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BLOG/CENTRAFRIQUE UNE CRISE SANS FIN

Par Joseph AKOUISSONNE

LES RACINES DU MAL : LA « FRANCENTRAFRIQUE »

Pour comprendre la descente aux enfers de la République Centrafricaine, il faut évoquer, succinctement, l’histoire de l’Oubangui-Chari.

Car, si, de nos jours la Centrafrique est un pays lourdement handicapé en matière de développement, c’est à cause de l’administration coloniale, confiée, le plus souvent, à des colons arrogants et paternalistes.

On n’envoyait pas en Oubangui-Chari l’élite, le gratin. On y envoyait le lumpenprolétariat, celui qui, sur place se considérait comme supérieur aux Noirs. Avec des droits de cuissage, de vie et de mort sur les Oubanguiens. Ceux-ci furent infantilisés et déresponsabilisés. « Ce sont de grands enfants n’est-ce pas ? » répétaient certains colons du haut de leur paternalisme.

La France, puissance coloniale, divisa le pays en parcelles, qu’elle attribua à des sociétés concessionnaires qui eurent le droit d’y faire ce qu’elles voulaient. Elles devinrent, par la suite, adeptes de « la chicotte » et du travail forcé – pendant la construction du chemin de fer Congo-Océan, on compta 2 morts oubanguiens par traverse…
La culture du coton, du café, du sisal fut décrétée obligatoire, au détriment de l’agriculture vivrière, donc biologique.

Il faut rappeler que beaucoup d’Oubanguiens donnèrent leur vie pour défendre la France en danger. Georges Koudoukou, Jean-Bedel Bokassa, pour ne citer que ceux-là, étaient des officiers oubanguiens, qui gagnèrent leurs galons sous le drapeau français et au front.

Administré comme un comptoir colonial, l’Oubangui-Chari était donc devenu un pays de cocagne pour les aventuriers européens de tout poil. Les Français qui tenaient l’administration s’étaient désintéressés de l’économie formelle et informelle comme du développement industriel. C’était les Portugais et les Grecs qui avaient la haute main sur le tissu économique de la colonie. Ajoutons que les établissements scolaires et d’études supérieures étaient rarissimes, ce qui empêchait les jeunes générations d’accéder aux connaissances nécessaires pour trouver leur place dans la société.

Ce sont tous ces éléments qui ont entraîné le surgissement d’une République Centrafricaine chaotique.

D’HIER A AUJOURD’HUI

Après l’indépendance, la France a gardé la haute main sur la nouvelle République Centrafricaine. De l’état de colonie, nous sommes passés à la mise sous tutelle. L’économie, l’administration et le développement ont été contrôlés par l’ancienne puissance coloniale. Depuis environ 60 ans, elle a installé au pouvoir des roitelets soumis et prédateurs : Jean-Bedel Bokassa qui chasse son cousin David Dacko du pouvoir avec l’aide de la France, le même Dacko que l’Hexagone réinstalle au pouvoir après les turpitudes sanguinaires de Bokassa 1er, Empereur de Centrafrique…
Par la suite, la France a toléré et peut-être favorisé les coups d’état anti-démocratiques qui se sont succédé, fomentés par des élites civiles et militaires dépourvues de tout sens patriotique, mues par une appétence à l’argent démesurée, un ego surdimensionné, agissant au détriment de leur peuple qui sombrait inexorablement dans une misère sans fond.
Les mauvaises graines étaient donc semées. Il suffisait d’attendre leur germination pour obtenir le Centrafrique d’aujourd’hui, un arbre qui ne donne que de mauvais fruits empoisonnés.

UN ESPOIR : LA GENERATION A VENIR

Malgré le chemin boursouflé d’enfers fumants, malgré le chaos et les mercenaires qui convoitent son territoire, la jeunesse centrafricaine est prête au combat, pour relever le pays et laver l’honneur de la nation. Le pouvoir actuel doit absolument l’associer à la nouvelle gouvernance. L’Union sacrée ne doit exclure personne – surtout pas les jeunes. Ce sont eux qui vont former la nouvelle Centrafrique. Un pouvoir qui n’associe pas sa jeunesse à la gestion du pays et ne lui donne pas des perspectives ne peut être qu’en sursis.

La jeunesse centrafricaine d’aujourd’hui ne connaît ni le passé sombre de la colonisation, ni l’indépendance fictive, avec ses dirigeants prédateurs, incompétents et corrompus. Prenant conscience de la nouvelle Afrique, elle luttera farouchement contre tous ceux qui veulent perpétuer l’asservissement de leur peuple et le pillage de leur continent.

A l’instar des jeunes du continent, elle semble prête à initier une sorte de « printemps arabe » pour instaurer la démocratie et garantir la véritable indépendance de son pays.

JOSEPH AKOUISSONNE

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