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DOSSIER/MINUSCA : Stop ou encore ? L’institution onusienne dans la tourmente

Dossier collégial dirigé par Aline M’Pangba-Yamara, Rédactrice en chef de LNC, et par Gilles Deleuze & Eve Malonga, Rédacteurs en chef adjoints

BANGUI.PARIS.PAOUA  [LNC] – Le 15 novembre 2017, le Conseil de sécurité  des Nations Unies, décidait à l’unanimité, de proroger d’une année supplémentaire, le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), et ce donc  jusqu’au 15 novembre 2018. Mais, comme le disait cyniquement à New York un diplomate ouest-africain, se confiant sous anonymat : “Sans demander l’avis des populations que ces gens sont censées protéger. Et avec un bilan aussi catastrophique, c’est se moquer des centrafricains, si rien ne change dans leur mode de fonctionnement”. Le ton était donné.

C‘est par la Résolution 2149 de l’ONU, en date du 14 Avril 2014, que le  mandat de la MINUSCA en Centrafrique était approuvé.

Quel est le contenu de ce mandat, qui très concrètement mettait le Centrafrique, de fait sous la tutelle onusienne ?

a) Protection des civils,

b) Appui à la mise en oeuvre de la transition, y compris action en faveur de 1’extension de l’autorité de l’Etat et du maintien de 1’intégrité territoriale,

c) Faciliter l’acheminement immédiat, en toute sécurité et sans entrave, de toute l’aide humanitaire,

d) Protection du personnel et des biens des Nations Unies,

e) Promotion et protection des droits de l’homme,

f) Action en faveur de la justice nationale et internationale et de l’état de droit,

g) Désarmement, démobilisation, réintégration et rapatriement.

L’ensemble de ces résolutions fut menée par la France à l’ONU, et dont les troupes en RCA, estampillées SANGARIS, y furent déployées afin de tenter de juguler une spirale de violence sans précédent dans le pays – suite aux incursions des Séléka, qui finirent par prendre le pouvoir provisoirement, mais après une mise à sac sanglante du pays – conjointement avec des troupes africaines de la MISCA, avant à proprement parler, de passer la main aux casques bleus de la MINUSCA.

TROMPERIE SUR LA MARCHANDISE

Si les autorités centrafricaines, ne sachant à quel saint se vouer, laissèrent la France livrer le pays au joug de la MINUSCA, c’était dans l’ignorance du mode de fonctionnement, disons même, de la philosophie intrinsèque et même cardinale des casques bleus dans leurs zones d’intervention.

Les casques bleus dans un pays en crise, n’y interviennent pas pour faire la guerre, mais de l’interposition. Ce qui bien évidemment pose problème, comme en RCA, face à ce que les militaires nomment des guerres asymétriques. Comprendre par là que les adversaires sont difficilement identifiables, et sont même mouvant; voire même encore impliqués dans les pseudo-actions censées les combattre, comme encore en exemple en Centrafrique; dans une espèce de maelstrom de confusions de genre, où des chefs de guerre parallèlement aux massacres de civils par leurs troupes, peuvent tout aussi bien être des ministres et des responsables du pays. Chose aisée, puisque ce sont eux qui imposent le tempo.

Les centrafricains, politiciens en tête, crurent très naïvement que la présence des casques bleus dans le pays serait la panacée. Grave erreur ! car en dépit d’un budget annuel pharaonique de près de 900 millions de $ et de plus de 12.900 hommes de troupes, la MINUSCA n’y arrive pas. Et dirions-nous, plus le temps passe, et plus c’est pire.

UNE IMAGE DÉTÉRIORÉE LES RAISONS

1- AUTISME

La MINUSCA est un univers vivant en vase clos, et qui globalement décide des ses actions à mener sans consulter personne. Conséquences présentement, en dépit des hypocrisies de façade, les rapports avec le pouvoir en place sont détestables. Le Premier ministre Mathieu Sarandji ne se gêne jamais pour le dire publiquement : “Ils font ce qu’ils veulent comme si nous n’étions pas là”.

Et en privé, plus cru : “Ce ne sont que des cons.”

Ceci pour illustrer le fait qu’en clair, la greffe avec la population centrafricaine n’a jamais prise. Et la MINUSCA ne fait rien pour arranger les choses. A l’image de son chef, le gabonais Parfait Onanga-Anyanga, qui de manière cinglante de répliquer aux critiques faites contre son institution :

“Si tout allait si bien dans ce pays, ils n’auraient pas besoin de la MINUSCA.”

Et à l’usage, les observateurs de la chose centrafricaine se sont aperçus que la MINUSCA ne supportait, ni la critique, ni la contradiction. Tout contradicteur étant systématiquement vilipendé comme un ennemi de la paix, quand Onanga-Anyanga ne le traite pas d’imbécile.

Et dans ce climat de tension constante et de suspicion, même les actions humanitaires et sociales très positives de la MINUSCA ne sont pas valorisées médiatiquement localement, comme elles le mériteraient.

2- ABSENCE DE STRATÉGIE

En Octobre 2017, nous publions cet article qui résumait tout.

Les r?currentes contradictions strat?giques de la MINUSCA

LE POMPIER COURANT TOUJOURS APRÈS LE FEU, INCAPABLE DE L’ANTICIPER, ET C’EST LÀ LE PROBLÈME

PLOMBÉE PAR LES ABUS SEXUELS DE SES CASQUES BLEUS

Si, il faut le noter à sa décharge, des actions vigoureuses furent menées au sein de l’institution pour lutter contre les agressions sexuelles récurrentes de ses soldats, la MINUSCA est bloqué par le principe d’auto-détermination des pays mettant des hommes à sa disposition.

L’ONU n’a pas le pouvoir de poursuivre des soldats coupables de tels actes. Cela relève du pouvoir de leurs pays d’origine. Sa seule possibilité consiste à renvoyer les soldats chez eux, en espérant qu’ils y seraient jugés.

Mais problème, dans la mesure ou en RCA, plus personne ne croit en sa sincérité, de telles initiatives de la MINUSCA sont systématiquement qualifiées de mensonges. En appui pour alimenter, les engagements sans suite de Parfait Onanga-Anyanga, surnommé “Napoléon”, sur de prétendues enquêtes qu’il n’a jamais initiées. Citons, celle sur les morts de “Bangui ville morte”, ou encore celle de 3 femmes violées en réunion à Boda par des casques bleus.

Il en résulte que pour le centrafricain lambda, la MINUSCA est devenue une force d’occupation, et massivement détestée par la majorité de la population, surtout dans les provinces, où sa passivité lui est reprochée.

COMPLICITÉ DE CRIMES ET PASSIVITÉ

Thème délicat et douloureux, sur lequel il convient de ne pas publier n’importe quoi.

Aussi, nous contentons-nous de citer des témoignages crédibles.

Autant citer un media considérée par la MINUSCA, France 24, qui titrait fin Novembre 2017 : “Après plus de trois ans d’activités, troublées par les accusations de violences sexuelles de la part de casques bleus, la Minusca peine toujours à convaincre de son efficacité. En octobre 2016, quatre civils avaient été tués à Bangui lors d’une journée ville morte pour demander le retrait des forces onusiennes.”

Anicet DOLOGUÉLÉ (Député) :

« La Minusca a laissé l’insécurité se développer en Centrafrique »

Martin ZIGUÉLÉ (Député, Président de la commission des finances au parlement) :

« Ils sont incapables d’arrêter cette guerre »

JEAN-SERGE BOKASSA (Ministre) :

« La MINUSCA nous a régulièrement empêché de déployer nos forces de sécurité intérieure, alors qu’eux ne font rien »

JOSEPH BENDOUNGA (président du Mouvement Démocratique pour la Révolution et l’Evolution de Centrafrique (MDREC)) :

« La Minusca, c’est un échec, parce que malgré les moyens à leur disposition, ces gens laissent faire les groupes armés avec qui ils collaborent la plupart du temps »

Cyr-Nestor YAPAUPA (Prêtre catholique) :

« A Mobaye, il y a la présence du contingent mauritanien qui ne fout presque rien, et qui est parfois de mèche avec les groupes armés »

“Tout ce qu’il se passe en Centrafrique, dans l’arrière-pays, la Minusca ne fait rien contre. Ils ne font que se pavaner dans Bangui au lieu de se rendre dans les provinces”, lance un jeune étudiant en colère au micro de TV5 Monde. Novembre 2017.

A LIRE AUSSI : Centrafrique : DOSSIER/MINUSCA, un bilan inquiétant !

Bilan, au point où nous en sommes à un tel point de détestation dans le pays, la MINUSCA sauve-t’elle encore quelque chose ou cherche-t’elle à se sauver elle-même ? Peut-elle encore prétendre aider des gens qui ne veulent plus d’elle ?

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© Janvier 2018 – LAMINE MEDIA

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