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Analyses

Abus sexuels en Centrafrique : Soldats de paix ou de “plaie”?

Slim Jerbia | AA

Pas un trimestre ne passe sans que les soldats déployés en Centrafrique ne soient au cœur de scandales sexuels perpétrés sur des femmes et des enfants. Les scandales liés aux abus sexuels perpétrés par des militaires contre des femmes et des enfants en Centrafrique sont tristement devenus monnaie courante.

En effet, depuis l’affaire, révélée en avril 2015 par le quotidien britannique « The Guardian », et qui mettait en cause des militaires français de l’opération « Sangaris » soupçonnés d’abus sexuels sur des enfants, pas un trimestre ne passe sans que des soldats «de la paix» ne soient éclaboussées par de nouvelles accusations.

A chaque mois son affaire :

La dernière révélation date de la semaine passée. L’ONG Code Blue Campaign, qui cherche à dénoncer les cas d’abus sexuels et d’exploitation parmi les Casques bleus, avait rendu public un document confidentiel daté du 12 mai et rédigé par le Général Balla Keita, chef militaire de la Minusca.

Dans cette lettre ouverte, adressée au Secrétaire Général des Nations-Unies, Antonio Guterres, le commandant de la force onusienne en Centrafrique, n’a pas caché sa colère. Il a notamment fait savoir que le Congo devrait « améliorer sans délais les critères pour ses unités », ou alors « une décision devra être prise pour remplacer les bataillons congolais ».

Keïta a rappelé que le contingent congolais -fort de quelques 600 soldats déployés dans le sud-ouest de la RCA- était déjà «tristement célèbre pour ses comportements en matière d’exploitation et d’abus sexuels, de trafic de carburant et son manque de discipline ».

Le chef militaire a également indiqué avoir adressé « pas moins de six blâmes au commandant du bataillon depuis le début de l’année ». Un bataillon qui donne du fil à retordre à la force onusienne.

Déjà l’an passé, les soldats congolais avaient fait parler d’eux. 120 soldats avaient ainsi été rapatriés au Congo Brazzaville, après des allégations d’abus sexuels et d’exploitation sexuels sur des enfants.

Mais «malgré le rapatriement de l’ancien commandant, il n’y a pas eu d’amélioration dans le comportement du bataillon congolais », assure le général Keïta, poursuivant que « la situation s’est détériorée au point qu’on ne peut plus faire confiance à ce bataillon en raison de son mauvais commandement, de son manque de discipline et de ses déficiences opérationnelles. »

Ces dernières révélations font suite à de nombreuses aux affaires similaires impliquant des militaires de différents contingents.

Lundi 15 mai 2017, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a ainsi dénoncé, dans un rapport dont Anadolu a reçu copie, des abus sexuels supposés commis entre 2009 et 2017 sur plusieurs femmes par des militaires ougandais déployés dans l’est de la RCA.

D’après l’ONG basée à New York, au moins 16 femmes et filles ont été sexuellement exploitées ou abusées depuis 2015 par des soldats ougandais. Au moins un viol a été commis et plusieurs des victimes ont été intimidées, poursuit la même source qui cite le cas d’une fille de 15 ans, appelée Marie et qui a accouché en novembre après avoir été violée par un soldat ougandais. A la suite de ces révélations, l’armée ougandaise a aussitôt annoncé qu’elle mènerait une enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Les troupes ougandaises, composées de près de 2 milles soldats, ont été déployées en Centrafrique en 2009 pour neutraliser la rébellion de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), venue d’Ouganda. Mandatées par l’Union Africaine (UA), ces troupes se sont retirées de la RCA depuis le mois d’avril dernier, estimant avoir accompli leur mission.

Toutefois, les forces ougandaises pourraient bien rejoindre la Minusca, s’est inquiétée HRW dans un communiqué.

Le 5 décembre 2016, d’autres accusations d’actes d’exploitation et d’actes sexuels ont également été portées contre, cette fois, des Casques bleus gabonais et burundais, déployés à Dekoa, dans la préfecture de Kemo, en République centrafricaine. Pas moins de 41 Casques bleus (16 du Gabon et 25 du Burundi) ont été identifiés par des victimes présumées comme les auteurs de ces actes qui ont été commis en 2014 et 2015, révèle une enquête réalisée par le Bureau des services de contrôle interne des Nations Unies (BSCI).

Lors de son enquête, le BSCI s’est appuyée sur les témoignages de présumées victimes et témoins des faits «étant donné l’absence de preuves médicales, médico-légales ou autres », avait déclaré le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, lors d’un point de presse tenu à New York.

Trois jours après la publication de l’enquête de l’ONU, le Gabon et le Burundi ont répondu par la fermeté, promettant des sanctions si les accusations d’abus sexuels étaient confirmées.

Quelles sanctions pour ces soldats ?

L’affaire révélée par la presse britannique en 2015 et mettant en cause des militaires « Sangaris », soupçonnés d’avoir abusé sexuellement d’enfants centrafricains, avait suscité une vive indignation à travers le monde.

Des soldats français auraient, selon les allégations, monnayé, entre 2013 et 2014, des services sexuels auprès de mineurs en échange de rations de nourriture, dans le camp de déplacés de M’Poko, près de l’aéroport de Bangui, la capitale centrafricaine.

Mais, en dépit de plusieurs enquêtes ouvertes depuis 2014, et malgré des témoignages d’enfants, très détaillés, le parquet a décidé d’un non-lieu (classement de l’affaire).

Rien que pour l’an passé, selon un décompte établi par Anadolu et basé sur les données de l’ONU, au total 171 cas de viols, d’exploitations ou d’abus sexuels présumés ont été révélés entre 2015 et 2016 en RCA, ainsi qu’en République Démocratique du Congo (RDC). Pourtant, sur toutes ces accusations, un seul procès a abouti, et il concerne des affaires d’abus sexuels commis en RDC.

Face à ce fléau, l’ONU, longtemps accusé de manquer de réactivité, était montée au créneau, décidant d’une série de mesures, dont le limogeage, en août 2016, du chef de la mission de l’ONU, Babacar Gaye puis du rapatriement en janvier 2016, des troupes de la RDC déployé à Bambari (Centre-Est de la RCA).

Le contingent de la RDC était, à ce moment-là cité dans au moins quatre affaires de viols et jugé «pas assez performant». Ce sont 925 militaires (soit 10% de la force de la Minusca qui compte près de 12 mille hommes) qui étaient rentrés au bercail.

L’ONU avait ensuite adopté, le 11 mars de la même année, une résolution qui prévoit de rapatrier des contingents entiers de Casques bleus en cas de soupçons d’abus sexuels ou d’exploitation sexuelle.

Toutefois, selon le système onusien les pays contributeurs de troupes sont les seuls à pouvoir sanctionner leurs hommes. Pourtant, jusqu’à présent, aucun des pays concernés par les accusations n’a condamné de soldats pour viols ou abus sexuels, selon des sources concordantes qui précisent que

«la plupart des affaires sont généralement classées sans suite, surtout que les casques bleus, comme tous les fonctionnaires de l’ONU, sont protégés par l’immunité diplomatique ».

Les rapports dénonçant les exactions de soldats se sont multipliés ces dernières années, mais sans jamais vraiment inquiéter les soldats dont le rôle premier est de protéger les populations.

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