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Centrafrique, ATD Quart Monde promoteur de paix sociale

Laurent Larcher  | La Croix

Dans ce pays brisé par la guerre civile depuis 2013, le mouvement catholique – qui fête ses 60 ans ce mardi 17 octobre – a créé une formation professionnelle dans la médiation.

Un nouveau métier a été créé en Centrafrique par ATD Quart Monde : médiateur social et culturel. Un métier impérieux et urgent pour ce pays qui implose sous les violences communautaires, les conflits locaux, les groupes armés et l’immense misère qui affecte les corps et les esprits.

Dans ce contexte où tout va de plus en plus mal depuis 2013, ATD Quart Monde a fait le pari de la médiation. Après une première expérience avec une dizaine de jeunes en 2016, l’association, qui célèbre ses soixante ans ce mardi 17 octobre – Journée mondiale du refus de la misère –, a lancé un programme structuré et opérationnel en 2017. Au menu, une formation de 800 heures de cours théoriques et 600 heures de cours pratiques. L’enseignement porte sur le droit, la psychologie, l’informatique, la comptabilité. Les jeunes sont également mis en situation, dans des stages proposés par des partenaires locaux.

Une formation diplômante

Pour financer et crédibiliser sa formation, ATD Quart Monde a su convaincre des associés de premier plan comme l’Agence française de développement, l’Éducation nationale centrafricaine et bien d’autres.

L’Agence centrafricaine de formation professionnelle pour l’emploi (ACFPE) et l’université de Bangui assurent les cours théoriques et valident les acquis. À la fin de la formation, les élèves ont un diplôme reconnu par l’État : le Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS). Le même qu’en France.

Tout a commencé par des livres déposés sur une natte, dans la rue. « L’occasion de proposer gratuitement des ouvrages en tout genre : des contes, des romans, des BD. L’occasion de partager du savoir et de la culture. L’occasion de créer du lien, de la dignité », explique Michel, prêtre-ouvrier de la mission de France, volontaire ATD Quart Monde en Centrafrique.

Autour de cette natte et de ces livres, de ces « bibliothèques de rue », des questions surgissent : comment donner un état civil à un enfant qui n’en a pas ? Comment obtenir tel papier, telle autorisation ? Comment remplir tel document administratif ? Comment créer les statuts d’une association ?

Les animateurs des bibliothèques de rue tentent de répondre à ces sollicitations, apportent des solutions, accompagnent des cas particuliers. C’est ainsi qu’est né ce projet.

« Le médiateur social est un artisan qui renoue, fil à fil, le tissu social », développe Michel. Les exemples vécus foisonnent : remettre un enfant sur la route de l’école, monter une crèche associative pour les bébés d’un quartier, sensibiliser les mamans à la lutte contre le paludisme, s’occuper des enfants de la rue.

« Les conflits ne sont pas liés qu’aux conflits armés : mais aussi à la pauvreté, à l’exclusion. Les jeunes formés par nous retournent dans leur milieu pour apporter du lien, aider à trouver des solutions. Issus du quartier, de cette communauté, ils sont plus facilement écoutés et entendus », lance Saturnin, le coordinateur des médiateurs.

Une société de survie

« Récemment, il y avait un conflit entre les maraîchers et les grossistes. Les petits producteurs de concombres, d’épinards, d’aubergines, d’oignons sont exploités par les grossistes. Les tensions sont rudes. Nous avons un médiateur qui intervient sur cette question. Peu à peu, il trouve des solutions acceptables par tous ».

En République centrafricaine, une tension entre deux groupes peut dégénérer très vite en catastrophe : éleveurs, agriculteurs, pêcheurs, chasseurs, commerçants… « Nous sommes dans une société de survie, le combat est rude pour ne pas disparaître. Il n’y a pas de place pour la pitié », regrette Saturnin.

ATD Quart Monde a trouvé les fonds nécessaires pour assurer la formation de 18 personnes par an pendant trois ans. Soit 54 médiateurs sociaux en 2020. « Nous regardons vers l’avenir », dit Michel. « Notre vision, ajoute Saturnin, c’est de créer de nouveaux métiers au service de la société. » Il y a urgence pour ce petit pays au bord de l’abîme.

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