unicefpub
Actualités

Italie : “Entente de Sant’Egidio”, la part du lion aux rebelles centrafricains

Marie-Pierre Coppens & Fernando Cancio

ROME [LNC] – Juste avant la signature de cet accord de paix, dit “Entente de Sant’Egidio”, entre le gouvernement centrafricain et les représentants des groupes armés, Samedi dernier, un massacre avait lieu au village de Yalinga, dans la commune de Bria. Un pré-signal validant les propos d’un représentant rebelle : “On a signé un bon papier”.

 

This slideshow requires JavaScript.

Placé sous l’égide du président de la communauté de Sant’Egidio Marco Impagliazzo et du ministre centrafricain des Affaires étrangères Charles Armel Doubane, treize groupes armés, durant près d’une semaine à Rome, se sont réunis pour débattre des modalités d’un nouvel accord de paix et de cessez le feu en Centrafrique.

C’est l’aboutissement d’un long processus démarré en novembre 2016.

LES REBELLES EN POSITION DE FORCE

Avec comme le concède Léopold Ismael Samba, l’ambassadeur de la RCA à l’ONU : “Sur les 16 préfectures que compte la République centrafricaine, 14 se trouvent sous l’occupation des groupes armés. Tout effort du gouvernement tendant à déployer l’administration dans l’arrière-pays est aliéné”, les négociations étaient par avance biaisées.  L’état centrafricain n’est qu’un terme virtuel, car il est fantôme.

Les groupes armés se sont engagés à un cessez-le-feu immédiat sur tout le territoire centrafricain, «sous le contrôle de la communauté internationale».  De même, ils reconnaissent les autorités en place « légitimes », peut-on lire dans le document de 16 pages (copie Pdf plus bas).

Des membres de ces groupes armés feront l’objet d’une “insertion (…) dans les forces de défense” du pays, suivant des “critères préétablis” et suite à une “mise à niveau”. Une exigence des Séléka.

“Le gouvernement se charge d’obtenir la représentativité des groupes militaires à tous les niveaux” dans le processus de désarmement, poursuit l’accord.

Les signataires s’engagent, « à la réouverture du territoire national à la libre circulation des personnes et des biens avec la levée des barrières illégales comme conséquence immédiate du cessez-le-feu », précise le document.

Pire et victoire des rebelles : “Le gouvernement de la République Centrafricaine […] s’engage à entamer une consultation sur la levée des sanctions pour les personnalités centrafricaines sanctionnées, qui relève du comité des sanctions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.”

Les groupes rebelles n’auront plus de souci à se faire en matière de poursuites judiciaires, l’accord signé leur permet de se transformer en partis politiques selon leur bon vouloir.

Un comité de suivi – Etat, groupes armés et communauté internationale – veillera au processus. L’accord est dit « ouvert » pour que l’Union africaine et les Institutions régionales ne soient pas laissées sur la touche.

LE TRIOMPHE DE L’IMPUNITE

Mais l’accord signé reste assez flou, remplis d’angles morts et d’imprécisions sur certains points délicats.

Si les groupes armés s’engagent à désarmer “dans les prochains mois”, il n’est spécifié aucun calendrier, aucun processus, ni de date butoir. Le sujet des victimes des violences de ces bandes armées, de leurs dédommagements, non plus évoqué.

De même l’accord ne dit rien sur la Cour pénale spéciale (CPS), qui doit prochainement commencer à instruire les crimes de guerre commis en Centrafrique depuis 2003. A encore se demander qui aura-t’elle sur ses bancs des accusés à juger.

Concernant d’éventuels dommages intérêts et autres, un très surprenant point parle de “traitement traditionnel sur les cas de réparations et de pardon” tout en ajoutant que les leaders et cadres des groupes armés seront réinsérés, et que leurs miliciens en prison seront libérés.

La MINUSCA mise en pointillé, sans un rôle majeur.

TIENDRA-T’IL ?

Thierry Vircoulon le chercheur de l’Institut français des relations internationales (Ifri) ne se fait pas d’illusion : “La crise centrafricaine ne manque pas d’accords de paix, mais de forces pour les faire respecter”.

Mais, les bandes rebelles assujettis à aucun contrôle nin contrainte, ont tout intérêt à le faire appliquer. Ils ont obtenu tout ce qu’il voulaient. Le gouvernement centrafricain étant le dindon de cette farce.

Et mot de la fin à Marco Impagliazzo, le président de Sant’Egidio : “Nous saluons un accord historique pour la République centrafricaine, un accord plein d’espoir”.

accord_politique_pour_la_paix_en_republique_centrafricaine_entente_de_sant_egidio

In English

© Juin 2017 – LAMINE MEDIA

Imagine your best photo ever
To Top