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Analyses

Centrafrique : Touadera et son “impunité zéro”, un slogan malhabile

Gilles Deleuze

BANGUI  [LNC] – Selon un proche conseiller du président centrafricain, “le Chef de l’état déprime”. Et il y a de quoi. Héritier d’une situation épouvantable, il n’y arrive pas. 2017, une année pleine sous son règne, aura été la pire de toutes. Sur tous les fronts, c’est la catastrophe : humanitaire, sécuritaire, image internationale et autres. En 2017 la RCA a basculé pour être désormais le pays le plus pauvre de la planète. Donc, pas de quoi pavaner. La méthode Coué du “Ca va aller”, ne fonctionne plus.

Faustin Touadéra n’a plus que la logorrhée pour faire illusion, non par choix, mais par contrainte de la dure réalité. A Malabo en Guinée équatoriale, devant la colère du monarque local concernant un coup d’état manqué contre son auguste personne, et dont il tient les centrafricains pour responsables en chef, FAT afin de se dédouaner, n’a pas eu d’autre alternative que d’avouer qu’il ne contrôlait pas grand chose chez lui. Le populisme et l’optimisme à tous crins ont leurs limites.

LE MAÎTRE DES FORMULES

Les FACA (armée) doivent être réinstallés dans le pays. Mais leur image n’est pas bonne, tellement dégradée par le banditisme et la truanderie. Vision résumée par le PM Sarandji dans une de ses expressions fleuries : “Ce sont vraiment des abrutis”.

Tout cela n’aide pas le moral du président déjà bien bas. Et même la MINUSCA qui le soutient comme la corde soutient le pendu, de le lui mettre dans les chaussettes. Le DDRR qui devait et doit être son projet phare de pacification du pays, d’après Vladimir Monteiro le porte parole de la Minusca, déclarant lors d’un récent point de presse, “n’aurait pas encore démarré”. A quoi s’amusaient-ils tous depuis là ?

Du coup, le voilà confiné à jouer les utilités, comme une sorte de “Pom Pom boy” décoratif. Alors, il se  balade. D’ailleurs là, il est actuellement à Paris.

Démuni de moyens, sa seule arme restante, c’est comme on dit en Sangö le “yanga-Yanga”, la parole, si ce n’est la démagogie, diraient les mauvaises langues. Et il en use, à défaut d’expédients plus efficaces.

A Paoua, lors d’une récente visite éclair, il n’hésitait pas à déclarer que la ville serait bientôt débarrassée des bandes armées de toutes sortes. Le seul souci, ce n’est pas Paoua justement le souci, mais autour, dans la région de l’Ouham-Pendé, transformée en “No go zone”, et où il y a tellement de morts jonchant le sol, que plus personne ne prend la peine de les compter.

Dans la même vague, fin de semaine dernière, sur Radio Centrafrique, il remettait ça, lors d’une émission spéciale, en rabâchant les mêmes mots, et les mêmes slogans, comme s’il récitait un mantra, en cherchant à s’en convaincre lui-même !

« Il n’y aura pas d’impunité en Centrafrique ». ou encore : « Certains ont refusé de déposer les armes pour réclamer l’amnistie afin de ne pas être traduits devant les tribunaux bien qu’ils aient tué et commis des forfaits. Ils se trompent et seront tous traduits en justice ».

« Déposer les armes et dialoguer », demande-t’il aux différentes bandes armées, un vœu pieu qui distrait les rebelles.  Leurs « mauvaises pratiques » comme il le déclarait, malheureusement, ils les pérennisent sous son nez impuissant.

Avec quels moyens Faustin Touadera donnera-t’il corps à ses vigoureuses déclarations d’intention ? Car même si les FACA étaient enfin réhabilités, face à la puissance de feu des bandes armées, ils ne résisteraient pas une semaine. Aveu même d’un haut gradé militaire. Et ce n’est certainement pas sur la MINUSCA qu’il faudra compter.

Faustin TOUADERA est seul, face à son destin….

English version

© Janvier 2018 – LAMINE MEDIA

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