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Dossier

Centrafrique : Achats et libre circulation des armes, les carburants des violences selon l’ONU

Marie-Pierre Coppens

BRUXELLES (LNC) – Un rapport extrêmement fouillé d’un groupe d’experts de l’ONU paru le 27 juillet dernier (voir Pdf) pointe sévèrement le fait que les violences en Centrafrique, sont alimentées par des alliances d’intérêt entre des groupes armés parfois hostiles précédemment entre eux. Pire des armes vendues « au vu et au su de tout le monde » sur des marchés.

Ciblés, les Anti-Balakas, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) de Noureddine Adam et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darassa.

Comme l’analyse Jules Crétois de J.A, “le FPRC pilote une coalition dans laquelle on retrouve entre autres Mahamat Al-Khatim, Abdoulaye Hissène et Zakaria Damane, et dont le but est de regrouper l’ensemble des groupes ex-Séléka, pour, selon les experts, « constituer une entité qui soit en mesure de peser politiquement dans les négociations avec le gouvernement ». Le fait que l’UPC refuse de participer à cette coalition expliquerait en grande partie l’hostilité entre les deux groupes.”

Des alliances morbides

Mis à jour également, des alliances contre nature entre certains groupes, dont celle constituée autour du FPRC et les ANTI-BALAKAS. Le chef ANti-Balaka Maxime Mokom aurait coordonné son action avec l’alliance du FPRC. Un exemple cité : « À Bria, en avril 2017, les membres du groupe d’autodéfense local […] et les éléments antibalaka […] ont collaboré sous la houlette du FPRC, qui les a aidé à attaquer l’UPC. Les deux groupes se sont par la suite affrontés. »

Trafics d’armes à gogo

Jules Crétois : “Le rapport est en partie consacré à la question de l’armement des divers groupes. Le trafic, à en croire les experts, va bon train. Ces derniers relèvent que « les armes se vendraient au vu et au su de tout le monde » dans certaines villes, à l’occasion de marchés réguliers. Les ex-Séléka continueraient de s’approvisionner en armes aux frontières avec le Tchad et le Soudan. « En janvier 2017, Abdoulaye Hissène a reçu d’importantes quantités de matériel militaire en provenance de […] la frontière tchadienne », remarquent par exemple les rapporteurs. Et plus loin : « Le FPRC semble également avoir réactivé ses contacts au Soudan du Sud pour acquérir des armes. »

Mais les régions frontalières du Tchad et du Soudan ne sont pas les seules zones de trafic. « L’UPC de son côté, continue d’acquérir des armes et des munitions depuis la République démocratique du Congo », assure le document. Les experts précisent : en janvier 2017, 18 000 cartouches auraient voyagé par bateau de Yakoma, en RDC vers Béma, en Centrafrique, que contrôle l’UPC.

La coopération des antibalakas avec le FPRC leur a permis d’acquérir des armes conventionnelles type AK-47 et lance-roquettes

Ils mettent aussi en exergue les nouvelles sources d’armement des antibalakas, connus pour utiliser un matériel souvent vétuste et des armes artisanales. Leur coopération avec le FPRC « leur a permis d’acquérir des armes conventionnelles, principalement des fusils d’assauts de type AK-47 et des lance-roquettes ». Là encore, c’est près des frontières du pays que le trafic va bon train : en janvier 2017, un chef antibalaka et un général du FPRC se sont procuré des armes – « notamment des munitions pour mortier » – à la frontière avec le Tchad.

Le fleuve Oubangui et le port fluvial d’Ouango seraient aussi largement utilisés pour acheminer clandestinement depuis la RDC et la République du Congo, armes et munitions. Les munitions seraient fabriquées par une société à Pointe Noire, au Congo.”

Colère des Anti-Balaka

Les Anti-Balakas s’inscrivent en faux. Pour Igor Bérenger Lamaka le porte-parole de leur Coordination, ce rapport est totalement “fantaisiste”, et ne serait que « diabolisation insistante des experts de l’ONU […] Nous apportons un démenti formel aux informations véhiculées via ce rapport. »

Rapport experts ONU

English version

© Août 2017 – LAMINE MEDIA

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