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Interview

Centrafrique : Le show Bendounga continue, et avec acuité

INTERVIEW ACCORDEE A LA RJDH

Par Jean Fernand Koena

Retouches et correctifs orthographiques et sémantiques de Karen Sullivan (LNC)

RJDH : Vous avez demandé un large consensus après la table ronde de Bruxelles, et Faustin Archange Touadera, dès son retour, a annoncé la mise en place d’un dispositif d’absorption de fonds, vous a-t-il coupé l’herbe sous le pied ?

JB : Aucunement, je l’avais demandé parce que Bruxelles a été préparé comme une affaire, conçue et préparée seulement par des initiés qui ont eu accès aux travaux préparatoires.

Les partis politiques n’ont jamais été conviés à cela.

Le président de la République avant d’aller à Washington pour le lobbying, et ensuite à Bruxelles pour la mission précurseur, m’avait appelé, et nous avons échangé dessus, et lui de me dire : “Dès que je serai de retour de ce périple-là, je vous recevrais.”

Et après, il y a eu cet événement du 24 Octobre, et j’ai été taxé de putschiste, d’organisateur de la ville morte; on a même demandé mon arrestation.

Du coup, j’ai été coupé, je n’ai pas pu avoir ce que le peuple centrafricain a préparé pour rencontrer les bailleurs.

Mais à voir cette histoire-là, c’est l’Union Européenne qui a organisé la rencontre, le gouvernement toujours à la remorque, le leitmotiv n’est pas l’Etat centrafricain.

RJDH : Mais la finalité c’est que le gouvernement a eu quand même 2,2 milliards de dollars non ?

JB : En tout cas, c’est un verre à moitié plein.

Le gouvernement de la République Centrafricaine a demandé trois milliards et quelque, et ils n’ont eu que 2,2.

J’ai écouté Martin Ziguélé, j’ai écouté Anicet Georges Dologuélé vraiment j’ai beaucoup souri.

Quand vous voyez la tête de ceux qui ont piloté cette affaire, que ce soit le président de la République,ou trois anciens premiers ministres centrafricains, ceux qui ont coulé ce pays font partie des organisateurs de cette politique de relance.

Lorsque vous entrez dans le sommaire de ce qu’ils ont récolté : le projet de la cimenterie par exemple est un vieux projet de Bozizé.

On a inclus cela dedans, y compris l’électrification de Boali 3, le bitumage de l’aéroport jusqu’au centre-ville.

C’est dire que lorsqu’on rentre un peu dans le détail de cette histoire, le peuple centrafricain doit rester sur sa faim, et plus précisément Joseph Bendounga et son parti du MDREC.

RJDH : lorsque vous affirmez avoir écouté Ziguélé et Dologuélé qui sont tout de même des poids lourds de la vie politique centrafricaine cela veut-il dire que les partis politiques sont impliqués ?

JB : Non, on n’a pas reçu tous les partis politiques, et Dologuélé à lui seul ne représente pas tous les partis politiques.

Lorsqu’on parle de partis politiques, ce sont tous les partis politiques légalisés.

C’est de la République Centrafricaine que l’on traite.

Et lorsque cela va mal, ce ne sont pas les partis représentés à l’Assemblée nationale qui en souffrent, c’est le peuple centrafricain. Malheureusement certaines personnalités politiques centrafricaines et de la société civile ont été tenues à l’écart de la participation de Bruxelles.

Mais l’après Bruxelles, de grâce, c’est ce que j’ai dit, il faut qu’il y ait un large consensus et non un secret de polichinelle.

Que le document soit distribué à tous les partis politiques et organisations de la société civile, et que ce soit accessible à tous les centrafricains pour amendement car aucune œuvre humaine n’est parfaite.

RJDH : A quel prix participerez-vous au dispositif d’absorption de fonds qu’a posé aujourd’hui Faustin Archange Touadera comme condition de mobilisation de ressources ?

JB : Je ne demande pas du travail, mais les partis politiques, c’est l’animation de la vie politique nationale, participer au développement du pays; c’est aussi faire des propositions, des suggestions et critiquer.

Donc, on ne peut pas écarter les partis politiques. Vous avez vu Touadera quand il a gagné les élections avec son premier ministre Simplice Mathieu Sarandji ? Ils ont écarté les partis politiques, et le résultat, c’est qu’ils ont échoué.

Même le ministre du Plan était incapable d’expliquer à la société civile ce qu’il a conçu. Il a balbutié et s’est énervé à Bruxelles.

Tout ce qui se passe dans l’ombre, nous, les partis politiques nous cherchons à les comprendre.

RJDH : Donc selon vous il y a des en dessous ?

JB : y a quelque chose qui cloche, et la vérité finit toujours par triompher.

RJDH : et ces choses qui clochent c’est quoi alors ?

JB : Avez-vous suivi le cardinal Nzapalainga ce matin sur RFI ? Il a emboîté mes pas, pour dire les vérités que j’ai dites depuis que Touadera est là.

Bruxelles n’est la panacée qui va sortir la République Centrafricaine de cette crise.

RJDH : depuis ces derniers temps un violent combat oppose l’UPC de Ali Daras et le FPRC au Centre Est de la RCA précisément à Bria. Quelle analyse faites-vous de ce pic de violence qui a gagné la ville de Bria récemment ?

JB : le pic de violence a été atteint depuis que Faustin Archange Touadera a prêté serment.

Les violences ont repris de plus belle partout, et cela ne fait que continuer.

La violence continue à dérouler son tapis de malheur et de souffrance pour les centrafricains.

Et ce qui s’est passé entre l’UPC d’Ali Daras et le FPRC de Noureddine était prévisible.

Nos compatriotes centrafricains qui sont majoritairement des Roungas et des Goulas, qui ont créé le FPRC ont demandé le soutien des mercenaires étrangers pour les aider à conquérir le pouvoir de l’Etat.

Et ces mercenaires étrangers plus puissamment armés qu’eux, parce que Moussa est avec Ali Daras, donc, ces gens ayant une puissance de feu supérieur aux centrafricains; et bien ils veulent marcher pour profiter du diamant de Bria, et c’est la période de transhumance et comme vous le savez, avec la saison sèche, c’est le braconnage.

RJDH : Après ces combats, Parfait Onanga Anyanga de la Minusca et quelques personnalités de la communauté internationale ont fait le déplacement de Bria, sans pour autant y associer le gouvernement, que cela vous inspire-t’il ?

JB : Mais c’est normal !

Touadera n’est qu’un président de fait, le gouvernement Sarandji c’est pour amuser la galerie.

C’est Onanga et cette série de proconsul qui dirigent aujourd’hui la République Centrafricaine.

Même la sécurité de Touadera aujourd’hui n’est pas assurée par les FACA, c’est par la Minusca.

Le régime Touadera est une marionnette entre les mains de la communauté internationale. Et ce que fait Touadera c’est la communauté internationale qui lui demande de le faire.

Comme ils sont proconsuls, et que Touadera n’est que seulement leur commis, ils ont la liberté de quitter Bangui, d’aller là où ils veulent pour faire ce qu’ils veulent.

RJDH : Faustin Archange Touadera a toujours refusé cela et s’assume comme président.

JB : Théoriquement entre centrafricains oui, mais dans la réalité, elle s’est démontrée.

Pour aller à Kaga-Bandoro, c’est dans un avion mis à sa disposition par Parfait Onanga, c’est lui qui a amené Touadera là-bas, et c’est lui qui l’a sécurisé, et Onanga en parlant de Touadera lors de la rencontre avec les forces vives de Touadera, où par ailleurs j’ai été exclu ainsi que certains leaders de la société civile comme Marcel Mokoapi et Gervais Lakosso organisateurs de la ville morte chassés comme des pestiférés.

Onanga a dit qu’il a pratiqué Touadera pendant 7 mois. Il n’y a jamais eu de réaction du président de la République.

M. Touadera est un président de fait, c’est la communauté internationale qui pilote la RCA c’est comme durant la période de la transition, et le cardinal n’est pas passé par quatre chemins pour dire ses quatre vérités à Touadera.

RJDH : les centrafricains vont célébrer le 1er décembre, qui symbolise la proclamation de la République, alors que reste-t’il selon vous des valeurs de la République ?

JB : c’est une coquille vide.

Le régime Touadera ne fait qu’amuser la galerie.

La République Centrafricaine n’existe que de nom. Un Etat qui n’a pas d’armée, qui n’a pas d’administration, un président qui est sécurisé par des étrangers, ce pays-là peut-il prétendre organiser la fête de la proclamation de la République ?

Aujourd’hui est-ce que Touadera a-t’il les moyens de sa politique ?

A-t-il une armée ?

RJDH : Donc selon vous les militants de votre parti ne vont pas défiler ?

JB : Le MDREC ne défilera pas !

Il ne participera pas à ces festivités, pendant que l’on tue des centrafricains, que l’on vide les centrafricains autochtones du nord de leur pays, afin de consommer la partition du pays.

L’autorité, qui contrôle quoi ?

Touadera ne contrôle même pas le palais de la renaissance.

Si vous enlevez la Minusca aujourd’hui, si vous les enlevez à 9 heures, Touadera partira à midi.

C’est la communauté internationale qui garde Touadera, la République Centrafricaine a perdu son indépendance.

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