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Humanitaire

Centrafrique : Plus de 2 millions de personnes en situation de nécessité absolue

Dr Fabiana Álvarez

BARCELONE [LNC] – Depuis février 2016, la situation à la fois sécuritaire et sa conséquence humanitaire se sont drastiquement dégradées, avec une terrible accélération à partir d’octobre 2016. Médecins Sans Frontières (MSF) tenant la santé en RCA à bout de bras n’a cessé de lancer des alarmes, mais en criant dans le désert international. L’ONU vient de s’y mettre, cela sera-t’elle plus efficient ?

La marocaine Najat Rochdi, la coordinatrice humanitaire des Nations unies en République Centrafricaine a indiqué très clairement à Genève qu’il faut rapidement saisir la dernière opportunité pour empêcher une nouvelle crise”, dans ce pays.

Car près de la moitié des 4.5 millions de centrafricains est dans le dénuement humanitaire et sanitaire total. Avec à ce jour, près du million d’individus en situation de déplacés internes.

UNE CRISE PLANCHER

Seulement 3% de la population a accès à l’électricité, et de manière sporadique, avec les délestages récurrents de l’ENERCA, la compagnie nationale d’électricité. Deux sur trois n’ont même pas accès à l’eau potable. Et la galère est quotidienne pour ceux pouvant avoir accès à un puits. Même à Bangui, la “ville-pays” la plus avancée.

Rien de nouveau, cela fait 40 ans que cela dure. Mais la crise initiée fin 2012 et amplifiée de manière exponentielle depuis 2016 n’a fait que mettre plus à jour le dénuement d’un pays devenu le plus pauvre de la terre. La famine en RCA n’est plus une menace vaine, elle est bien là, affectant prioritairement les plus fragiles, les enfants, et  40.000 enfants de moins de 5 ans souffrent déjà de malnutrition.

Selon les spécialistes onusiens, le plan de réponse humanitaire d’urgence pour 2017 s’élèverait à 399,5 millions de dollars. Il n’a été couvert qu’à hauteur de 25% jusqu’à présent. Et la manne de Bruxelles sur laquelle le président TOUADERA fondait toute sa politique, n’est pas là, et risque de ne jamais se concrétiser.

L’INQUIETANTE ABSENCE DE PERSPECTIVE

Faute de prise en mains gouvernementale, il appartient à l’ONU d’inventer le sillon à creuser pour la sortie de crise. A Bangui, Andrew GILMOUR, le Sous Secrétaire Général aux Droits de l’Homme des Nations Unies, présentait il y a quelques jours, un vaste rapport des Nations unies dénommé “PROJET MAPPING”, censé servir de document maître sur les crimes commis en RCA entre 2003 et 2015, et base pour les investigations à venir de la Cour Pénale Spéciale (CPS).

La Justice centrafricaine par elle-même, systématiquement instrumentalisée par les pouvoirs politiques de passage, y compris la présente, n’a pas pu mettre en place un tel document, ce qui n’a pu que nourrir la culture de l’impunité à tous les niveaux dans ce pays.

Or, tant que le gouvernement ne lancera pas des signaux clairs, et de manifestation de volonté de cessation des pratiques malsaines pour s’impliquer dans la lutte contre l’impunité, les bailleurs de fonds si nécessaires en ces instants gravement critiques ne donneront pas la main.

Le constat quasi quotidien des exactions des bandes armés laissés libres de s’en prendre en toute liberté aux pauvres populations civiles abandonnées en province, n’aidera certainement pas le pays à sortir du tunnel sanglant.

D’ou ce risque, d’après certains prévisionnistes, de voir la crise encore plus s’amplifier dans les mois qui viennent, avec tout son cortège de meurtres et de misère.

Et le pire danger serait de voir les ONGs humanitaires finirent par se retirer. La RCA dépendant à 100% de l’aide humanitaire ne s’en remettrait pas.

LE DOULOUREUX APPRENTISSAGE DE LA DEMOCRATIE

Le pouvoir en Centrafrique, quand il n’émerge pas de coups d’état, le sport national, s’abîme systématiquement dans la culture malsaine du clanisme, de la captation et d’appropriation de privilèges, au détriment des “vaincus”.

L’exercice du débat contradictoire n’y a jamais eu cours. L’opposant qui s’oppose avec argumentations ou pas, est nécessairement et obligatoirement perçu comme un ENNEMI A ELIMINER.

Le Centrafrique n’a aucune culture démocratique. Il n’en a jamais eu l’opportunité, avec ses dictateurs et autres mégalomanes partiellement lettrés passés au pouvoir.

Anicet DOLOGUÉLÉ inaugurant enfin une réelle opposition démocratique, en évitant de s’abandonner dans un louvoiement à la ZIGUÉLÉ, essuie les plâtres. Mais dangereusement, car le pouvoir en place n’a rien trouver de mieux à faire que de lui inventer des procès à la soviétique, au point de créer de toutes pièces de fausses pièces d’accusation pour crimes d’Etat.

“Plus de 2 millions de personnes en situation de nécessité absolue”, ce n’est ni l’urgence, ni la priorité des politiciens actuellement au pouvoir.

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©Juin 2017 – LAMINE MEDIA

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