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BLOG/La République Centrafricaine face à des menaces sécessionnistes

Nathalia Dukhan | Enough Project

Résumé exécutif

Il y a plus de quatre ans, la République Centrafricaine (RCA) entrait dans une grave crise politique caractérisée par une violence sans précèdent contre les civils. En février 2014, le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon alertait la communauté internationale en déclarant que l’éclatement de la Centrafrique était tout à fait possible et indiquait que « La situation continue de s’aggraver. Les musulmans et les chrétiens ont été assassinés et forcés de fuir leurs maisons. La brutalité sectaire est en train de changer la démographie du pays. La partition de facto est dès lors un risque avéré ».

Malgré cet avertissement, la RCA n’a pas échappé à ce sort. En 2017, plus de 14 groupes armés rivalisent pour le contrôle du territoire et ses richesses. Des systèmes de taxes ont été mis en place, obligeant les populations civiles, déjà meurtries par de nombreuses années de crise, à contribuer aux efforts de guerre et ainsi, participer à la perpétuation des violences dont elles sont les victimes principales.

Dans ce conflit, la violence sectaire est instrumentalisée par les leaders des groupes armés comme une stratégie de survie, qu’ils n’hésitent pas à alimenter pour servir leurs ambitions politiques de gouverner et pour défendre des intérêts économiques privés.

En l’absence de réponses adéquates pour mettre fin aux conflits armés et aux divisions entre communautés, la menace d’un état de guerre permanente est réelle, ce qui aura des effets à long terme sur une région déjà confrontée à d’importants défis sécuritaires.

Parmi ces 14 groupes armés, les quatre factions issues de la coalition Séléka représentent toujours la menace la plus importante à la paix et à l’unité du pays.

La fin du régime de la Séléka, annoncée en janvier 2014, avait entrainé un repli des combattants vers l’est et le nord du pays, débouchant sur un contrôle de près de 60% du territoire national. Les leaders de la Séléka n’ont eu de cesse de manipuler l’idéologie pour justifier leur existence. En 2013, ils avaient d’abord exprimé des griefs politiques à l’encontre du système répressif du président sortant, François Bozizé, mais leurs motivations se sont rapidement révélées être guidées parle pouvoir et la cupidité, comme l’avait suggéré certains combattants de la Séléka en affirmant « c’est notre tour de gouverner », au lendemain de la prise de contrôle de la capitale, Bangui.

Au cours de leurs dix mois au pouvoir, les leaders de la Séléka ont mis en place un système prédateur caractérisé par des atrocités à grande échelle et par des crimes financiers généralisés. Pour conquérir un soutien populaire et gagner en légitimité, ces leaders encouragent et coordonnent des actes de violence qui motivent les membres des groupes ethniques ou religieux qui leur sont les plus proches contre les autres groupes.

La violence généralisée vise à créer, parmi les civils, le sentiment d’un besoin de protection des leaders des groupes armés, lesquels prétextent qu’une séparation (ou partition) avec les autres groupes est dès lors nécessaire et la cohabitation impossible.

Ce climat de terreur contribue également à créer les conditions nécessaires au recrutement des jeunes qui n’ont pas d’autres choix que de rejoindre la lutte armée et ainsi renforcer l’action et l’agenda des chefs de guerre. La paix et la cohésion sociale qui a longtemps existé entre communautés ethniques et religieuses ne profite pas aux intérêts politiques de ces leaders. De ce fait, la violence intercommunautaire est délibérément alimentée.

Grâce au maintien d’un climat de violence et d’une menace permanente de coup d’Etat, ces chefs de guerre cherchent à négocier des récompenses : le pouvoir ou le partage du pouvoir, des intégrations militaires, des positions ministérielles, le maintien d’une partition de facto, le tout avec la reconnaissance de la communauté internationale et les avantages économiques qui en découlent.

Parmi les Séléka, cette volonté persistante d’accéder au pouvoir s’est transformée en un véritable plaidoyer en faveur de la partition effective du pays, justifiée et légitimée par le conflit entre communautés ethniques et religieuses.

Le principal partisan de la sécession du pays est le Front pour la Renaissance Centrafricaine (FPRC), dirigé par le chef rebelle Nourredine Adam et par Michel Djotodia, ancien président de la RCA pendant le bref règne de la Séléka. Ces individus font l’objet de sanctions multilatérales ou de la part des Etats-Unis. Depuis décembre 2013, les chefs du FPRC ont, à maintes reprises, brandi la menace sécessionniste et, à une occasion, ceux-ci ont même tenté de créer la République du Logone, ou du Dar el Kuti.

En vue de renforcer la menace sécessionniste, Nourredine a tenté, sans grand succès jusque-là, de réunifier les quatre factions Séléka, avec l’intention de faire de la ville de Bambari la nouvelle capitale de la République du Dar El Kuti.

Cependant, l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), dirigée par Ali Darassa, qui contrôle Bambari, a refusé de rejoindre cet appel et a opté pour une posture indépendante. En conséquence, les combattants du FPRC et de l’UPC se sont livrés à des luttes fratricides.

L’inquiétude réside pourtant. Si les quatre factions Séléka décidaient de s’unir, leur puissance militaire constituerait un sérieux défi à la communauté internationale et au gouvernement, qui seraient confrontés à des choix difficiles : démanteler les factions Séléka par la force, une option pour laquelle il n’existe actuellement pas d’appétit – en particulier depuis le retrait de l’opération militaire française Sangaris; ou de négocier un consensus, mais pour lequel les chances de construire une paix durable sont minces.

Il est nécessaire de s’engager vers une politique ferme de sortie de crise et de mettre en œuvre un processus de paix qui aille aux sources des causes de la violence, tout en reconnaissant la nécessité de prendre des mesures plus rigoureuses destinées à mettre fin à la menace des chefs de guerre. Le gouvernement et la communauté internationale devraient :

  • Etendre davantage et renforcer la mise en œuvre effective d’instruments financiers, y compris les sanctions, qui visent les intérêts et la vulnérabilité des groupes armés ainsi que les compagnies qui les soutiennent, que ce soit par le gel des avoirs ciblés ou par des mesures qui empêchent les investissements soutenant les groupes armés.
  • Amener les responsables des atrocités et des crimes économiques devant la justice, tout en mettant en œuvre un processus de désarmement qui vise à réintégrer les combattants et les communautés de manière juste et équitable.
  • Cesser d’encourager ou permettre une légitimité quelconque des leaders des groupes armés qui utilisent la violence, en particulier contre les civils, pour s’emparer du pouvoir et/ ou des richesses nationales et reconnaître que le système de violence ne reflète pas nécessairement les aspirations des combattants ou des populations qui vivent dans les zones contrôlées par les groupes armés.
  • Soutenir les initiatives œuvrant en faveur de la cohésion sociale, d’une interdépendance économique accrue des communautés, en vue de faciliter une réconciliation.
  • Développer des politiques inclusives, notamment en intégrant les ethnies de confession musulmane et répondre à la nécessité urgente de décentraliser le pouvoir, de promouvoir la démocratie locale et le développement local.

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