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Etats Unis : ONU Vs MINUSCA, y a du sable dans le couscous

Ling Yun Xu Wan

NEW YORK  [LNC] – Depuis un an, les tensions entre la MINUSCA, et sa maison mère à New York sont plus que palpables. Elles sont réelles. Cela, confirmé par l’information de l’ONU, déclarant récemment que la MINUSCA devait faire plus pour protéger les civils. Un désaveu qui ne se cache pas. Une sortie onusienne venant confirmer les multiples fuites en OFF de nombreux diplomates onusiens, critiquant la gestion calamiteuse de la MINUSCA à Bangui par le gabonais Parfait Onanga-Anyanga, aka “Napoléon”.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau SG de l’ONU, le portugais António Guterres n’est pas très content de la manière dont les chose se déroulent en RCA avec les casques bleus. Point d’orgue de sa colère sourde, l’exfiltration d’Ali Darassa de Bambari, qui depuis, a permis à ce chef de guerre, de poursuivre en toute liberté, voire même d’amplifier sa mainmise sur de vastes territoires et des richesses, et de poursuivre ses crimes contre les civils centrafricains. Alors que rien dans le mandat de la MINUSCA ne lui interdisait de le remettre à la justice, quand elle l’avait sous la main dans ses locaux de Bambari.

Le même constat est valable pour tous les chefs de guerre que la MINUSCA entretient quasiment de son amitié. Et même leur verse des dividendes. A ne rien y comprendre.

La justification de la MINUSCA sur cet étrange épisode, fut qu’en exfiltrant Darassa de Bambari, cela devait permettre de détendre les tensions dans la ville. Mais sans voir plus loin, car depuis, Ali Darassa s’est sanctifié ailleurs, et devient inexpugnable. Avec au compteur, au moins 300 morts dans son sillage. Un bilan que la MINUSCA s’est bien gardée de dévoiler.

António Guterres à Bangui, ce n’était pas pour apprécier les délices du bassin oubanguien, ou pour prendre l’apéritif au palais de la Renaissance, mais pour par lui-même, se rendre compte des choses sur place, pour voir sur le terrain comment sont dépensés les plus de 850 millions de $ que l’ONU investit annuellement en Centrafrique.

Lors de sa visite, tous les observateurs l’auront constaté, il aura méthodiquement snobé Onanga-Anyanga, et concernant Touadera, ce fut glacial, pour ne pas dire pire.

L’ONU N’EST PAS SOURDE, CONTRAIREMENT A LA MINUSCA

Ces dérèglements de la MINUSCA ont poussé l’ONU a enquêter, sitôt le retour du Secrétaire général à New York, après son séjour en RCA. En décembre, un rapport de l’ONU a été remis à Jean-Pierre Lacroix, le chef des opérations de maintien de la paix, initiateur de l’enquête.

Car difficile pour l’ONU de mêler sa voix aux défausses systématiques de la MINUSCA sur les incessantes accusations de passivité et de partialité, émanant de nombreux élus centrafricains, et même de membres du gouvernement. Les civils sont constamment les victimes des groupes armés, dont les attaques contre eux se sont multiplié très sensiblement en  2017.

L’enquête avait été confiée au général béninois Amoussou. Et il en ressort que, entre autres choses pointées, que les casques bleus « ne disposent pas d’une bonne compréhension des exigences de la protection des civils », ou encore que les stratégies de la MINUSCA concernant la protection des populations et des humanitaires, si indispensables au pays n’étaient pas adaptées. Et qu’elle devait donc sérieusement revoir sa copie sur ses réponses opérationnelles en cas d’attaques contre les civils.

Cependant, pour les enquêteurs, aucune preuve n’a pu être trouvée concernant les accusations de partialité, voire de complicité de certains contingents de casques bleus, dont notamment les Marocains, cités à de multiples reprises comme agissant de connivence avec certains groupes armés.

A l’ONU, pour avoir de réelles informations sans subir les lénifiantes déclarations officielles, il faut interroger les diplomates et les fonctionnaires de la maison en OFF.

Et deux d’entre eux ont accepté récemment de parler librement à LNC, et bien évidemment en exigeant l’anonymat sur leurs déclarations. L’un est ouest africain, et l’autre d’Amérique du Sud.

Du Ouest africain : “Reconnaissez que le général sénégalais, le chef de la force militaire de la MINUSCA est un homme franc, sincère, et ne ment pas. Il n’est pas normal que les casques bleus dans ce pays ne fassent même pas l’effort d’au moins compter les morts sur le terrain. Lui a été le seul à le reconnaître. Et pourtant, ce sont les chiffres de la MINUSCA que tout le monde reprend officiellement. J’ai souvenir d’un affaire dans laquelle la MINUSCA annonçait 29 morts, alors qu’il était question de 150. La Croix Rouge confirmera quelques jours plus tard. L’ONU a été ridiculisée sur ce dossier. Les effets d’annonce de M. Onanga-Anyanga sont contre-productifs. Où en est-il de toutes les enquêtes qu’il avait prétendu avoir initié comme vous l’aviez publié ? S’il est autant détesté en RCA, ce n’est pas sans raison.”

Du Sud Américain : “Des dénonciations de députés centrafricains nous parviennent régulièrement, et toutes parlent de collusions de certains contingents de la MINUSCA avec des forces oppressives dans ce pays. Au moins 12 rapports de ce genre. Nous ne pouvons pas avoir l’hypocrisie de les négliger. La MINUSCA dans sa globalité ne fonctionne pas dans sa mission de sécurisation de la RCA. Ses chefs ne peuvent pas continuer de la sorte à mépriser les gens, y compris le gouvernement centrafricain; et à nier les critiques formulées contre eux. Trop de dysfonctionnements. C’est évident. A votre question de garder ou pas Mr Onanga-Anyanga à la tête de la structure ? Ma réponse qui n’engage que moi, c’est que le sujet mériterait attention. Pour votre autre question sur l’autisme de la MINUSCA, je suppose que vous sous-entendez les difficultés de clarté et de sincérité dans sa communication ?”

LES FRANÇAIS ONT BLOQUÉ LES ENQUÊTES DE L’ONU SUR LES PRÉSOMPTIONS DE VIOLS DE MINEURS PAR DES SANGARIS

D’une fonctionnaire de l‘Office des Nations Unies à Genève (ONUG) (Suisse) : “Je faisais partie de l’équipe qui était sur cette affaire à l’époque, au moment des révélations d’Anders Kompass, et nous avions décidé de creuser plus avant. Mais, et nous le saurons par la suite, c’est le ministre français de la défense Jean Luc Le Drian lui-même, qui nous avait empêché de mener notre propre enquête à Bangui, auprès de la force de Sangaris, en classant immédiatement le problème en Secret défense. Sur place, avec les Sangaris, nous nous sommes heurtés à un mur. L’Unesco qui avait reçu des dépositions des victimes ne nous les avait pas dévoilées sur le moment. Après que la justice française rende un non lieu sur ce dossier, c’est quelque chose qui était prévisible. L’ONU n’est pas parfaite, mais nous ne sommes pas responsables de cela. une enquêtrice française, qui est dorénavant une de nos lanceuses d’alerte avait compilé un dossier très complet avec les témoignages des enfants. La justice française n’a même pas estimé utile de l’entendre.

Mais dans tout cette sale affaire, la RCA, qu’est-ce qui l’empêchait de se porter partie civile dans le dossier ? Au moins ça, à défaut d’ouvrir elle-même à Bangui une procédure sur l’affaire. Ce sont tout de même des enfants centrafricains qui ont été violés oui ou non ? A moyen terme, ce sont des réputations ternies et des pertes de crédibilité.”

English version

© Janvier 2018 – LAMINE MEDIA

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