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Dossier

CPS : Toussaint Mutazini Mukimapa enfin à Bangui, mais il va juger qui ?

Aline M’pangba-Yamara

BANGUI [LNC] – Le procureur de la Cour pénale spéciale (CPS), le congolais Toussaint Mutazini Mukimapa, enfin en RCA, montre les muscles comme le veut sa fonction. Mais dans le désert de la Justice centrafricaine où l’impunité est reine, il n’animera qu’un inutile gadget de plus.

Il va y avoir du sport, si cette CPS compte remonter au début des années 2000 pour répertorier les criminels relevant de son inquisition. Car il ne suffit pas simplement de dire pour faire, mais de faire avant de dire.

A quelles Forces de Police délivrera-t’elle des commissions rogatoires pour aller chasser le assassins ?

La MINUSCA, gérant la tutelle d’une RCA émasculée, a tous pouvoirs de Police pour agir, mais se refuse, selon de fumeuses théories onusiennes à s’en servir, pour ce que, même l’idiot du village comprendrait :

ALLER ARRÊTER LES GENS QUI TUENT ET DONNENT DES ORDRES POUR TUER DES PERSONNES INNOCENTES.

Une évidence ? Pas pour la MINUSCA, continuant à laisser libres cours d’action, quand elle ne les appuie pas, aux nombreux chefs de guerre pullulant dans le pays, au point d’en contrôler les 70% de la surface.

Mutazini Mukimapa pourra toujours jouer au Kissoro

L’homme qui ce Lundi,  au sortir d’une rencontre avec MECKASSOUA et le BUREAU DU PARLEMENT, de déclarer concernant l’impunité : « De ce que j’ai entendu du président et de l’ensemble du bureau, cela ne se fera pas ». Entendu d’un MECKASSOUA qui lui déjà, si Justice existait en RCA, viendrait cirer les bancs de ses prévenus en tant que corrupteur de masse et financier des bandes armées Séléka ? C’est rigolo !

Néanmoins de préciser : « Les défis sécuritaires peuvent compromettre les enquêtes. Mais nous sommes là pour les affronter. […] Avant même de venir, j’étais conscient que beaucoup de défis allaient se poser à moi. Si j’ai accepté d’exercer ce mandat, c’est parce que je me sens prêt à affronter ces défis et je sens que j’aurais le soutien des autorités et du peuple tout entier ».

Mais déjà de s’illusionner : « Ces seigneurs de guerre continuent à commettre des crimes impardonnables. Nous devons enquêter et il y a des stratégies pour cela ».

S’il a des stratégies que la MINUSCA ne possède pas, il devrait les partager avec elle. Autrement, autant passer son temps à jouer au kissoro, le jeu de stratégie en vogue en RCA, ce serait une bien plus saine occupation pour ses neurones, que de raconter n’importe quoi déjà !

Mr le Procureur est en terrain miné, où la pratique de l’impunité et des passes droits, du plus bas au plus haut sommet de l’Etat est un sport national. Au plus tôt il en prendra conscience, au plus vite il réalisera qu’il n’est qu’à la tête d’une usine à gaz.

CPI & MINUSCA LES MAUVAIS EXEMPLES

Un précédent qui devrait l’instruire, sur son impossible mission dans ce pays de fous. En 2014, au plus fort des combats opposant milices Séléka et Anti-Balaka, la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza – une autre candidate au CPS – , avait demandé à la Cour pénale internationale (CPI) d’intervenir. Mais jusqu’à maintenant, à part les rodomontades verbeuses de Fatou BENSOUDA sa Procureure, aucun suspect n’a encore rejoint la prison de La Haye.

Autre précédent, plus local. De toutes les annonces d’ouvertures d’enquêtes faite par le chef de la MINUSCA, le démagogue Parfait Onanga-Anyanga, aka “Mr déclarations d’intention”, aucune  n’a pris corps par des investigations concrètes. Aussi bien sur les nombreux cas de viols de mineurs par des casques bleus, ou encore concernant les meurtres de la journée “Bangui ville morte”. Et pourtant, Onanga-Anyanga l’avait juré “Croix de bois….”

LE JEU DES TRICHERIES ET DES LACHETES

Comme l’écrit récemment Stéphanie Maupas, à quoi sert la CPI dans cette affaire ?

Dans ce paysage inédit, le rôle de la CPI apparaît à certains redondant. « A quoi sert la CPI s’il faut créer une juridiction hybride pour la complémenter ?

C’est une question qui revenait souvent pendant les négociations sur la loi créant la CPS » se rappelle Patryk Labuda, de l’Académie de droit international humanitaire et des droits humains de Genève. Soutenue par la France et les Etats-Unis, le projet n’était pas acquis d’office. « Au début, l’Onu ne voulait pas de la Cour spéciale centrafricaine », se rappelle Florent Geel.

De son côté, l’Union européenne, dont les membres financent déjà une large partie du budget de la CPI, a longtemps trainé des pieds, préférant se concentrer en priorité sur la reconstruction des institutions judiciaires et la formation de policiers et magistrats.

Mais pour Florent Geel, la CPI, comme la CPS, a toute sa place dans ce paysage judiciaire et les différentes initiatives permettent « le rétablissement d’une chaîne juridique complémentaire ». Du côté de la Cour, le bureau du procureur estime que « les différents systèmes » de justice « ne sont pas exclusifs, mais sont plutôt complémentaires ». « Aucun système unique ne peut traiter toutes les affaires », ajoute-t-on, rappelant que la CPI est intervenue à la demande de la présidente d’alors, Catherine Samba-Panza.

Mais pour Patryk Labuda, la Cour spéciale reflète, par certains aspects, « un échec de l’intervention décennale de la CPI dans le pays et met en évidence les lacunes de la communauté internationale pour combattre l’impunité en Afrique ».

Il y a dix ans, la CPI a conduit une première enquête portant sur les crimes commis lors de la guerre de 2002/2003, se soldant par la victoire des rebelles de François Bozizé sur le président d’alors, Ange Félix Patassé.

Mais la CPI n’a poursuivi qu’un seul acteur, marginal dans les crises successives que connaît la Centrafrique. Le congolais Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC), avait envoyé sa milice soutenir le régime vacillant de Bangui, et a été condamné à 18 ans de prison pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Depuis plus de 15 ans, la FIDH, qui a sans cesse documenté les crises centrafricaines, constate que les principaux acteurs des déstabilisations du pays sont toujours les mêmes, et toujours impunis.

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© Mai 2017 – LAMINE MEDIA

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