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Discours intégral de Touadera lors de son investiture [Pdf+Analyse+slide photos]

Sandra Martin-White
Analyste juridique et politique de LNC

sandraLOS ANGELES (LNC) — Etant entendu que l’élection dite ‘démocratique’ de Patassé fut une farce organisée par les français, un président élu enfin démocratiquement (ou presque) en République Centrafricaine, c’était une première historique depuis son indépendance. Faustin Archange TOUADERA est depuis le 30 Mars 2016, déclaré officiellement Président élu de la République Centrafricaine, ou du Centrafrique pour faire court.

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En dépit des aléas préparatoires, notamment les divergences entre les camps de Samba-Panza et de Touadera, la cérémonie d’investiture fut de haute volée, avec une organisation quasi parfaite.
Et dans son rôle de la dame qui doit passer la main, Catherine Samba-Panza fut également quasi parfaite.
La seule fausse note fut l’intervention longue et pénible pour tout le monde du Président du Conseil National de Transition Zacharie Doumba.
De sa voix chevrotante et avec son accent à couper au couteau, il se permettait de donner une leçon de démocratie au nouveau président, lui qui, semblant l’avoir oublié est sorti de nulle part, si ce n’est issu des conséquences d’un coup d’état des Séléka.
Mais avant toute chose, il convient un e fois de plus de dénoncer, ce qui est une ignorance de la notion de LAICITE.
Car comme il est écrit dans cette Constitution qu’au passage les centrafricains n’ont pas lu, mais qui leur fut imposé à travers une magouille franco-onusienne,
SI LA RCA EST UN PAYS LAÏC, LE PRESIDENT NE PEUT PAS PRETER SERMENT AU NOM DE DIEU.
C’EST UNE CONTRADICTION JURIDIQUE ABSOLUE.
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LE FOND

Attendu au tournant, Touadera ne devait pas décevoir, et il ne déçut pas.
Conscient de l’impact historique de l’instant, il a décliné son discours programme sous quatre rubriques.
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– LE PATRIOTISME
Usant à répétition de “Mes chers compatriotes”, il devisait sur la nécessité et la primauté du fait d’être centrafricain.
En rappelant à souhait les symboles de la Nation : La devise, le drapeau, la solidarité. Et en insistant sur la “cohésion et la réconciliation nationale.”
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– L’UNION
Conscient d’hériter d’un pays en crise, il a demandé à tous de se pardonner et de nouveau s’unir pour le bien de tous et du pays. “Le temps est venu de consolider les piliers de notre République.”
Dans la foulée, il prenait l’engagement de ne laisser personne à côté, et de s’occuper des provinces abandonnées de la République. Marquant ainsi une rupture radicale d’avec la présidence de Samba-Panza, qui avait une peur bleue de mettre les pieds en province.
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– LA SECURITE
Du moins par le discours, il s’engage à garantir à chaque national, la sécurité qui lui est dû. Référence à l’insécurité galopante dans le pays depuis fin 2012.
Ajoutant par ailleurs qu’il ne saurait y avoir de progrès sans sécurité et paix civile.
Néanmoins, en déclarant “Je m’emploierai à appliquer très rapidement le Programme du Désarmement, de la Démobilisation, de la Réinsertion et du Rapatriement (DDRR)”, il ne précise en rien par quelles voies et moyens il y parviendra. Etant donné que jusque là, et la Transition et les Forces onusiennes n’y sont pas parvenu.
En passant, il déclare remettre en selle les FACA (Forces armées centrafricaines), mais les rails de la République, au service de tous. Ce qui ne sera pas une mince affaire. Les FACA en l’état étant vérolés par les Anti-Balaka.
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– LES PERSPECTIVES ECONOMIQUES ET SOCIALES
A l’évidence, même s’il a consacré un long moment de son intervention sur ce thème, l’on peut aisément constater qu’il n’était pas à l’aise sur les dossiers économiques.
Toutefois, il veut s’appuyer sur trois piliers : l’Agriculture, l’entrepreneuriat, l’Education, la Santé, et l’Habitat.
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Mais manifestement peu à l’aise sur le champ économique, il a entretenu le flou sur ses moyens pour parvenir à ses fins.
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Pèle mêle il compte sur les financements privés internationaux – autant dire jeter un filet de pêche et attendre que les poissons viennent s’y faire prendre. Ce qui est tout simplement hasardeux.
Il a parlé de l’exploitation des richesses inexploités du pays comme sources de revenus. Ce qui est utopique sans des préalables industriels dont il semble en ignorer la nécessité.
Plus sérieux et crédible, sa déclaration de passer sous les fourches caudines du Fond Monétaire International (FMI) dans l’espoir de sa bienveillance. Rien de nouveau en fait par rapport au passé.
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CE QU’IL N’A PAS DIT

Préalable obligatoire à toutes ses bonnes intentions, la prise de conscience du réel têtu de la Centrafrique. Ce qu’il a soigneusement éviter de faire.
Près de 60% du territoire est hors de contrôle du pouvoir de Bangui. Car détenu par des bandes armées rebelles, pour ne citer que les Séléka et les Anti-Balaka.
Touadera ne pourra rien faire, tant qu’il n’aura pas, autrement qu’avec des discours d’intention, reconquis l’entièreté du territoire national.
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Il compte sur son DDRR pour cela. Ce qui est une belle illusion. Cela fait près de 30 ans que cette usine à gaz ne fonctionne pas.
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La négociation en position de faiblesse comme l’est l’Etat centrafricain face aux bandes lourdement armées, alors que lui ne l’est pas, ne peut mener qu’à une impasse, et même pire, à des manipulations, comme en fut victime Samba-Panza, croyant naïvement qu’avec de belles paroles ‘je suis la maman de tous’ ces gens allaient obtempérer.
Ainsi donc, si Touadera reproduit le schéma CSP, lui aussi courra à sa perte – pour en final, ne régner que sur Bangui, comme les autres avant lui.
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Le lourd passif, et économique, et social est passé à la trappe.
Car l’urgence n’est pas de faire des projections dans le vide, mais e s’atteler, et immédiatement aux rudes réalités quotidiennes, à savoir : comment mettre à jour les arriérés des salaires des fonctionnaires, les bourses des étudiants non versées, le délicat problème des déplacés internes et externes, totalisant quasiment la moitié de la population, la famine touchant selon l’ONU 85% de la population, le vide du Trésor du fait des absences des rentrées fiscales, pour ne citer que ces quelques cas.
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En héritant d’un pays en totale faillite, contrairement à son vœu de “patience réclamé”, il n’aura pas de “100 jours de grâce” pour se poser et s’installer comme s’il vivait dans un pays normal.
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L’art bien centrafricain de la réthorique peut faire illusion un instant.
Mais après les “SUPER FAT”, gare aux lendemains qui déchantent. Le peuple est versatile très souvent.
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© Avril 2016 LNC – LAMINE MEDIA
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