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HUMEUR/ Ne sachant plus à quel saint se vouer, le gouvernement fait appel aux chefferies traditionnelles

Albert Mahamat FALL

N’DJAMENA (LNC) – Décidément, le Centrafrique, déjà pays de tous les paradoxes, continue encore à les cultiver. Depuis ce matin, selon une annonce gouvernementale à la Presse à Bangui, la restauration de l’autorité de l’Etat passerait par l’implication des chefs traditionnels; des personnages qui en passant sont non reconnues par les institutions de la République.

Paul Biya l’indéboulonnable président camerounais, aka le dictateur à mi-temps, avait lancé cette espèce de mode décadente et irrationnelle de retour des “nègres au moyen âge pour la danse autour du pot”, en déclarant il y a quelques mois que l’aide des féticheurs serait la bienvenue pour combattre Boko-Haram. La RCA emboîtera le pas dans les mêmes eaux brouillées, en initiant dès la semaine prochaine, une espèce de colloque pour aider à  la restauration de l’autorité de l’Etat, en sollicitant le concours des chefs traditionnels (terme flou et indéfini) et autres billevesées moyennageuses, constitutionnellement non reconnus.

DES DISTRACTIONS DE L’ESSENTIEL POURTANT PREGNANT

Au moment ou l’urgence serait à lutter contre la très grave crise insécuritaire dans le pays que le pouvoir en place est démuni sur sa résolution, alors que cette lutte qui se doit de réussir, conditionne la manne financière tant espérée de la communauté internationale, il occupe le terrain en s’inventant une nouvelle usine à gaz.

Initiative gouvernementale d’autant plus surprenante, que contrairement au Cameroun voisin, qui reconnaît les Royaumes locaux et les chefferies traditionnelles, le Centrafrique, pourtant né sur les cadavres de Sultanats et autres principautés, ne les a jamais officiellement reconnu, en maintenant de facto, leurs annulations par l’ancienne puissance coloniale au début du siècle dernier. Aussi, faire appel aujourd’hui à leurs chefs non reconnus officiellement, confine dès lors à de la démagogie pure et simple, et plus que tout, révèle l’impuissance criarde, d’un pouvoir qui ne sait plus où il habite.

Justification d’Arnaud Boris Sakada, inspecteur central au ministère de l’administration du territoire, une sorte de comique de service, qui déjà en juillet dernier déclarait : “L’Etat centrafricain est en train de reconquérir l’ensemble de son territoire, par la restauration de son autorité.”

Aujourd’hui dans la même veine de hors sol, de commencer par mentir en déclarant que cette initiative décadente viendrait des conclusions du Forum de Bangui de Mai 2015, ce qui est faux ! et d’avouer dans la foulée que “les chefs traditionnels ne sont pas élus selon les textes en vigueur”. Puis ensuite de spéculer sur une possible mise en place d’une législation pour les reconnaître. En clair, le monsieur met la charrue avant les bœufs.

Mais le plus absurde dans tout ça, c’est que l’ONG Afrique Secours et Assistance (ASA), et surtout, trois agences de l’ONU, à savoir le PNUD, l’OMS et le HCR seront de cette farce distractive annoncée.

English version:

© Decembre 2016 – LAMINE MEDIA

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