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Reportage

REPORTAGE/Centrafrique : Axe Sibut-Dekoa-Kaga-Bandoro, “the no go zone”

V.M

Kaga-Bandoro (LNC) – Le corridor Sibut-Kaga-Bandoro, zone de tous les dangers pour les populations depuis 2012, mais l’insécurité s’y est encore accrue en quelques semaines.

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Depuis deux jours, des civils, dans une quête désespérée, fuient en masse la zone de Kaga-Bandoro, pour espérer atteindre Sibut, situé à quelques 150 km plus bas, en évitant la route, et en passant par la brousse. Un geste de desespoir que nous racontait une maman, portant son bébé dans le dos, avec le peu qu’elle avait pu sauver sur la tête : “Ka ë sâra tongana yen ? A baba-bia ti ködrö ni a grissa ë awe so  – Que voulez-vous que nous fassions ? Les autorités du pays nous ont déjà oublié.”

Même sentiment vers Ndomété, l’épicentre de la plus récente crise, déclaration d’un villageois :  “On a entendu qu’ils (Minusca) ne comptent que 6 morts ? Ils sont venus quand pour les compter, les autres morts partout dans la brousse ça ne compte pas  ?”

DES CARNAGES

kaga-bandoro-3Témoignage d’un survivant de Ndomété : “Il s’est passé trop de choses ici. Mr Ngaté notre chef de village a été assassiné d’une rafale de mitraillette. Partout, il y a eu des femmes violées, d’autres ont été égorgées devant tout le monde. Ils ont mis le feu partout. Tout ça en nous accusant de protéger des Anti-balaka qui auraient tenu leur réunion dans notre village. Comment on pouvait s’opposer à eux ? Nous ne sommes que de paisibles paysans.”

Autre témoignage : “Les pakistanais de la Minusca ici n’ont pas bougé, on dirait que tout ça ne les intéressait pas. En plus ils ne parlent ni français, ni anglais. Qu’est-ce qu-ils font là ?”

Autre témoignage encore : “Tout ça pour une histoire de barrage.” Pour cet obervateur, “Il y ‘avait déjà des incursions des Séléka et des Anti-balaka la semaine passée, mais ils n’engageaint pas le combat. Tout a tourné à la violence, que dans la nuit du Vendredi au village Ndomété, ils se sont mis à se tirer dessus pour avoir le contrôle d’une barrière. Ensuite ça s’est embrasé. Les Séléka ont chassé les Anti-balaka, et après se sont mis à massacrer les gens.”

thierry-ezechiel-yongo

Thierry Ezechiel Yongo

Anarchie et violence gratuite

Même l’hôpital régional universitaire de Kaga-Bandoro sera pillé avec des malades maltraités. Ceux qui le pouvaient ne trouvaient de salut que dans la fuite en brousse. Des habitations, des commerces, des greniers brûlés et pillés, des animaux emportés quand ils ne sont pas exécutés.

Thierry Ezechiel Yongo, chef de mission de l’ONG d’assistance alimentaire « Person in Need Relief Mission » à Kaga-Bandoro déplore les braquages de ses employés, les pillages des locaux des ONG, dont la sienne.

C’est en collectant le plus possible d’informations, que nous pouvons certifier le nombre de morts, chiffre encore très provisoire de 32. Les morts Séléka et Anti-balaka non pris en compte.

Photo : Thierry Ezechiel Yongo

Bureau d’une ONG pillé à Kaga – Photo : Thierry Ezechiel Yongo

S’aventurer sur la route entre Sibut et Kaga, c’est courir le grave risque de tomber sur une patrouille Séléka à moto, ou sur des Anti-Balaka en quête de rapines.

L’AXE DE LA MORT

Au passage d'une barrière contrôlée par des Anti-balaka

Au passage d’une barrière contrôlée par des Anti-balaka

Quelques semaines avant, à YORO, à 8 km de DEKOA, des miliciens Séléka avaient tué le chef de ce village, du nom de Bernard Bangui ainsi que son son frère cadet.  Les deux pauvres malheureux ne faisaient que se rendre dans leurs champs.

A Dékoa même, excédés par les exactions, des jeunes gens avaient mis en place leur propre milice d’auto-défense, comme livrés à eux-mêmes pour leur sécurité. ils se confronteront aux Séléka et perdront un homme, plus des blessés.

Début septembre, c’est à Nangayan, dans les faubourgs de Dékoa, que des villageois tentèrent de s’opposer aux razzias des Séléka, trois d’entre eux seront tués, dont le chef du village. Le bataillon burundais de la Minusca qui s’est très vite interposé sera attaqué dans la nuit par des assaillants à moto qui tentaient de forcer un “check-point”. Deux soldats seront sérieusement blessés.

A Sibut, on parle encore de l’évasion rocambolesque des mains des Minusca, des chefs Séléka Aroun Gaye et Abdoulaye Hissene.  «Les MINUSCA les ont laissé partir tranquillement à Kaga-Bandoro.» Et on commente les “ngoros” (bakchichs) que les casques bleus auraient reçu pour les laisser filer.

Commentaire d’un gendarme pour conclure : «Cela fait des années que cet axe de Sibut à Kaga-Bandoro est très dangereux. Même sous François Bozizé c’était comme ça. Mais actuellement, c’est pire. Il ne faut jamais emprunter seul cette route. Bon, maintenant, il y a des patrouilles régulières des casques bleus, mais elles ne vont pas dans les villages.»

English version:

Septembre 2016 LAMINE MEDIA

 

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