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Afrique

Tchad : Affaire Baba Laddé, ses avocats relancent un dossier obscur et manipulé

Sandra Martin-White

N’DJAMENA (LNC) – Mahamat Abdoulkader Oumar alias Général Baba Laddé, ancien farouche opposant de l’autocrate tchadien Idriss Deby Itno, mais aussi cause de nuits cauchemardesques pour l’ex dictateur centrafricain François Bozizé ne fait plus peur. Piégé en RCA, il croupit sans jugement dans les geôles tchadiennes depuis 2014. Un dossier que relancent ses avocats.

Vendredi dernier à N’Djamena, à la Maison des Médias, une conférence de presse avait lieu, tenue par le collectif d’avocats de l’ancien leader du Front Populaire pour le Redressement (FPR), afin de donner d’avantage d’éclairage sur un dossier manipulé depuis le début par le Raïs du palais rose.

Les rapports entre Baba LADDE et Idriss DEBY ont toujours été très compliqués et complexes. Tantôt ennemis, tantôt alliés, selon les circonstances et les opportunités du moment. A tel point que Deby le nommera préfet de la Grande Sido dans le sud du Tchad, le 19 juillet 2014. Mais pour ensuite, comme de nombreux autres préfets – le démettre de ses fonctions par un décret présidentiel, le 24 novembre de la même année. Refusant de quitter la ville de Maro, il avait fini par s’enfuir le 1er décembre, alors que des militaires tchadiens étaient venus le chercher.

PIEGE PAR LES CENTRAFRICAINS

Baba Laddé après de nombreuses turpitudes en tant que chef rebelle tchadien, mais opérant surtout en Centrafrique, avait fini par déposer les armes en 2011, suivant les accords de paix signés entre les différents belligérants armés et le régime de N’Djamena; pour négocier son retour à la “normalité”, grâce une médiation menée par Abderahman Moussa et la MINUSCA.

Quittant le Tchad en franchissant quelques kms, il se retrouve en Décembre au Nord du Centrafrique, et se rend de lui-même aux forces de la MINUSCA déployées dans la zone. « Les choses se sont déroulées sans incidents. Il se serait même livré », raconte une source judiciaire à Bangui.

Il sera ensuite déferré à Bangui pour être entendu par la Gendarmerie, car en RCA, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la justice centrafricaine en mai 2014. « Il y a de nombreuses plaintes contre lui, il y a même des faits qui relèvent du crime contre l’humanité », explique cette même source judiciaire.

Mais c’était sans compter sur le contrôle total qu’Idriss Deby est capable d’exercer sur les différents pouvoirs centrafricains successifs. Et d’un claquement des doigts, il oblige Bangui à le lui livrer pieds et poings liés. Ce qui sera fait dès le 2 janvier de l’année suivante.

Depuis il est à Moussoro, sans jugement depuis trois ans, dans des conditions inhumaines inadmissibles avec Moussa Tao Mahamat, Mokhtar Nangtcho et bien d’autres personnes indésirables par pouvoir  tchadien.

A l’époque à Bangui, ses avocats centrafricains avaient dénoncé une violation des droits de leur client. L’un d’eux, Maître Raymond Ndakala, de déclarer que la procédure d’extradition s’était déroulée sans qu’il en soit notifié, et sans qu’il ait donc la possibilité d’engager un recours.

« La procédure n’a pas été respectée, s’insurgeait-t-il. Notre client, en principe, devait être notifié de cette décision d’extradition [et] nous aussi, ses conseils, nous devions recevoir cette notification nous permettant d’utiliser la voie de recours. Mais ça n’a pas été le cas. »

La gendarmerie centrafricaine, sur ordre politique, extradait Baba Laddé directement vers le Tchad pour être livré à son bourreau. Aucun juge centrafricain n’avait signé de mandat d’extradition.

English version

© Juillet 2017 – LAMINE MEDIA

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