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Analyses

Anti-Balaka : les occultations du pouvoir sur un traitement inégal des conflits

Fanny Minao-N’diaye

BANGUI (LNC) – Les avertissements de l’ONU, par la voix de son SG Ban Ki-Moon  demandant nommément à Faustin Touadera et à son gouvernement de consolider la paix et d’engager le pays sur la voie du relèvement et de la stabilité, au risque de voir la manne promise des bailleurs de fonds de Bruxelles leur passer sous le nez, avaient fortement déplu au Palais de la Renaissance.

Cependant, en appui de cette sortie onusienne peu diplomatique ni orthodoxe, c’était un bilan de l’observation de l’action politique de Faustin Touadera qui était stigmatisée de la sorte par l’ONU, au constat de nombreux dérives et laisser-allers, ne serait-ce que sur le plan judiciaire, où en RCA, Touadera ou pas, l’impunité bat son plein dans le pays.

L’ONU ce 14 décembre 2016 de remettre encore le doigt dans la plaie, en parlant de “crise humanitaire et d’insécurité absolue en RCA” – des propos qui hélas ne vont pas encourager les bailleurs de fonds, déjà hésitant à tenir leurs promesses de don de près de 2.2 milliards de $ à la RCA.

COMMUNICATION ET TRAITEMENTS INEGAUX

Au niveau communication, Radio Ndeke Luka, dorénavant, manifestement cornaquée par le pouvoir, la préférant à la Radio Nationale, lorsqu’il s’agit d’exactions commises par les ANTI-BALAKA, parle de “BANDES ARMÉES NON IDENTIFIEES”, mais étonnamment elle sait parfaitement identifier par contre, celles commises de manière tout aussi condamnables par les séides SELEKA et ses déclinaisons variées. Ceci consolidé par le fait que Faustin Touadera, lors des procès en cours de membres Anti-Balaka à Bangui, avait contraint les juges à les relaxer. Ce qui bien évidemment constituait une immixtion inique du pouvoir dans le travail de la Justice, en principe libre.

Même si en RCA, le terme JUSTICE n’est qu’une simple vue de l’esprit, mais tout de même.

Des Séléka intouchables par ailleurs, ce qui fait penser que le président centrafricain vit dans une peur bleue déraisonnée des bandes armées. D’ou la blague de Bendounga qui n’en rate pas une:

“La MINUSCA quitte à 9h, à midi Touadera est dehors.”

En vérité, la peur bleue actuelle du chef de l’état, serait de se laisser surprendre par un coup d’état, non pas des Séléka, occupés à massacrer des gens en province, mais des ANTI-BALAKA, dont il soupçonne déjà de l’intérieur, deux de ses ministres majeurs, d’être en collusion avec cette milice anarchique.

Simplement, tous ces petits jeux banguissois n’amusent pas l’ONU, qui chose rare dans cette organisation, désavoue la MINUSCA, sa propre créature en RCA, pour son inertie à ne pas appliquer le mandat dit robuste du Conseil de Sécurité dont elle est dotée, smashant en passant le gabonais Parfait Onanga-Anyanga, qui la bouche enfarinée, parlait de désarmement négocié et non imposé, ce que reprendra Touadera dans la foulée.

DDRR IMPOSSIBLE AVEC DES MILLIERS DE MORTS AU MILIEU

Avec une augmentation alarmante des violations des droits de l’homme, disons, de manière plus accrue depuis août 2016, il est sérieusement très difficile de rendre crédible des processus DDRR et RSS sur le dos d’autant de cadavres en Centrafrique, et plus encore, pour les survivants et les familles, pour qui justice ne sera pas rendue, mais la sanctuarisation de criminels de masse, de passer outre.

UN DDR NON PREPARE N’EST QUE NECESSAIREMENT LA CONSOLIDATION DE L’IMPUNITE

Ce que l’ONU, et non la MINUSCA reproche en sourdine à Touadera, c’est de ne pas laisser la justice faire son travail librement, en ouvrant des enquêtes sur les crimes de masse dans les provinces, Kaga-Bandoro, Koui, Bria, etc… Ne parlons même pas, et là sous le nez du pouvoir à Bangui, des massacres-cannibales de pauvres bergers peuls à la SEGA par des miliciens Anti-Balaka, que le gouvernement n’a jamais évoqué dans es communications.

Fêter le 1er décembre dans un tel climat, n’était tout simplement qu’une abjection voire de l’inconscience politique. Faire la fête sur des morts dont les cadavres sont encore chauds, c’est indécent !

POINTER DEVANT ?

La MINUSCA, recadrée par sa maison mère a avoué son incompétence, militairement parlant, car sur le plan social, elle est par contre très active. Des aveux un peu tardifs de n’avoir jouer qu’à la cavalerie arrivant toujours en retard pour jouer au pompiers de service, quand il eut fallu dès le départ, tout simplement appliquer le mandat justifiant l’intrusion de ces troupes internationales en Centrafrique; CONSISTANT TOUT SIMPLEMENT A DESARMER TOUTES LES BANDES ARMES, ET SANS CONDITION. Pourquoi, la Sangaris avant, et la MINUSCA encore maintenant, ne l’ont-ils pas fait ? L’on aurait évité des centaines et des centaines de morts.

Enfin, comprendre que dans tout cela, le pouvoir politique en place n’est qu’une donnée complètement négligeable, comme ne pesant nullement sur les événements, et surtout à préserver, ne serait-ce que cela, la vie des citoyens centrafricains.

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© Décembre 2016 – LAMINE MEDIA

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