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Centrafrique : Bangui encore en crise, PK5, une étrange affaire, décryptage

Michal Mamadou & Albert Mahamat FALL

BANGUI (LNC) – Mardi 7 février 2017, une vaste opération conjointe des Forces de Sécurité Intérieures (FSI) et de la Force et la Police de la MINUSCA, investissait le quartier du KM5, dans le 3ème arrondissement de Bangui. Avec pour cible, un des chefs locaux d’auto-défense du quartier, Yussuf Malinga dit “BIG MAN”. L’affaire tourne mal, entraînant un nouvelle spirale de violence dans la capitale centrafricaine.

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“Big-man” succédait au dit “50/50” en novembre dernier, suite à l’assassinat de ce dernier lors de heurts fratricides entre groupes d’auto-défense du KAM5, par un autre groupe local d’autodéfense.

COMPRENDRE LE PHENOMENE DES AUTO-DEFENSES DU PK5

Très tôt dans la crise centrafricaine toujours sans fin, démarrée fin 2012, la communauté musulmane centrafricaine fut prise comme cible à effacer de la population du pays par les miliciens Anti-Balaka, appuyés très ouvertement par des policiers et des gendarmes, largement gangrenés par les Anti-Balaka; ceci en représailles contre les atrocités commises par les hordes Séléka dans tout le pays, atrocités qui se poursuivaient en toute impunité sous le court règne au pouvoir de leur chef Michel Djotodia.

Collusion et confusions volontaires, tout musulman centrafricain ne pouvait être qu’un Séléka en sommeil, il fallait donc les éradiquer physiquement, et de la manière la plus cruelle : Découpés vivant à la machette, brûlés vifs, égorgés, voire même cannibalisés par des Anti-Balaka.

Des milliers de musulmans ont dû prendre le chemin de l’exil, en abandonnant tout derrière eux, et dans ce contexte, le quartier du PK5 est devenu une enclave encerclée par des miliciens Anti-Balaka, dans une sorte de prison à ciel ouvert.

Les milices d’auto-défense de ce vaste quartier sont nées ainsi, afin de compenser l’absence de sécurité, que le pouvoir ne peut, ou comme diraient certains, ne veut pas assurer.

POURQUOI UNE TELLE OPERATION CONTRE BIG-MAN ?

L’opération de Mardi visait très clairement Yussuf Malinga, comme le déclarait le ministre de l’intérieur Jean-Serge Bokassa : « L’objectif c’était de l’arrêter, de procéder à son arrestation […] Il se trouve que ce dernier ne s’est pas laissé faire, a ouvert le feu sur nos positions et il en résulte que ce dernier, à défaut de pouvoir être appréhendé vivant, a été exécuté. »

Vladimir Monteiro le porte parole de la MINUSCA aussi de préciser : «L’action des forces de sécurité intérieures ont entraîné la mort de Yussuf Malinga et de l’un de ses hommes. Au cours de cet incident, des gendarmes centrafricains ont également été blessés. Il est regrettable que des populations civiles aient été victimes de tirs “indiscriminés” des criminels. »

Néanmoins, des témoignages locaux réfutent ce déroulé officiel des faits. Pour plusieurs témoins, les gendarmes dès qu’ils ont vu Big-Man ont commencé à tirer dans sa direction, ils venaient là pour le tuer, pas pour l’arrêter. Après, lui aussi a répliqué.

Selon les autorités, cette opération était justifiée, car « Big-man », qualifié de bandit, semait le trouble constamment dans le quartier, et que l’appréhender contribuerait au retour au calme dans cette zone.

UNE BIEN ETRANGE AFFAIRE

Ce qui est fort étonnant dans cette affaire, c’est qu’au moment ou tous les jours à Bangui, des délinquants de toutes sortes y circulent et y agissent en toute liberté, où sortir la nuit dans la ville relève du rodéo dangereux, une vaste opération de police se met sur pied pour ne viser qu’un seul individu.

Bangui cité de tous les dangers ne bénéficie pourtant pas d’une telle opération de nettoyage des criminels de tous poils.

Ce qui rend tout simplement très suspect ce ciblage et cette exécution de Yussuf Malinga.

Les bandes armées écument plus de 60% du territoire, y pillent et y tuent en toute impunité. L’apathie des FSI et des MINUSCA est flagrante à ce propos.

Car dans la logique de cette opération du PK5, pourquoi les bandits qui déstabilisent les provinces ne sont-ils pas aussi interpellés ?  Leurs crimes ont fait de milliers de victimes, et cela continue.

Yussuf Malinga serait bien plus dangereux que les chefs Séléka et Anti-Balaka ?

Pour beaucoup de leaders musulmans du PK5, cette opération ne serait qu’une nouvelle razzia contre eux, et ne serait qu’une opération sous faux drapeau initié par, on les cite : J.S BOKASSA le chef ANTI-BALAKA. A tel point que selon un bruit insistant, sa tête serait mise à prix dans le quartier.

CONSEQUENCES INCALCULABLES

Des habitants perturbés, notamment des déplacés internes du camp M’Poko,à près de 3.000, tout fraîchement de retour dans le quartier. Environ 300 ont tout simplement fait marche arrière en retournant au camp. Ce qui avait incité Jean-Serge Bokassa et Virginie Baïkoua, la ministre des affaires sociales à aller à leur rencontre pour essayer de les rassurer, même si cela ne changera rien à leur situation de grande précarité.

Michel Dambeti, le chef adjoint du quartier de Fondo raconte : « Avec les détonations des armes, ils ont vu ça et finalement ils sont obligés de retourner à Mpoko ».

Les appels au calme, et de la MINUSCA, et du ministre de l’intérieur ont été vains.

  • Jean-Serge Bokassa :”Je voudrais appeler toutes les communautés au calme. D’appeler la population en général au calme. Et je soutiens les actions de nos forces de sécurité intérieure.”
  • Vladimir Monteiro : “La MINUSCA appelle les populations à garder le calme et à éviter tout acte susceptible d’exacerber les tensions inter-communautaires.”

Le effets de l’assassinat de “Big-Man” ne se sont pas fait attendre. Dès le soir de Mardi, les représailles ont démarré.

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Ses hommes par vengeance ont investi les quartiers de Boulata, de Ramandji, de Yambassa et de Fondo pour y brûler des maisons et s’attaquer à des civils. Le bilan à cette heure : 12 morts. Dans le lot, le Pasteur Jean-Paul Sankagui  poignardé à mort.

L’église Catholique Saint Mathias, un symbole, sera incendié, car comme le raconte Aboudhino Soueyman SIDDIK, un des bénévoles qui faisait la ronde pour sa sécurisation en 2014 :
” Oui c’est vrai c’est “BIG-MAN” qui nous avait interdit de toucher à l’église. [….] j’ai participé à veiller nuit et jour pour protéger l’église Saint Mathias.”

Ce verrou là de confraternité tombe.

Le retour au calme qui se constatait tous les jours, et de plus en plus au PK5, à l’image de son célèbre marché, de nouveau attraction des consommateurs, est de nouveau remis en cause. La suspicion et la méfiance envers les autorités sont de retour dans le 3ème arrondissement.

L’équilibre précaire inter-communautaire est tout simplement déstabilisé par cette dite opération conjointe, qui finalement n’aura été qu’une incompréhensible expédition de mort.
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Le Centrafrique ne se limite pas qu’à Bangui. Ce que mésusent, et la MINUSCA et le pouvoir en place.
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English version© Février 2017 – LAMINE MEDIA

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