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Economie

Centrafrique : CENTRAPALM, symbole de la faillite de l’industrie centrafricaine

Fanta Bidermann-Kenguemat
Observatoire Centrafricain Economique et Social

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Une plongée dans le flou du réel des entreprises para-publiques en RCA, telle est la volonté du gouvernement depuis le 13 février dernier, en lançant un vaste audit du contrôle physique du personnel sur leurs lieux de travail – estimé à plus de 3.000 personnes, et des capacités fortes et faibles des entreprises.

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Arthur Bertrand Piri, ministre conseiller en charge du dossier d’expliquer : “Cette initiative, consiste à mettre de l’ordre dans les secteurs du para-public, concernant la tenue, la gestion du fichier du personnel, et la maitrise des données relatives aux ressources humaines.”

UNE HISTOIRE DE SERPENT SE MORDANT LA QUEUE

Le fait est assez incongru, venant d’un pouvoir, qui comme ses précédents, de manière récurrente, se révèle incapable d’honorer ses obligations régaliennes minimales, et en matière économique, de payer à temps et en heure les maigres salaires dus à ses employés et fonctionnaires. Des mois d’arriérés, ou même des années, avec sa suite de grèves à répétition des personnels, pour réclamer leurs émoluments, nécessairement, ne peuvent que plomber la productivité des entreprises d’état.

Aussi aller contrôler des individus que l’on ne paye pas, et des entreprises déjà en faillite, cela relève du saugrenu et de l’ubuesque. Conséquemment, le bilan final ne saurait être bon. Juste une plongée dans la misère et les incompétences.

Aussi, même si l’enquête est encore en cours, l’on peut déjà, sans être devin, pronostiquer que l’ensemble des entreprises étatiques et para-étatiques centrafricaines vont mal. A l’image des plus connues comme la SODECA ou l’ENERCA.

Les maux sont connus. En premier les incompétences des dirigeants de ces entreprises, puis l’absence d’entretien des infrastructures et la vétusté avancée des moyens de production – un mal endémique en RCA – et plus encore, ce qui en découle, la faiblesse de ces entreprises face à la concurrence étrangère et des produits importés.

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CENTRAPALM, SYMBOLE DE LA DECADENCE

La Centrafricaine des Palmiers (Centrapalm) se trouve, tout du moins ce qu’il en reste, sur le site de Bossongo dans la Lobaye, à environ 50 Km de Bangui. Fondée en Aout 1987 pour la production, le raffinage et la vente de l’huile de palme, industrielle et ménagère, avec une palmeraie de 2500 ha au début; elle était vendue comme devant être un des fleurons de l’industrie nationale. Mais de nombreux avatars, au fil des années, finiront par la réduire à la portion congrue, une inutile vétusté : Incendie volontaire, absence de gestion, matériels non entretenus ni modernisé, manque de capitalisation, vieillissement et mauvais entretien des plantations.

En 2009-2010 la palmeraie verra sa superficie se réduire de 2500 à 1000 hectares, pour actuellement ne plus représenter que 594 ha. Quant à la production, des 30.000 tonnes d’huile par an du début, nous n’en sommes plus qu’à 180 tonnes l’an.

Une crise sans fin

La CENTRAPALM connaît des difficultés financières récurrentes, à cause des raisons précitées, mais aussi du vieillesse de ses plantations de palmiers ( dont 400 hectares sont sous l’eau) En outre, elle a subit de plein fouet la forte compétitivité des produits importés des pays voisins, et de la contrebande, notamment du Congo Kinshasa. Plus de 75 mois de salaires impayés, et pourtant, les salaires sont chiches. Des grèves à répétition, dont une très dure de trois mois en 2010 lancée par les 690 employés de l’époque.

En Septembre 2015, Sabin Kpokolo, le secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs centrafricains (CSTC), brossait déjà un tableau apocalyptique de la situation : “[…] La direction, ce sont des cadres véreux, des incompétents, qui régulièrement vont à Bangui pour raconter n’importe quoi au ministre de tutelle. Et le gouvernement n’intervient pas, ne fait rien. Ce sont les employés là eux-mêmes qui protègent ce patrimoine national qu’est CENTRAPALM, alors qu’ils ne sont même pas payés depuis 5 ans ! Le directeur général lui a été chercher des Anti-Balaka pour briser les grèves. Et ces gens armés sans éducation, maintenant, ont aussi fait venir des godobés (voyous), comme ils ne sont pas payés aussi, ils occupent la palmeraie et démontent des palmiers. Tout ceci est grave, très grave !”

Quand l’audit du contrôle physique du personnel en cours est arrivé tout récemment à la CENTRAPALM, c’est pour y trouver un nouveau directeur général, qui eut ce mot sibyllin : “Quand j’ai repris le service, je n’avais pas la maîtrise du personnel.”

English version

© Mars 2017 – Observatoire Centrafricain Economique et Social

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