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Analyses

L’IMAGE : décryptage psychanalytique

Par Dr Fabiana Álvarez
Psychiatre

Si l’on considère qu’une photo à elle seule est bien plus parlante que des tonnes de thèses sur une situation donnée, alors cette photo prise par la MINUSCA est une mine d’informations.

Car de notre point de vue, elle contient quatre choses extrêmement importantes sur la situation actuelle du Centrafrique, faisant la collection de toutes les armées du monde.

S’y mêlent le progrès, l’archaïsme, le mépris, l’indifférence et la soumission

1 – LE MODERNISME

A l’extrême gauche, l’on aperçoit le rétroviseur d’un véhicule, signe donc que nous ne sommes pas au 19ème siècle comme tant à le faire croire la dame avec son matériel sur la tête.

2 – L’ARCHAISME

Le photographe a “centré” cette femme, les soldats en arrière ne sont que décor en l’espèce. S’il fallait l’isoler de tout l’environnement, l’on pourrait se croire en 1920, en 1960, voire même à la fin du 19ème. A elle seule, cette femme illustre tout l’immobilisme, globalement de l’Afrique noire à ne cesser de répéter le passé, dans une espèce de fixité morbide, car non productive de progrès et d’avancée, surtout culturelle.

3 – L’INDIFFERENCE

Les soldats rwandais, servant de décor sur cette photo, manifestement habitués à un tel spectacle, ne prêtent même pas attention à elle, ni à l’autre derrière à peine aperçue. Munis de pelles, ils symbolisent l’aide extérieure venue aider un pays en perdition. Mais cela va beaucoup plus loin que cela. Ils ne regardent pas ces deux femmes sorties d’un autre âge, et elles ne les regardent pas non plus. Gestuelles mutuelles de deux mondes contraints de se côtoyer, mais qui ne s’apprécient pas. Les uns font leur travail, les autres, les femmes, supportent malgré elles – le sentiment d’occupation de leur espace là par des intrus est évident.

4 – L’HOSTILITE

Un seul regard, d’un soldat, celui juste devant la femme “vedette”, non pas vers elle, mais derrière elle, comme si ces deux femmes étaient invisibles. Eux sont bien visibles pour elles, l’hostilité se lit sur leurs visages, et elles ne veulent pas les voir – ils ne sont pas invisibles. Et pourtant, les uns comme les unes sont là dans une opération de nettoyage du quartier dont ces deux femmes sont manifestement issues. Indifférence + Mépris = Hostilité.

CONCLUSION

Par extrapolation de ce microcosme passager à une généralisation, il est alors très facile de comprendre pourquoi les forces étrangères en Centrafrique y sont toujours perçues comme des forces d’invasion. Peut être que ces deux femmes doivent penser en passant que ces hommes ne sont encore que des violeurs potentiels de leurs enfants, et qui encore comme les français jouiront d’une totale impunité. La communication de la MINUSCA sur ce sujet étant inexistante – elle n’a jamais condamné les violeurs des Sangaris – ne donc pas s’étonner de l’élargissement chaque jour de la fracture entre la MINUSCA et les populations.

Et ce simple défaut de communication autrement que par des démagogies, suffit à lui seul à annihiler toutes les réussites par ailleurs des MINUSCA.

English version:

© Janvier 2016 – LAMINE MEDIA

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