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Analyses

ANALYSE/Centrafrique : Les bandes armée sont parties pour se perdurer

Gilles Deleuze & Aline M’Pangba Yamara

BELOKO  [LNC] – Le Nord-Ouest centrafricain, terrain de jeu des “3R” (Retour, Réclamation et Réhabilitation), une certitude, avec son chef Sidiki Abass s’y comportant en super gouverneur de régions. Depuis le début de l’année, ses homme sillonnent l’espace pour de pseudo-réunions avec les populations sur le “Vivre ensemble”, une plaisanterie. Mais surtout, une tactique visant à se sanctuariser. A l’évidence, ils cherchent à banaliser leurs présences.

De Gamboula dans le Mambéré-Kadéï, ils remontent jusqu’au Nord dans la zone de BANG, pour une tournée qu’ils dénomment de sensibilisation.

Mais double langage, ce groupe qui a vu le jour à la fin de l’année 2015, en s’illustrant d’entrée par des tueries de civils, des kidnappings, des pillages et des destructions tous azimuts, de toujours poursuivre leurs pratiques de prédation. Au point même de dorénavant s’aliéner le soutien des Peuhls qu’ils rackettent et volent les bétails.

L’IMPLANTATION

Le 13 décembre dernier à Bouar (Nana Mambéré), ils signaient un accord de cessation des hostilités avec les Anti-Balaka du coin, dans une volonté commune affichée, d’organiser par la suite des réunions régulières de concertation; en présence des autorités locales, dont le Lieutenant-colonel Alexis Naguezangda, le préfet de la Nana Mambéré. Et sous l’égide de la MINUSCA, représentée par sa cheffe du bureau de Bouar, Christine Kapalata. “La MINUSCA apporte son aide à l’organisation de ces réunions et en assure la sécurisation,” déclarait celle-ci.

Cette dernière dans un communiqué de presse exhortait les media a faire écho de cet accord, qu’elle avait qualifié de pas en avant vers la paix dans la Nana Mambéré”, et, citons-la : qui n’est qu’une “première étape” qui exige l’engagement des deux parties. “La MINUSCA continuera à sensibiliser les parties, les autorités et la population locales au contenu de l’accord, de ses divers mécanismes et de trouver des solutions pour la réinsertion des éléments des deux groupes armes dans la société à travers les moyens du DDR et du réduction de violence communautaire (CVR)”, avait-t-elle ajouté.

Enthousiasme également du Préfet de la Nana Mambéré : « Nous nous sommes mis d’accord sur la tenue d’une réunion par mois. Les 3R, qui sont déjà venus à deux reprises à Bouar, ont proposé que la prochaine rencontre se tienne à Yéléwa. Les anti-Balaka ont aussitôt dit oui et nous espérons nous retrouver le 2 février », ajoutant que malgré « quelques petits problèmes, il saluait l’impact de l’accord, notamment pour le déplacement sans entraves des habitants de Yéléwa vers Bouar.

Cet accord entre ces deux bandes armées devrait donc se confirmer cette semaine.

Un jeu de dupes et dangereux qui amène à trois constats :

1- Plus des bandes d’assassins se comportent comme des tueurs en série, et plus leurs chefs seront considérés et respectés, en devenant des partenaires convenables à inviter à sa table. A contrario, moins les crimes sont importants, et plus le criminel a des chances de finir devant la justice. Conclusion de ce paradoxe, les chefs de guerre en Centrafrique pour conserver leur impunité, ont tout intérêt à continuer à massacrer les civils et à poursuivre leurs pilages. Abass Sidiki, Armel Sayo, Nourredine Adam et tous les autres du même acabit peuvent dormir tranquille. Leur tolérance et laisser faire par la MINUSCA les sacralisent par l’absolution.

2- La philosophie onusienne de pacification des zones de conflit, pourtant battue en brèche partout où ont été installés ses casques bleus, consistant à s’interposer et non à tenter de chasser des rebelles déstabilisant un pays, s’inscrit en faux à la nécessité et l’urgence du rétablissement de l’autorité de l’Etat  partout dans le pays. Or, la MINUSCA a laissé les groupes armés faire main basse sur près de 85% du territoire. Cohabitant même avec eux, à l’exemple des villes comme Paoua, Kaga-Bandoro ou Bambari. Conclusion, les discours volontaires sur le rétablissement de l’autorité de l’Etat ne sont que des incantations.

3- Simple, à quoi sert la Cour Pénale Spéciale dans un tel contexte d’impunité d’entretien d’assassins de masse ?

LA MINUSCA NE SERAIT-ELLE LÀ QUE POUR CONFORTER ET MATERNER DES CRIMINELS EN LES BALADANT DANS SES HÉLICOPTÈRES ?

LES BANDES ARMÉES SONT DONC PARTIES POUR SE PERDURER.

English version

© Février 2018 – LAMINE MEDIA

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