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Interview

INTERVIEW : PARFAIT ONANGA-ANYANGA : « TOUS CEUX QUI VEULENT LA PAIX EN CENTRAFRIQUE DOIVENT TOUT FAIRE POUR FAIRE BAISSER LES TENSIONS »

Suite aux récents évènements d’une extrême violence survenus les 8 et 13  mai  à Bangassou, et qui a fait plusieurs morts et blessés dans les rangs des Casques bleus, le Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies et Chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga,  après s’être félicité de la condamnation desdites attaques par le Président Touadera, a dit la détermination de la MINUSCA à mettre hors d’état de nuire les groupes armés et les factions minoritaires qui les manipulent. Le Représentant spécial réitère aussi l’engagement de la Mission à faciliter le travail des humanitaires en attendant que ceux qui se sont rendus coupables d’exactions soient arrêtés et poursuivis par qui de droit. C’est dans une interview accordée, le 14 mai, à Guira FM.

Guira FM : Quels sont les derniers développements concernant Bangassou ?

Parfait Onanga-Anyanga : Aujourd’hui, je peux me féliciter du fait que grâce aux efforts de la MINUSCA, de la Force, nous sommes en mesure de dire que le calme va rapidement revenir dans Bangassou. Les soldats de la paix sont rentrés dans la ville, malgré les nombreux obstacles qui leur ont été posés. Ils ont pu accéder à la mosquée où avait été malheureusement tenue quasiment recluses toutes ces pauvres populations. L’aide est désormais apportée car les humanitaires ont pu avoir accès aux civils, et nous sommes en train de mettre en place un plan d’urgence, qui permettra, précisément, de stabiliser cette ville de Bangassou.

Par ailleurs, je veux me féliciter de l’intervention du Chef de l’État, Faustin Archange Touadéra, sur la situation à Bangassou ;  le remercier pour les condoléances adressées à la MINUSCA. Je voudrais surtout féliciter sa condamnation de ces attaques, qui ne reflètent pas la Centrafrique. Le peuple centrafricain est un peuple fier, résilient, travailleur et désireux de tourner la page de la violente crise qui l’a affecté. Je récuse donc toute justification des violences actuelles comme étant l’expression de l’expression du peuple. Ce serait une offense à ce peuple qui n’a que trop souffert et qui veut la paix.

Guira FM : Parlons du plan d’urgence. Quel est votre message à l’endroit des humanitaires qui sollicitent un meilleur accès aux populations actuellement dans le besoin ?

Cela est en train d’être fait. Comme je le disais, la Force est sur place, nous allons encore augmenter nos capacités. Cela n’est jamais un exercice facile dans un pays qui est immense comme celui-ci, avec les moyens qui sont les nôtres, mais notre détermination est grande. Les humanitaires pourront vaquer à leurs occupations qui vont être difficiles, parce que nous sommes en train de découvrir l’horreur de ce qui a été fait. Il est déplorable aujourd’hui que des individus soient encore à la manœuvre pour manipuler les populations. Je note au passage que parmi les agresseurs, il y avait des pauvres enfants de 15 à 18 ans, des jeunes de rien du tout qui sont manipulés. C’est vraiment déplorable d’être témoin d’un tel drame. Trop de mal a déjà été fait. Je comprends la frustration des populations et des minorités qui ont été ciblées, et je condamne ces attaques. Le Secrétaire général des Nations Unies vient également de le faire.

Deuxièmement, les rumeurs répandent toutes sortes de fausses nouvelles, pour donner une image plus grave que nous avons déjà. Puisque la mort d’une seule personne est déplorable, il faut donc éviter la surenchère. La MINUSCA est sur place avec les humanitaires, toute la transparence sera faite sur le drame que nous sommes en train de connaitre, surtout sur tous les efforts qui sont faits pour l’arrêter.

Troisièmement, il faut que chacun comprenne que c’est à l’État centrafricain que revient la responsabilité de faire régner l’ordre. Et l’État centrafricain aujourd’hui fait ce qu’il peut avec la MINUSCA qui a été mise à sa disposition par la communauté internationale. Je le dis, personne, aucune organisation, aucun parti politique, aucune institution ne devrait tenter de se substituer à l’État pour se faire justice soi-même. C’est pourquoi je lance un appel à ces groupes armés qui, pour certains, ont lancé des communiqués donnant des ultimatums au-delà desquels ils annoncent prendre leurs responsabilités pour rétablir une quelconque paix : ils n’ont aucune légitimité pour le faire. Tout acte de ce type ne viserait qu’à envenimer et exacerber la violence ; ce qui est absolument inacceptable. Tous ceux qui veulent la paix en Centrafrique doivent tout faire pour faire baisser les tensions, pour qu’il n’y ait pas des contagions de cette flambée de violence déplorable, inacceptable, inhumaine de Bangassou vers d’autres contrées.

Guira FM : Pour terminer, monsieur le Représentant spécial, quel est votre message à l’endroit de la population quant à la volonté de la MINUSCA de continuer à protéger les civils centrafricains ?

Nous ne doutons pas de cette volonté, mais nous disons ceci : aidez-nous à vous aider et à mieux vous aider. Dénoncez tous les pyromanes qui prétendent après se transformer en pompiers et en justiciers. Il n’y a pas de solutions violentes à la crise centrafricaine. Il n’y aura que des solutions pacifiques et ces solutions-là, on ne peut les avoir que si chacun contribue à l’identification des solutions qui mèneront le pays vers une paix durable. Tout autre message est du mensonge. La MINUSCA, dans ce pays, exercera ses lourdes et difficiles responsabilités et parfois au sacrifice de ses hommes et de ses soldats, mais sans réserve. J’en profite encore ici pour rendre un hommage aux soldats de la paix qui sont tombés et aux pays dont ils sont originaires. Malgré l’adversité, ils vont continuer à appuyer les efforts vers une restauration de l’autorité de l’État, en espérant véritablement que  justice sera  faite, comme l’a souhaité le Chef de l’État.

Source : MINUSCA

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