée lointaine.

Quitte à offrir des têtes comme preuves du bon fonctionnement des institutions judiciaires, autant ne pas prendre des risques et sacrifier des victimes expiatoires. Grand vent sur les Anti-Balakas.

CHOPER LES PLUS FAIBLES

Le aka “général Angilo”, une des figures emblématiques des Anti-Balakas, condamné par le tribunal de grande instance de Bangui, dans un procès sans réelles preuves étayant les chefs d’accusation, mais qu’importe; c’était du petit lait à déguster. Et d’autres de cette milice par la suite, lourdement condamnés de même.

Même le ministre de la Justice Flavien MBATA de s’acheter du courage, pour Vendredi dernier, oser demander à la République démocratique du Congo (RDC), l’extradition de “Romaric“, un des terribles chefs Anti-Balaka de Bangassou, qui avait fui en RDC fin 2017. Mais arrêté avec d’autres qui l’avaient accompagné par l’armée congolaise à Buta une ville du Nord congolais.

MAIS QUID DES SÉLÉKAS ?

Si l’on se fie au prisme de la justice centrafricaine, les Anti-Balaka seraient les seuls responsables de la crise sécuritaire dans le pays. Les Sélékas étant hors des radars.

Quel est l’équivalent Séléka d’Angilo qui a été jugé et condamné ?

Et pourtant, de nombreux mandats d’arrêt ont été lancés contre des chefs Sélékas, mais jamais exécutés. La peur du pouvoir a changé de camp. Pas encouragé par les curieuses attitudes de la MINUSCA, dont la charge de l’exécution des mandats d’arrêt incombe pourtant à sa police. La faiblesse du pouvoir de Bangui ne lui offre pas la latitude de le faire lui-même.

Du coup, du deux poids deux mesures. on tape allègrement sur Anti-balaka, manière de démontrer que la justice fonctionne dans le pays, tout en ménageant les chefs Séléka.

PRÉCIPITATION D’INTÉGRATION DE CRIMINELS DANS LES FACA

Les français de la SANGARIS avaient mis en place une méthodologie stricte d’appréciation de toute personne voulant intégrer l’armée centrafricaine.

Depuis leur départ, le programme est tombé dans l’oubli. Pas repris par l’EUTM-RCA, où les perpétuels changements de commandement tous les six mois ne permettent pas de faire des suivis sérieux des dossiers.

L’intégration dans les FACA dépend de la bonne foi des personnes qui souhaitent l’être : Ancien militaires, rebelles ayant déposé les armes volontairement etc… Pas de réelles évaluations, pas de connaissance du passé criminel des individus. 

Bon nombre des “nouveaux” FACA et des gendarmes ne sont que des criminels et des délinquants. qui régulièrement continuent de se comporter comme tels dans le pays. Des faits notifiés et dénoncés par l’ex ministre de l’intérieur Jean-Serge Bokassa, et surtout par la MINUSCA dans ses “fact sheets”.

Le successeur de Bokassa, un gendarme qui avait comploté contre lui avec succès pour le remplacer, lui n’en a cure.Toutes les enquêtes contre des FACA, des policiers et des gendarmes délinquants sont bloquées.

Armer des individus que l’on ne connaît pas, c’est déprécier l’institution militaire, et accorder le droit légal de tuer à des assassins.

LA CPS ?

A craindre que l’actuel mode de fonctionnement de la justice centrafricaine à géométrie variable, selon le vent que fait souffler sur sa tête le pouvoir politique, ne soit que le prélude de ce qu’offrira la Cour pénale Spéciale. Une probable pantalonnade. Car cette CPS va juger qui ?

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© Février 2018 – LAMINE MEDIA

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