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Analyses

Centrafrique : Crise sécuritaire absolue dans un pays fantôme

Lingyun Xu Wan

BANGUI (LNC) – Il n’est désormais plus question aujourd’hui de se cacher derrière des rhétoriques pour masquer la profondeur du mal centrafricain, car rien ne va plus. Le pays est dans sa pire crise de tous les temps, et l’homme installé au pouvoir ne sait plus où donner de la tête, courant à gauche et à droite pour trouver des médiations, alors que le réel se déroule sur place et non à l’étranger.

Des sherpas de l’ONU comme Najat Rochdi ou Stephen O’Brien n’hésitent plus à le clamer publiquement : “La République centrafricaine va très mal” et même de redouter un véritable génocide à venir.

Et pourtant, des “élections libres, transparentes et démocratiques” avaient eu lieu, selon les clairons de la communauté internationales. Elections qu’elle même le savait pourtant, étaient truquées de A à Z par Catherine Samba-Panza, l’ex dirigeante de la transition, qui depuis l’a avoué. Voilà Faustin TOUADERA installé au pouvoir, mais qui en un peu plus d’une année, vit cataclysme sur cataclysme, et dans la totale incapacité de renverser la donne.

A New York, au siège de l’ONU, son secrétaire général de se demander là si Faustin TOUADERA était bien l’homme de la situation, tant il est invisible et transparent.

LES MORTS SE RAMASSENT A LA PELLE DANS LES RUES

Berbérati, Kaga-Bandoro, Obo, Bria, Bangassou et encore ailleurs dans le pays, la crise sécuritaire en RCA atteint actuellement des sommets de violence inouïe. Du jamais vu, même de l’époque de Bozizé quand ce dernier s’était mis en tête d’envoyer ses bouchers massacrer ses ennemis ou supposés tels dans les provinces, en égorgeant des gens et en brûlant des villages. Le cas de la ville de GAMBO est une illustration générique. Plus de quarante morts dans les violences, sans personne pour intervenir, selon les témoignages des religieux locaux.

A Zémio, plus de 30 morts, selon curé de la ville, l’abbé Jean-Alain Zembi. La MINUSCA  ne fait pas le bilan des victimes, elle l’a déjà déclaré. A Kaga-Bandoro, au moins 28 morts, selon la gendarmerie locale. Et en absence des ONGs sur le terrain pour faire ces comptages macabres, des centaines et des centaines de cadavres restent dans l’oubli.

A QUOI JOUE LA MINUSCA ?

La MINUSCA vient de le déclarer, les critiques contre elle ne sont que des tentatives de déstabilisation de la mission. Décodé en clair, cela signifie : “Taisez-vous”.

Néanmoins, comment pourra-t’elle expliquer l’exfiltration d’un chef de guerre aussi dangereux qu’Ali DARASSA pour le laisser depuis remettre le pays à feu et à sang ?

Le ministre de l’intérieur Jean-Serge Bokassa, sans langue de bois, dans une interview avait déclaré que la MINUSCA bloquait de nombreuses de ses initiatives pour la sécurité du pays.

Crise de confiance entre le gouvernement et la MINUSCA, rien de nouveau, simple secret de polichinelle.

Dans le principe. Des casques bleus en Centrafrique était-ce la meilleure des idées ?

Interrogé par LNC, le Colonel DE LACAN, ancien conseiller militaire de Bokassa de donner son éclairage :

“La philosophie des casques bleus dans un pays n’est pas d’y aller pour faire la guerre, mais militairement de faire de l’interposition entre les factions en lutte et de protéger les civils.

En RCA, nous sommes face à une guerre asymétrique, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de front, et que les ennemis à combattre sont mutant, et souvent, avec la complicité du pouvoir en place du moment. Sous Mme Samba-Panza, des chefs terroristes étaient même des ministres. Le présent pouvoir actuel, tente ce qui à notre avis est une aberration, à savoir tenter de négocier avec des adversaires plus forts que lui militairement. Cela ne saurait aboutir à quelque chose de positif, si ce n’est à renforcer le pouvoir de ces brigands. Et en plus ils sont payés par la Minusca. Le DDR ou DDRR ne peut pas aboutir, du fait de l’inexistence de l’Etat.

La MINUSCA quant à elle n’a pas de stratégie, ni à court, ni à long terme, mais avance à l’aveugle. “Les pompiers après le feu” comme ils sont surnommés en RCA. Elle n’anticipe pas les feux, mais court après.

Aussi, dans la mesure ou elle ne souhaite pas arrêter les chefs de ces bandes rebelles, alors elle n’a rien à faire en Centrafrique. C’est du gaspillage inutile de l’argent des contribuables. Parce que cette crise ne cessera que par la décapitation des bandes armés. Parce qu’il existe un principe très simple : On ne négocie pas avec des terroristes, cela finit toujours par l’injustice pour les victimes et l’impunité.

Pour tout cela que le réarmement des FACA nous semble être une obligation. Rien ne s’y oppose. Tout pays a le droit de se défendre.”

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© Août 2017 – LAMINE MEDIA

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