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Analyses

TEMPERATURE : De la simple complexité des résolutions des crises armées

Par Sandra Martin-White
Consultante juridique et politique de LNC

LOS ANGELES (LNC) – Au XXIème siècle où nous sommes, l’Afrique, noire en particulier, en est toujours au stade politique du moyen age, avec ses réflexes brutaux, anti-démocratiques, totalitaires et prédateurs de ses dominants, tout autant insidieusement manipulés par d’autres dominants acceptés, ceux d’Occidentaux, généralement les anciens pays colons, dans une espèce de jeu pervers et macabre d’intérêts partagés, au détriment des peuples qu’ils sont censés servir.. 

Tout peuple qui accepte qu’un individu prenne le pouvoir par la force, par coup d’état, ou se perdure au pouvoir ad vitam aeternam, ce qui revient au même, comme au Gabon ou actuellement au Cameroun ou en Algérie, recule automatiquement de plusieurs décades sur l’échelle de la modernité et de la démocratie.

LES EFFETS DOMINO

L’Histoire de l’homme, où qu’il soit, quelque soit sa couleur, veut que, de passer de la famille à la tribu, et de la tribu à la Nation, à chaque fois, à chaque étape, il a fallu définir ensemble des règles sociétales pour le bien vivre en communauté. Les lois ne sont que des dérivés des règles coutumières. Et la Loi des LOIS concernant un pays, c’est la CONSTITUTION. En quelque sorte sa Bible ou son Coran, sa Torah, ses Upanishads.

La Constitution est une matrice, une sorte de ventre, de Mère de tout ce qui gère et coordonne les droits et obligations individuels en communauté.Mais sitôt que cette CONSTITUTION n’est plus respectée, qu’elle est bafouée d’une manière ou d’une autre, automatiquement, et l’histoire récente des poussières d’Etats africains le démontre, c’est l’INSTABILITE qui arrive, et avec tout son cortège de malheurs : Rebellions, crise humanitaire, insécurité et autres calamités consécutives.

Ce n’est pas pour faire joli qu’il est dit que le Chef de l’Etat est le garant de la CONSTITUTION.

Le chef de l’état sacralise la Constitution, de même que la Constitution sacralise, non pas lui, l’individu, mais la FONCTION qu’il ou elle incarne.
Cela a quelque part une dimension religieuse pour la cohésion sociale d’un pays, pour ses possibilités d’épanouissement individuel, sans avoir de plafond de verre impossible à briser. Une vision idéalisée certes, mais c’est le principe.

En conséquence, dès lors que cet échafaudage quasi-mystique s’effondre, il en découle ce que les politologues appellent, “les effets domino”.
Le caractère sacré de l’Etat n’ayant plus court, alors tout est possible en matière de “bordel” et de chienlit.

La personne au pouvoir a été choisie par le peuple en toute liberté pour le diriger.
Cette personne y est arrivée à travers des processus de consentement populaire, dits élections, signifiant, qu’en lui, une majorité se reconnaît – trop de majorité serait suspect.

Mais, dès lors qu’un individu, généralement très égotique et narcissique brise cette schématisation, en parvenant au pouvoir sur les autres par la force, il sème nécessairement et obligatoirement au sein de la communauté et le trouble, et la désacralisation de la notion de l’ETAT. Mais surtout, enclenche des effets papillon.

Conséquemment, cela ne peut que susciter des ambitions égales et des frustrations.
En découle dès lors, l’émergence d’individus ayant le même besoin de réussite, soit en coopérant avec le putschiste, ce qui amène toute une caste de “chercher à manger”, de griots et de corrompus, mais aussi en face, l’éveil de clans opposés, frustrés de ne pas faire partie de la fête.
Et à chaque fois à ce jeu là, c’est le peuple qui trinque.

A partir de là, la Constitution, ce socle de l’état de droit, devient comme le qualifiait François Bozizé, “qu’un papier des blancs”.
Pour cela que des dictateurs comme Idriss Deby au Tchad, Paul Biya au Cameroun, ou encore le congolais Sassou-N’Guesso le tripotent régulièrement à leur avantage pour se perdurer au pouvoir – tellement c’est doux ! Cas rare en Afrique noire, ce jeu là fut fatal à Blaise Compaore au Burkina.

LES REBELLIONS

Les bandes armées, groupes rebelles, ou quelque soient les idiomes dont on les affuble, ne sont que les effets boomerang des dictateurs au pouvoir, ou des prédateurs compradores.

En ne nous en tenant qu’au cas centrafricain, et en ne nous limitant dans le temps qu’au cas BOZIZE, dès 2004, juste un an après son Coup, il n’a eu de cesse de faire face à des bandes rebelles.
Et avec François Bozizé, le Centrafrique est pleinement entré dans l’état de pays de NON DROIT ABSOLU, non pas que ce fut meilleur sous Kolingba, Dacko ou encore Bokassa, mais avec lui, le pays a atteint son apex du pire.

Ceux qui ont signé le serment, le SELEKA, ce sont ses enfants illégitimes en quelque sorte.
Et la logique de l’Histoire a voulu qu’ils le foutent dehors, tout comme cette même logique, dans sa perversité, a plongé le pays depuis fin 2012 jusqu’à nos jours, dans l’absolu du chaos.

Les bandes rebelles ne sont que les expressions militarisées des égoïsmes individuels d’un pays, que le principe de l’ETAT DEMOCRATIQUE canalisait par le partage commun et démocratique jusque là.

A PARTIR DE LA, AVOIR LA NAIVETE DE CROIRE QUE L’ON PEUT NEGOCIER QUOI QUE CE SOIT AVEC DES GROUPES REBELLES, ET DE SURCROIT DOMINANT COMME ACTUELLEMENT EN CENTRAFRIQUE, C’EST LE CAS, C’EST SE FOURRER LE DOIGT DANS L’OEIL JUSQU’A L’OCCIPUT.

Quel intérêt par exemple les Séléka ont-ils à négocier dans un DDRR ou autre CSS avec Touadera ? AUCUN !

Puissamment installés dans quasiment la moitié du pays, déjà partitionné de fait, ils n’y ont aucun intérêt, Touadera si, lui, pour se légitimer, pour légitimer son pouvoir non acquis par les urnes, mais par le sport national en RCA, le TRUCAGE.

Corollairement, à supposer que, dans une espèce d’harmonie nationale soudaine, Anti-Balaka, Séléka et tous les autres fous furieux du genre disent oui au DDRR, sur quel contenu sera fait ce DDRR ?
Nécessairement sur l’impunité pour les criminels de masse, nécessairement sur l’oubli des victimes, nécessairement sur la mutation de criminels en assassins sous uniformes, nécessairement à court ou moyen terme, sur de nouveaux combats de gros egos pour la prédation du pouvoir. Ce qui fera rebolote.

Ce n’est pas anodin que des pays comme l’Allemagne, la Chine, la Russie, les USA et d’autres encore, NE NEGOCIENT PAS AVEC DES BANDES CRIMINELLES, ILS LES ERADIQUENT DES QUE POSSIBLE.

Faustin TOUADERA est d’une puérilité sans nom de penser qu’il pourrait parvenir à un désarmement négocié des bandes armées, d’autant plus que lui est nu comme un ver face à eux !
Qu’a-t’il leur offrir qu’elles n’ont pas déjà ?

S’appuyer sur la MINUSCA pour lutter ? Impossible, la MINUSCA, comme toutes les forces onusiennes, s’interpose, et n’attaque pas. Ce qui en passant est un paradoxe militaire.

Car en vérité, c’est la MINUSCA et avant elle, la MISCA et la SANGARIS, qui ont contribué à ossifier les bandes rebelles dans le squelette du Centrafrique.

Si toutes ces forces, dès le départ, avaient pris le parti de détruire immédiatement toutes ces forces rebelles, au lieu de leur servir le thé, nous n’en serions pas là.

Aussi les 2.2 milliards de $ espéré par Faustin Touadera, et apparemment, le fondement de toute sa politique, il peut toujours y croire. C’est comme le loto, on ne gagne pas si on n’y joue pas.

English version:

© Decembre 2016 – LAMINE MEDIA

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