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Afrique

Rwanda : Kagame, réélu à “l’africaine” à près de 98%

Gilles Deleuze

KIGALI (LNC) – Décidément, en Afrique noire, ce n’est pas le ridicule qui tuera l’honneur de ses dirigeants. Le Rwanda par une mascarade électorale vient de nouveau de le valider. Paul Kagame, l’homme fort depuis 23 ans du « pays des mille collines », a organisé des élections qu’il ne pouvait pas perdre, à l’instar de tout dictateur bien en forme et droit dans ses babouches.

Avec un score digne de dictateur tropical, près de 98% des suffrages, Paul Kagame est réélu. C’est en quelque sorte un resucée de Bokassa en Centrafrique, mais paré de pastiche électorale. Car à l’instar de Bokassa, il a su relever le pays d’un drame abominable, mais avec une brutalité toute dictatoriale.

En effet, le Rwanda revient de loin, de très loin même, après une année de génocide d’un million de Tutsis, massacrés à la machette en 1994. Le pays s’est relevé de cette atroce guerre civile, et depuis deux décennies, un homme tient la barre et de mains fermes. La contestation est méthodiquement étouffée. En conséquence, parler d’élections libres dans ce pays, cela fait écho à la même situation au Tchad, au Congo-Brazza, au Gabon ou en Centrafrique, revient à valider une parodie.

La Commission électorale (NEC) a confirmé le président sortant Paul Kagame, plébiscité par plus de 98% des votants et réélu pour un troisième mandat de sept ans. A ses deux autres concurrents, Philippe Mpayimana et Franck Habineza, des miettes !

QUELLES LEÇONS EN TIRER ?

Pour l’opposant en exil, Faustin Twagiramungu, ancien Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle de 2003. Joint par RFI, il estime qu’il n’y a tout simplement pas eu d’élections :

« Elections ? Je ne sais pas si c’est le mot approprié puisque depuis le 14 juillet de cette année, le président Kagame lui-même a déclaré qu’il n’y avait pas d’élections. Je ne vois pas pourquoi les gens continuent toujours à dire qu’il y a eu des élections ». Ajoutant parlant des deux adversaires de Kagame :

« Ce qui leur est arrivé m’est arrivé également en 2003. Je ne suis donc pas surpris par les résultats qui ont été donnés à ces deux soi-disant concurrents. […] Ceci veut tout simplement dire qu’il n’y a pas eu d’élections. Ce sont des arrangements que l’on fait et voir que la communauté internationale accepte un tel régime et que les chefs d’Etat envoient des messages de félicitations au président Kagame ou au roi Kagame, c’est scandaleux ».

A l’exception du Sénégal, cette espèce d’îlot de démocratie, quasiment toute l’Afrique noire peine à intégrer les principes fondamentaux de l’exercice de la liberté politique et démocratique. Entre les putschistes – Idriss Deby, Denis Sassou-N’guesso etc.. – les dictateurs à peine voilés comme Paul Biya au Cameroun, ou encore Ouattara en Côte d’Ivoire, la conservation du pouvoir ne doit souffrir d’aucune contestation. Les têtes qui dépassent sont rasées. Les opposants bâillonnés. Le pouvoir est une propriété personnelle, et les présidents faussement élus sont les Rois à vie dans leurs pays. Un terme que Bokassa goûtait gouluement : “Président à vie” avant de finir 13ème Apôtre de Dieu. L’ambition mégalomanique est sans limite chez ces individus aux egos surdimensionnés.

Mais, l’histoire nous a enseigné que le développement d’un pays va de pair avec sa capacité à intégrer la démocratie. Des pays du sud de l’Europe en sont des exemples. Le Portugal, l’Espagne, la Grèce, ne se sont modernisés qu’après la chute de leurs dictateurs.

Une question demeure, pourquoi l’Afrique noire ne cesse-t’elle de ne produire que des fous furieux à la tête de ses pays ?

English version

© Août 2017 – LAMINE MEDIA

 

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